Dans ce volume ont été réunis des articles, des messages, des lettres et des conversations de la Mère avec des étudiants et des professeurs de l’école de l’Ashram, et trois pièces de théâtre.
Dans ce volume ont été réunis des articles, des messages, des lettres et des conversations de la Mère avec des étudiants et des professeurs de l’école de l’Ashram, et trois pièces de théâtre : Vers l’Avenir, Le Grand Secret et L’Ascension vers la Vérité.
D’une façon générale, le plus grand peut-être des obstacles qui entravent le progrès humain, est la peur, la peur multiple, innombrable, contradictoire, illogique, irraisonnée et souvent déraisonnable. Et de toutes les peurs la plus subtile et la plus tenace est la peur de la mort. Elle a ses racines profondes dans le subconscient, et ce n’est pas facile de l’en déloger. Elle est évidemment faite de plusieurs éléments entremêlés : l’esprit de conservation et le souci de la préservation pour assurer la continuité de la conscience, le recul devant l’inconnu, le malaise causé par l’inattendu et l’imprévisible, et peut-être, derrière tout cela, caché dans les profondeurs des cellules, l’instinct que la mort n’est pas inéluctable et que, si certaines conditions sont remplies, elle peut être conquise; quoique à dire vrai, la peur en elle-même soit un des plus grands obstacles à cette conquête. Car on ne peut vaincre que ce que l’on ne craint point. Ainsi celui qui craint la mort est déjà vaincu par elle.
Comment surmonter cette peur? Plusieurs méthodes peuvent être employées à cet effet. Mais tout d’abord, certaines notions fondamentales sont nécessaires pour nous aider dans notre entreprise. Le premier point, le plus important, est de savoir que la vie est une et immortelle. Ce sont seulement les formes qui sont innombrables, passagères et friables. Il faut établir cette connaissance dans son esprit d’une façon certaine et durable, et dans la mesure du possible, identifier sa conscience à la vie éternelle indépendante de toute forme mais se manifestant dans toutes les formes. Ceci donne la base psychologique indispensable pour faire face au problème, car le problème demeure. Même si l’être intérieur est suffisamment éclairé pour être au-dessus de toute peur, la peur reste cachée 92 dans les cellules du corps, obscure, spontanée, échappant à la raison, la plupart du temps presque inconsciente. C’est dans ces profondeurs obscures qu’il faut la découvrir, la saisir et jeter sur elle la lumière de la connaissance et de la certitude.
Donc la vie ne meurt point, mais la forme se dissout et c’est cette dissolution que la conscience corporelle redoute. Pourtant cette forme est en constant changement et rien n’empêche essentiellement que ce changement soit progressif. Seul ce changement progressif pourrait faire que la mort ne soit pas inévitable, mais il est fort difficile à accomplir et exige des conditions que peu de personnes sont à même de remplir. Ainsi, suivant la catégorie des cas et des états de conscience, la méthode à suivre pour surmonter la peur de la mort sera différente. On peut classer ces méthodes en quatre genres principaux, quoique chaque genre comporte un grand nombre de variétés; à dire vrai, chacun doit élaborer son propre système.
La première méthode fait appel à la raison. On peut dire que, dans l’état actuel du monde, la mort est inévitable; tout corps qui a pris naissance, périra nécessairement un jour ou l’autre; et dans la presque totalité des cas la mort vient quand elle doit venir; on ne peut ni hâter ni reculer son moment; celui qui la recherche a parfois fort longtemps à attendre pour l’obtenir, celui qui la redoute peut être frappé par elle subitement, en dépit de toutes les précautions qu’il aura prises. L’heure de la mort semble donc fixée inéluctablement, excepté pour un tout petit nombre d’êtres qui possèdent des pouvoirs dont la race humaine ne dispose pas généralement. La raison enseigne qu’il est absurde d’avoir peur d’une chose que l’on ne peut éviter. La seule chose à faire est d’en accepter l’idée et de faire tranquillement, de jour en jour, d’heure en heure, ce que l’on peut faire de mieux, sans se soucier de ce qui arrivera. Ce procédé est très efficace quand il est employé par les intellectuels qui ont l’habitude d’agir selon les lois de la raison; mais il réussirait moins chez les émotifs qui vivent dans leurs sentiments et se laissent La peur de la mort gouverner par eux. Ceux-là devront, sans doute, avoir recours à la seconde méthode, celle de la recherche intérieure.
Au-delà de toutes les émotions, dans les profondeurs silencieuses et tranquilles de notre être, il y a une lumière qui brille constamment, c’est la lumière de la conscience psychique. Partez à la recherche de cette lumière, concentrez-vous sur elle; elle est au-dedans de vous; avec de la persévérance dans votre volonté, vous êtes sûr de la trouver et dès que vous pénétrez en elle, vous vous éveillez au sens de l’immortalité; vous avez toujours vécu, vous vivrez toujours; vous devenez tout à fait indépendant de votre corps; votre existence consciente ne dépend pas de lui; et ce corps est seulement une des formes fugitives à travers lesquelles vous vous êtes manifesté. La mort n’est plus un anéantissement, elle n’est qu’une transition. Instantanément toute peur s’évanouit et on marche dans la vie avec la calme certitude de l’homme libre.
La troisième méthode est pour ceux qui ont foi en un Dieu, leur Dieu, et qui se sont donnés à lui. Ils lui appartiennent intégralement; tous les événements de leur vie sont l’expression de la volonté divine et ils les acceptent non seulement avec une paisible soumission, mais avec reconnaissance, car ils sont convaincus que tout ce qui leur arrive est toujours pour leur bien. Ils ont une confiance mystique dans leur Dieu et dans la relation personnelle qu’ils ont avec lui; ils ont fait le don absolu de leur volonté à la sienne et ont le sentiment de son amour et de sa protection invariables, tout à fait indépendants des accidents de la vie et de la mort. Ils se sentent constamment couchés aux pieds de leur Bien-Aimé dans un abandon absolu, ou blottis dans ses bras, jouissant d’une sécurité parfaite. Il n’y a plus, dans leur conscience, aucune place pour la peur, l’anxiété ou le tourment; tout cela est remplacé par une calme et délicieuse béatitude.
Mais tout le monde n’a pas la bonne fortune d’être un mystique.
Pour finir, il y a ceux qui sont nés guerriers. Ils ne peuvent accepter la vie telle qu’elle est, et sentent vibrer en eux leur droit à l’immortalité, une immortalité totale et terrestre. Ils ont une sorte de connaissance intuitive que la mort n’est qu’une mauvaise habitude, et ils semblent être nés avec la résolution de la vaincre. Mais cette victoire nécessite un combat acharné contre une armée d’assaillants terribles et subtils, combat qui doit être livré constamment, pour ainsi dire à chaque minute. Seul celui dont le tempérament est intrépide doit s’y risquer. La lutte a plusieurs aspects; elle est située dans plusieurs plans qui s’entremêlent et se complètent.
La première bataille à livrer est déjà formidable; c’est la bataille mentale contre la suggestion collective, massive, impérieuse, contraignante; suggestion basée sur des millénaires d’expérience, sur une loi de la nature qui ne paraît pas avoir encore rencontré d’exception. Elle se traduit par cette affirmation obstinée : « Il en a toujours été ainsi, il ne peut pas en être autrement. La mort est inévitable et c’est une folie d’espérer qu’elle ne le soit pas. » Le concert est unanime et jusqu’à présent, même le savant le plus avancé ose à peine faire entendre une note discordante, un espoir pour l’avenir. Quant à la plupart des religions, elles ont basé leur pouvoir d’action sur le fait de la mort, et elles affirment que Dieu a voulu que l’homme meure puisqu’il l’a créé mortel. Beaucoup d’entre elles ont fait de la mort une délivrance, une libération, parfois même une récompense. Elles ordonnent : « Soumets-toi à la volonté du Très-Haut, accepte sans révolte l’idée de la mort, et tu seras paisible et heureux. » Il faut, en dépit de tout cela, que la conviction mentale reste inébranlable pour soutenir une volonté qui ne fléchit point. Mais pour celui qui s’est promis de vaincre la mort, toutes ces suggestions sont sans effet et ne peuvent affecter sa certitude basée sur une révélation profonde.
La seconde bataille est celle du sentiment, la lutte contre l’attachement à tout ce que l’on a construit, tout ce que l’on a La peur de la mort aimé. Par un travail assidu, parfois au coût de grands efforts, vous avez érigé votre foyer, votre carrière, votre œuvre sociale, littéraire, artistique, scientifique ou politique; vous vous êtes créé un milieu dont vous êtes le centre et dont vous dépendez au moins autant qu’il dépend de vous. Vous êtes entouré d’un ensemble de personnes, parents, amis, collaborateurs, et quand vous pensez à votre vie, ils occupent dans votre pensée une place presque aussi grande que vous-même, au point que s’ils vous étaient brusquement enlevés, vous vous sentiriez perdu, comme si une très importante partie de votre être avait disparu.
Il n’est pas question de renoncer à toutes ces choses, puisqu’elles constituent, au moins en grande partie, la raison d’être et le but de votre existence, mais il faut renoncer à tout attachement pour elles, afin de vous sentir capable de vivre sans elles, ou plutôt, afin d’être toujours prêt, si elles vous quittent, à vous reconstruire une vie nouvelle dans de nouvelles circonstances, et cela indéfiniment, car tel est le résultat de l’immortalité. On peut définir cet état ainsi : savoir tout organiser et tout exécuter avec le maximum de soin et d’attention, mais en restant libre de tout désir et de tout attachement; car si l’on veut échapper à la mort, il ne faut être lié à rien de périssable.
Après les sentiments viendront les sensations. Ici la lutte est sans merci, et les adversaires sont redoutables. Ils savent percevoir la moindre faiblesse et frappent là où vous êtes désarmé; les victoires remportées ne sont que passagères et les mêmes combats se répètent indéfiniment; l’ennemi que vous croyiez avoir vaincu se redresse encore et encore pour vous frapper. Il faut avoir un caractère fortement trempé et une endurance inlassable pour résister à toutes les défaites, tous les déboires, tous les démentis, tous les découragements, et à l’immense lassitude d’être toujours en contradiction avec l’expérience quotidienne et les événements terrestres.
Maintenant nous en arrivons au combat le plus terrible de tous, le combat matériel, celui qui se livre dans le corps; car il est sans répit et sans trêve. Il commence à la naissance et ne peut se terminer qu’avec la défaite de l’un des deux belligérants : la force de transformation et la force de désintégration. Je dis depuis la naissance, car en fait les deux tendances sont en conflit dès l’entrée dans le monde, quoique ce conflit ne devienne conscient et volontaire que beaucoup plus tard. Car toutes les indispositions, les maladies, les malformations, les accidents même, sont l’effet de l’action de la force de désintégration, comme la croissance, le développement harmonieux, la résistance aux attaques diverses, la guérison des maladies, tous les rétablissements au fonctionnement normal, toutes les améliorations progressives sont dus à l’action de la force de transformation. Plus tard, avec le développement de la conscience, quand la lutte devient volontaire, elle se change en une course compétitive effrénée entre les deux tendances contraires, une course à celle qui atteindra son but la première : la transformation ou la mort. C’est l’effort ininterrompu, la concentration constante pour faire descendre la force régénératrice et pour augmenter la réceptivité des cellules à cette force, pour lutter pas à pas, point à point contre l’action dévastatrice des forces de destruction et de déchéance, pour arracher à son emprise tout ce qui est capable de répondre à l’impulsion ascendante, pour éclairer, purifier, équilibrer. Combat obscur et obstiné, le plus souvent sans résultat apparent, et sans signe extérieur des victoires partielles remportées dont on ne peut avoir la certitude, car le travail fait semble toujours à refaire; chaque pas en avant est le plus souvent payé par un recul ailleurs, et ce qui a été accompli un jour peut être redéfait le lendemain; en effet la victoire ne peut être assurée et durable que si elle est totale. Et tout cela prend du temps, beaucoup de temps, et les années passent inexorables, augmentant la puissance des forces adverses.
Pendant tout ce temps la conscience est comme une sentinelle debout dans la tranchée : il faut tenir, tenir à tout prix, La peur de la mort sans un tressaillement de peur, sans un relâchement de vigilance, gardant une foi inébranlable dans la mission à remplir et dans l’aide d’en haut qui vous anime et vous soutient. Car le triomphe est au plus endurant.
Il y a bien un autre moyen de vaincre la peur de la mort, mais il est à la portée d’un si petit nombre, qu’il n’est mentionné ici qu’à titre de renseignement. C’est d’entrer dans le domaine de la mort volontairement et consciemment, tandis qu’on est en vie; puis de retourner de cette région vers le corps physique pour rentrer en lui et reprendre le cours de l’existence matérielle, en toute connaissance de cause. Mais pour cela il faut être un initié.
Bulletin, février 1954
RÉPONSES À DES QUESTIONS
Suscitées par le dernier paragraphe de « La peur de la mort et les quatre méthodes pour la conquérir ».
Toutes les questions posées peuvent se réduire à une seule : quelle est cette connaissance ou cette discipline qui donne la faculté d’affronter la mort sans crainte?
Jusqu’à présent rien n’a été dit ici de ce mode de connaissance, qui est aussi un mode d’action, parce que l’étude et la pratique de cette science ne peuvent pas être laissées à la portée de tous. Parler des choses occultes a peu de valeur; il faut les expérimenter. Et cette expérimentation exige, non seulement des capacités spéciales, qui ne sont possédées que par un petit nombre d’hommes, mais aussi un développement psychologique que peu de gens peuvent obtenir. Dans le monde moderne, cette connaissance n’est guère reconnue comme scientifique; et pourtant elle l’est, car elle remplit les conditions généralement requises pour une science. C’est un ensemble de connaissances ordonnées d’après des principes; elle suit des procédés précis et, en reproduisant exactement les conditions données, on obtient les mêmes effets. C’est aussi une connaissance progressive, à l’étude de laquelle on peut se consacrer et que l’on peut développer d’une manière régulière et logique, comme toutes les autres sciences telles qu’on les admet à présent. Mais cette étude s’occupe de réalités qui n’appartiennent pas au monde le plus matériel. Pour l’entreprendre, il faut posséder des sens spéciaux, car le domaine où elle se meut échappe à nos sens ordinaires. Ces sens spéciaux sont latents chez les hommes. De même que nous avons un corps physique, nous avons aussi d’autres corps plus subtils qui possèdent des sens; ces sens sont beaucoup plus raffinés et plus précis, beaucoup plus puissants que nos sens physiques. Mais naturellement, comme l’éducation n’a pas l’habitude de s’occuper de ce domaine, ces sens ne sont généralement pas développés, et les mondes où ils s’exercent échappent à la connaissance ordinaire. Pourtant les enfants, spontanément, vivent beaucoup dans ce domaine-là. Ils voient toutes sortes de choses qui sont pour eux aussi réelles que les choses physiques. Ils en parlent et, le plus souvent, on leur dit qu’ils sont stupides ou menteurs, parce qu’ils mentionnent des phénomènes dont les autres n’ont pas l’expérience, mais qui sont pour eux aussi vrais, aussi tangibles, aussi réels que ce que tout le monde peut voir. Les rêves que les enfants ont si souvent, soit pendant leur sommeil, soit à l’état de veille, sont d’une grande intensité et ont une importance capitale dans leur vie. C’est seulement avec le développement mental intensif que ces capacités s’atténuent chez les enfants, et finissent même parfois par disparaître. Cependant il y a des gens qui ont la bonne fortune d’être nés avec un développement spontané des sens intérieurs, et rien ne peut empêcher que ces sens restent éveillés et même se développent. Si de telles gens rencontrent à temps quelqu’un qui ait la connaissance et puisse les aider dans une éducation méthodique des sens subtils, ils deviendront des La peur de la mort instruments très intéressants pour les études et les découvertes dans les mondes occultes.
De tout temps, il y a eu sur terre des individus isolés ou de petits groupes détenteurs d’une très ancienne tradition, corroborée par leurs expériences propres, qui pratiquaient ce genre de science. Ils recherchaient ces éléments particulièrement doués et leur donnaient l’instruction nécessaire. Généralement ces groupes vivaient plus ou moins secrets ou cachés, parce que les hommes ordinaires sont très intolérants de ce genre de capacités et d’activités, qui les dépassent et les effrayent. Mais il y a eu de belles époques de l’histoire humaine où furent fondées des écoles initiatiques reconnues, très appréciées et respectées, comme dans l’ancienne Égypte, l’ancienne Chaldée, l’Inde ancienne, et même partiellement en Grèce et à Rome. Il y a eu des collèges enseignant la science occulte même dans l’Europe du Moyen Âge; mais ils devaient se cacher très soigneusement, car ils étaient poursuivis et persécutés par la religion chrétienne officielle. Et si par hasard on découvrait que celui-ci ou celle-là pratiquait cette science occulte, on les plaçait sur un bûcher et on les brûlait vivants, comme des sorciers. Maintenant la connaissance est presque perdue; il n’y a que très peu de gens qui l’ont. Mais avec la connaissance, l’intolérance aussi est partie. À notre époque, il est vrai, la plupart des gens instruits préfèrent nier cette science ou la taxer d’imagination, voire même de supercherie, pour se voiler à eux-mêmes leur propre ignorance et le malaise qu’ils éprouveraient à devoir reconnaître la réalité d’un pouvoir sur lequel ils n’ont aucun contrôle. Et même parmi ceux qui ne nient pas, la plupart n’aiment pas beaucoup ces choses-là ; elles les dérangent et les ennuient; mais enfin ils sont obligés d’admettre que ce ne sont pas des crimes. Et on ne met plus, ni sur le bûcher ni en prison, les gens qui pratiquent l’occultisme. Seulement, depuis qu’il n’est plus nécessaire de se cacher, beaucoup de personnes prétendent savoir, mais il y en a très peu qui savent vraiment. Profitant du mystère dont s’enveloppait autrefois la science occulte, certains ambitieux sans scrupules s’en servent pour en faire un moyen de mystification et de tromperie. Mais ce n’est pas d’après eux qu’il faut juger de la connaissance qu’ils prétendent à tort avoir. Dans tous les domaines de l’action humaine, il y a des charlatans et des imposteurs; mais on ne doit pas laisser leurs supercheries jeter le discrédit sur une science réelle qu’ils se targuent faussement de posséder. C’est pourquoi, aux belles époques du développement de cette science, alors qu’il y avait des écoles officielles pour la pratiquer, avant d’admettre qui que ce soit à entreprendre ces études, on le soumettait pendant fort longtemps, parfois pendant des années, à une double discipline très sévère de développement et de maîtrise de soi. D’une part on s’assurait, autant qu’il est possible, de la sincérité et du désintéressement des intentions de l’aspirant, de la pureté de ses mobiles, de sa capacité d’oubli de soi et d’abnégation, de son sens du sacrifice, de son absence d’égoïsme. Tandis que, de la sorte, étaient prouvées la hauteur et la noblesse de son aspiration, le candidat était d’autre part soumis à une série d’épreuves ayant pour but de démontrer que ses capacités étaient suffisantes et qu’il pouvait sans danger pratiquer la science à laquelle il voulait se consacrer. Ces épreuves insistaient particulièrement sur la maîtrise des passions et des désirs, sur l’établissement d’un calme inébranlable et surtout sur l’absence de toute peur; car dans cette entreprise, une intrépidité à toute épreuve est la condition essentielle de la sécurité.
Dans un de ses aspects, la science occulte est, en quelque sorte, une chimie s’appliquant au jeu des forces et à la constitution des mondes et des formes individuelles dans les dimensions internes. Et, de même que dans la chimie matérielle, la manipulation de certaines substances ne va pas sans danger, de même dans les domaines occultes, le maniement de certaines forces et le contact avec elles comportent des risques, que seuls un grand sang-froid et un calme inébranlable rendent inoffensifs.
Sous un autre de ses aspects, la science occulte est, pour le chercheur individuel, comme la découverte et l’exploration de régions inconnues dont on apprend, souvent à ses dépens, les lois et les coutumes; certaines de ces régions sont même assez terrifiantes pour le commençant, qui se voit entouré de périls imprévus et nouveaux pour lui. Cependant, la plupart de ces dangers sont plus imaginaires que véritables et, pour celui qui les affronte sans crainte, ils perdent la majeure partie de leur réalité.
En tout cas, il a de tout temps été recommandé de ne pas entreprendre ces études sans un guide très sûr pour indiquer les chemins à suivre, pour mettre en garde contre les dangers, illusoires ou non, et pour protéger le cas échéant.
Il est donc difficile de donner ici plus de détails sur la science elle-même, excepté que la base indispensable des études occultes est l’admission de la réalité concrète et objective des multiples états d’être et des mondes internes, application psychologique de la théorie des espaces à quatre dimensions et plus.
Ainsi la science occulte pourrait être définie : une objectivation concrète dans le monde des formes de ce que les disciplines spirituelles enseignent au point de vue purement psychologique. Les deux doivent se compléter pour la perfection du développement et de l’action intégrale. La connaissance occulte sans la discipline spirituelle est un outil dangereux pour celui qui s’en sert comme pour les autres, s’il tombe dans des mains impures. La connaissance spirituelle sans la science occulte manque de précision et de certitude dans ses effets objectifs; elle n’est toutepuissante que dans le domaine subjectif. Les deux, combinées dans l’action, soit intérieure, soit extérieure, sont irrésistibles et constituent des instruments appropriés pour la manifestation de la puissance supramentale.
Bulletin, avril 1954
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