CWM (Fre) Set of 18 volumes
Prières et Méditations Vol. 1 of CWM (Fre) 418 pages 2008 Edition
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«Ce livre, écrit la Mère, a été composé avec les extraits d’un journal écrit durant des années de discipline yoguique intensive»

Prières et Méditations

The Mother symbol
The Mother

«Ce livre, écrit la Mère, a été composé avec les extraits d’un journal écrit durant des années de discipline yoguique intensive» Ces 313 prières et méditations ont été écrites pour la plupart entre 1912 et 1917.

Collection des œuvres de La Mère Prières et Méditations Vol. 1 418 pages 2008 Edition
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Prières et Méditations

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La Mère en Algérie, 1903-1905

1912




Le 2 novembre 1912

Quoique tout mon être Te soit théoriquement consacré, Ô Maître Sublime qui es la vie, la lumière et l’amour de toute chose, j’ai peine encore à appliquer cette consécration dans les détails. Il m’a fallu plusieurs semaines pour savoir que la raison de cette méditation écrite, sa légitimation, réside dans le fait de Te l’adresser quotidiennement. Ainsi je matérialiserai chaque jour un peu de la conversation que j’ai si fréquemment avec Toi ; je Te ferai de mon mieux ma confession ; non pas parce que je crois pouvoir T’apprendre quelque chose : Tu es toute chose; mais notre façon extérieure et artificielle de comprendre et de voir T’est étrangère, si je puis dire; elle est opposée à Ta nature. Cependant en me tournant vers Toi, en me baignant dans Ta Lumière au moment où je considère ces choses, petit à petit je les verrai plus semblables à ce qu’elles sont. Jusqu’au jour où, m’étant identifiée à Toi, je n’aurai plus rien à Te dire puisque je serai Toi. C’est ce but que je veux atteindre; c’est vers cette victoire que tendront de plus en plus tous mes efforts. Et j’aspire au jour où je ne pourrai plus dire « je » parce que je serai Toi.

Que de fois par jour, encore, j’agis sans que mon acte Te soit consacré; je m’en aperçois tout de suite à un malaise indéfinissable qui se traduit dans ma sensibilité corporelle par un serrement de cœur. J’objective alors mon action qui me paraît ridicule, enfantine ou coupable; je la déplore; pour un moment je suis triste, jusqu’à ce que me plongeant, me perdant en Toi avec une confiance d’enfant, j’attende de Toi l’inspiration et la force nécessaires pour réparer mon erreur en moi et autour de moi, ce qui est tout un ; car maintenant je perçois de façon constante et précise l’unité universelle qui détermine une interdépendance absolue de toutes les actions.

Le 3 novembre 1912

... Ta Lumière est en moi comme un feu vivifiant et Ton divin Amour me pénètre : de tout mon être j’aspire à ce que Tu règnes en Souverain Seigneur dans ce corps qui veut devenir Ton instrument docile et Ton fidèle serviteur.

Le 19 novembre 1912

J’ai dit hier à ce jeune Anglais qui Te cherche avec un si sincère désir, que je T’avais définitivement trouvé, que l’Union était constante. Tel est, en effet, l’état dont je suis consciente. Toutes mes pensées vont vers Toi, tous mes actes Te sont consacrés ; Ta Présence est pour moi un fait certain, immuable, invariable, et Ta Paix habite mon cœur constamment. Pourtant je sais que cet état d’Union est misérable et précaire à côté de celui qu’il me sera possible de réaliser demain, et que je suis loin encore, très loin sans doute, de cette Identification où je perdrai totalement la notion du « je », de ce « je » que j’emploie encore pour m’exprimer, mais qui, à chaque fois, est une gêne, comme un terme impropre à exprimer la pensée qui veut s’exprimer. Il me semble indispensable par nécessité de communication humaine, mais tout réside dans ce que manifeste ce « je »; et que de fois déjà, quand je le prononce, c’est Toi qui parles en moi, car j’ai perdu le sens de la séparativité.

Mais tout cela est embryonnaire encore et ira en se perfectionnant. Quelle apaisante assurance que cette sereine confiance en Ta Toute-Puissance!

Tu es tout, partout, en tout, et ce corps qui agit est Ton propre corps ainsi que l’univers visible dans son entier; c’est Toi qui respires, qui penses et qui aimes dans cette substance qui, étant Toi-même, veut être Ta docile servante.

Le 26 novembre 1912

Quel cantique d’action de grâces ne devrais-je pas Te chanter à chaque instant ! Partout et en toute chose autour de moi Tu Te manifestes; en moi Ta conscience et Ta volonté s’expriment de plus en plus clairement, au point que j’ai presque totalement perdu cette grossière illusion du « moi » et du « mien ». Si quelques ombres encore, quelques bavures se laissent voir dans cette grande Lumière qui Te manifeste, comment supporteront-elles longtemps l’éclat merveilleux de Ton splendide Amour. Ce matin la conscience que j’ai eue de ce que Tu fais de cet être qui fut moi peut se traduire à peu près par un monumental diamant taillé à facettes géométriques et régulières; diamant par la cohésion, la fermeté, la limpidité incolore, la transparence, mais flamme éclatante et radieuse dans sa vie intense et progressive. Mais c’était plus et mieux que tout cela puisque toute sensation extérieure ou intérieure était dépassée et que cette image ne s’est présentée à mon mental qu’au fur et à mesure que je rentrais en contact conscient avec le monde extérieur.

C’est Toi qui rends l’expérience féconde, c’est Toi qui fais que la vie est progressive, c’est Toi qui obliges l’obscurité à se dissoudre instantanément devant la Lumière, c’est Toi qui donnes toute sa puissance à l’Amour, c’est Toi qui soulèves partout la matière dans cette merveilleuse et ardente aspiration, dans cette soif sublime d’Éternité.

Toi partout et toujours ; rien que Toi dans l’essence et dans la manifestation …

Ombre, illusion, dissipez-vous ; souffrance, évanouis-toi : Seigneur Suprême, n’es-Tu pas là !

Le 28 novembre 1912

La vie extérieure, l’activité de chaque jour et de chaque instant n’est-elle pas le complément indispensable des heures de méditation et de contemplation ? Et la proportion de temps donné à l’une et à l’autre n’est-elle pas l’image exacte de la proportion qui existe entre la somme d’efforts à faire pour la préparation et pour la réalisation ? Car la méditation, la contemplation, l’Union, c’est le résultat obtenu, la fleur qui s’épanouit ; tandis que l’activité quotidienne est l’enclume sur laquelle doivent passer et repasser tous les éléments afin qu’ils soient assouplis, purifiés, raffinés, rendus mûrs pour l’illumination qui leur est conférée par la contemplation. Et il faut que tous ces éléments les uns après les autres soient ainsi passés au creuset avant que l’activité extérieure ne soit plus une nécessité pour le développement intégral. Cette activité devient alors le moyen de Te manifester afin d’éveiller d’autres centres de conscience au même travail duel de forge et d’illumination. C’est pourquoi l’orgueil et la satisfaction de soi sont les pires des obstacles. C’est très modestement qu’il faut profiter de toutes les minuscules occasions offertes de pétrir et de purifier quelques-uns de ces innombrables éléments, de les assouplir, de les impersonnaliser, de leur apprendre l’oubli de soi, l’abnégation, le dévouement, la bonté, la douceur ; et lorsque toutes ces manières d’être leur sont coutumières, alors ils sont prêts pour participer à la Contemplation et s’identifier à Toi dans la Concentration suprême. C’est pourquoi, même pour les meilleurs, le travail me paraît devoir être long et lent ; et les conversions foudroyantes me paraissent ne pas pouvoir être intégrales. Elles changent l’orientation de l’être et le mettent définitivement dans le chemin de la rectitude; mais pour atteindre vraiment le but, personne ne peut échapper aux expériences innombrables, de toute sorte et de tout instant. …

Ô Maître Suprême qui resplendis en mon être et en toute chose, que Ta Lumière soit manifestée et que le règne de Ta Paix vienne pour tous.

Le 2 décembre 1912

Tant qu’un élément de l’être, un mouvement de la pensée est soumis encore aux influences étrangères, c’est-à-dire n’est pas uniquement sous la Tienne, on ne peut pas dire que l’Union véritable est réalisée; c’est encore l’affreux mélange sans ordre et sans lumière, car cet élément, ce mouvement est un monde, un monde de désordre et d’ombre, comme l’est la terre entière dans le monde matériel, comme l’est le monde matériel dans l’univers entier …

Le 3 décembre 1912

Hier soir j’ai fait l’expérience de l’efficacité de l’abandon confiant à Ta direction : lorsqu’il est nécessaire de savoir une chose on la sait, et plus l’être mental est passif vis-à-vis de Ton Illumination, plus l’expression se fait adéquate et claire.

Je T’écoutais parler en moi et j’aurais voulu que ce que Tu disais pût être noté pour que la formule si précise n’en soit pas perdue — car maintenant je serais incapable de redire ce que Tu as dit. Puis j’ai pensé que ce souci de conservation était encore un injurieux manque de confiance à Ton égard, puisque Tu peux faire de moi tout ce qu’il est nécessaire que je sois et que dans la mesure où mon attitude Te laisse agir sur moi et en moi, Ta Toute-Puissance n’a pas de limites. Savoir qu’à tout instant ce qui doit être est sûrement, aussi parfaitement qu’il est possible, pour tous ceux qui savent Te voir en toute chose et partout ! Plus de crainte, plus de trouble, plus d’angoisse; rien que la Sérénité parfaite, la Confiance absolue, la Paix suprême sans un vacillement …

Le 5 décembre 1912

Dans la Paix et le Silence, l’Éternel se manifeste; ne permets à aucune chose de te troubler et l’Éternel se manifestera ; sois parfaitement égal en face de tout et l’Éternel sera là … Oui, il ne faut pas mettre trop d’intensité ni trop d’efforts à Te chercher; cette intensité et ces efforts sont un voile devant Toi ; il ne faut pas désirer Te voir, c’est encore de l’agitation mentale qui obscurcit Ton Éternelle Présence. C’est dans la Paix, la Sérénité, l’Égalité la plus complète que tout est Toi comme Tu es tout, et la moindre vibration dans cette atmosphère parfaitement pure et calme est un obstacle à Ta manifestation. Pas de hâte, pas d’inquiétude, pas de tension ; Toi, rien que Toi, sans analyse ni objectivation, et Tu es là sans aucun doute possible, car tout devient Paix Sainte et Silence Sacré.

Et cela est mieux que toutes les méditations du monde.

Le 7 décembre 1912

Comme une flamme qui brûle silencieusement, comme un parfum qui monte tout droit, sans vaciller, mon amour va vers Toi ; et comme l’enfant qui ne raisonne pas et ne s’inquiète de rien, je me confie à Toi pour que Ta Volonté soit faite, que Ta Lumière se manifeste, que Ta Paix rayonne et que Ton Amour couvre le monde. Quand Tu le voudras je serai en Toi, Toi-même, sans aucune distinction ; et j’attends cette heure bénie sans impatience d’aucune sorte, en me laissant couler irrésistiblement vers elle comme le fleuve paisible coule vers l’océan sans bornes.

Ta Paix est en moi et dans cette Paix je ne vois plus que Toi présent en toute chose, avec le calme de l’Éternité.

Le 10 décembre 1912

Ô Maître Suprême, Instructeur Éternel, il m’a été donné, une fois de plus, de constater l’efficacité sans pareille de la pleine confiance en Ta direction. Ta Lumière s’est manifestée hier par ma bouche sans rencontrer en moi de résistance; l’instrument fut docile, souple et bien aiguisé.

C’est Toi qui agis en toute chose et en tout être, et celui qui est assez proche de Toi pour Te voir en tout acte sans exception, sait transformer tout acte en bénédiction.

Être en Toi toujours est la seule chose importante, en Toi toujours et toujours plus, en dehors des illusions et des sensations mensongères, et non pas en se retirant des actes, en les refusant, en les rejetant — combat inutile et néfaste — mais en ne vivant que Toi dans l’acte quel qu’il soit, toujours et toujours ; alors l’illusion se dissipe, la sensation fausse s’évanouit, le lien des conséquences tombe et tout se transforme en une glorification de Ta Présence Éternelle.

Ainsi soit-il.

Le 11 décembre 1912

…J’attends, sans hâte et sans inquiétude, qu’un nouveau voile se déchire et que l’Union se fasse plus complète. Je sais que ce voile est fait de tout un ensemble de petites imperfections, de liens sans nombre... Comment disparaîtra cet ensemble? Lentement, à l’aide d’innombrables petits efforts et d’une vigilance qui ne doit pas se démentir un moment, ou tout d’un coup, par une grande illumination de Ton Amour Tout-Puissant ? Je ne sais, et ne me pose même pas la question ; j’attends, en veillant de mon mieux à tout, mais certaine que seule Ta Volonté existe, que Toi seul agis et que je suis l’instrument ; et quand l’instrument sera prêt pour une plus complète manifestation, la manifestation aura lieu, tout naturellement.

Derrière le voile s’entend déjà la silencieuse symphonie d’allégresse révélant Ta Sublime Présence.

1913




Le 5 février 1913

Comme un chant mélodieux, Ta voix se fait entendre dans le silence de mon cœur ; et dans mon cerveau il se traduit par des mots imparfaits qui sont pourtant encore tout imprégnés de Toi. Et ces mots s’adressent à la Terre et lui disent : Pauvre Terre douloureuse, souviens-toi que Je suis présent en toi et ne perds pas l’espoir ; chaque effort, chaque souffrance, chaque allégresse et chaque angoisse, chaque appel de ton cœur, chaque aspiration de ton âme, chaque renouveau de tes saisons, tout, tout sans exception, ce qui te paraît triste comme ce qui te paraît joyeux, ce qui te paraît laid comme ce qui te parait beau, tout te mène vers Moi infailliblement, et Je suis la Paix sans fin, la Lumière sans ombre, l’Harmonie parfaite, la Certitude, le Repos et la Bénédiction Suprême.

Écoute, ô terre, la voix sublime qui s’élève.
Écoute et reprends courage.

Le 8 février 1913

Seigneur, Tu es mon refuge et ma bénédiction, ma force, ma santé, mon espoir et mon courage. Tu es la Paix suprême, la Joie sans mélange, la parfaite Sérénité. Tout mon être est prosterné devant Toi dans une infinie gratitude et une incessante adoration ; et cette adoration monte vers Toi de mon cœur et de mon esprit comme monte la pure fumée des parfums de l’Inde.

Permets-moi d’être Ton annonciatrice auprès des hommes, afin que tous ceux qui sont prêts puissent goûter les béatitudes que Tu m’octroies dans Ton infinie Miséricorde, et que Ta Paix règne sur la terre.

Le 10 février 1913

Mon être monte vers Toi en action de grâces, non parce que Tu Te sers de ce faible corps imparfait pour Te manifester, mais parce que Tu Te manifestes, et cela c’est la Splendeur des splendeurs, la Joie des joies, la Merveille des merveilles. Tous ceux qui Te recherchent avec ardeur devraient comprendre que Tu es là quand il est nécessaire que Tu y sois ; et s’ils faisaient cet acte de foi suprême de ne plus Te chercher mais de T’attendre en se mettant à chaque instant et intégralement à Ton service, dès que ce serait nécessaire Tu serais là ; et n’est-ce pas toujours nécessaire que Tu sois là, quelles que soient d’ailleurs les formes diverses, souvent inattendues, de Ta manifestation ?

Que Ta gloire soit proclamée,
Que la vie en soit sanctifiée,
Que les cœurs en soient transformés,
Et que Ta Paix règne sur la terre.

Le 12 février 1913

Dès que tout effort disparaît d’une manifestation, elle devient très simple, de la simplicité d’une fleur qui s’épanouit et qui manifeste sa beauté et répand son parfum sans éclats de voix ni gestes violents. Et c’est dans cette simplicité que réside la plus grande puissance, celle qui contient le minimum de mélange et qui donne lieu au minimum de réactions funestes. Il faut se méfier du pouvoir vital, c’est un tentateur placé sur le chemin de l’œuvre, et l’on risque toujours de tomber dans son piège, car il vous fait apprécier des résultats immédiats; et dans l’ardeur que l’on met tout d’abord à bien faire, on se laisse entraîner à se servir de cette puissance. Mais bien vite elle fait dévier toute l’action, elle introduit un germe d’illusion et de mort dans ce que l’on fait.

Simplicité, simplicité! Comme est douce la pureté de ta présence …

Le 13 mars 1913

…Que le pur parfum de la sanctification brûle toujours, s’élevant de plus en plus haut, de plus en plus droit, comme la prière constante de l’être intégral, désirant s’unir à Toi pour Te manifester.

Le 11 mai 1913

Dès que je n’ai plus de responsabilités matérielles, toutes les pensées concernant ces choses s’enfuient loin de moi, et je me trouve uniquement et complètement préoccupée de Toi et de Ton service. Alors, dans la paix et la sérénité parfaites, j’unis ma volonté à la Tienne, et dans le silence intégral j’écoute l’expression de Ta Vérité.

C’est en prenant conscience de Ta Volonté et en identifiant la nôtre à la Tienne que se trouve le secret de la liberté véritable et de la toute-puissance, le secret de la régénération des forces et de la transfiguration de l’être.

Être en accord intégral et constant avec Toi, c’est avoir la certitude de vaincre tous les obstacles, de triompher de toutes les difficultés intérieures et extérieures.

Seigneur, Seigneur, la joie sans bornes emplit mon cœur, les hymnes d’allégresse roulent dans ma tête leurs ondes merveilleuses, et dans la pleine confiance de Ton triomphe certain, je trouve la paix souveraine et la puissance invincible. Tu remplis mon être, Tu l’animes, Tu fais mouvoir ses ressorts cachés, Tu illumines sa compréhension, Tu intensifies sa vie, Tu décuples son amour ; et je ne sais plus si je suis l’univers ou si l’univers est moi, si Tu es en moi ou si je suis en Toi ; Toi seul existes et tout est Toi ; et 20 les flots de Ta grâce infinie remplissent et débordent le monde.

Chantez terres, chantez peuples, chantez hommes,
    La Divine Harmonie est là.

Le 15 juin 1913

Celui-là même qui pourrait être arrivé à une contemplation parfaite dans le silence et la solitude, ne serait arrivé à cela qu’en s’extrayant de son corps, en faisant abstraction de lui, et ainsi la substance dont est constitué ce corps demeurerait aussi impure, aussi imparfaite qu’auparavant, puisqu’il l’aurait abandonnée à elle-même; et par un mysticisme dévoyé, par l’attrait des splendeurs extra-physiques, par le désir égoïste de s’unir à Toi pour sa satisfaction personnelle, il aurait tourné le dos à sa raison d’être terrestre, il se serait refusé lâchement à accomplir sa mission de rédemption, de purification de la matière. Savoir qu’une partie de notre être est parfaitement pure, communier avec cette pureté, s’identifier à elle, ne peut être utile que si l’on utilise ensuite cette connaissance pour hâter la transfiguration terrestre, pour accomplir Ton Œuvre sublime.

Le 17 juin 1913

Permets, Seigneur, que je sois comme un feu qui éclaire et réchauffe, comme une source qui désaltère, comme un arbre qui abrite et protège… les hommes sont si malheureux et si ignorants et ont tant besoin d’être aidés.

Ma confiance en Toi, ma certitude intérieure grandissent de jour en jour ; et de jour en jour aussi je sens Ton Amour plus vivant en mon cœur, Ta Lumière plus éclatante et plus douce à la fois ; et de plus en plus je ne puis distinguer Ton Œuvre de ma vie et mon individualité de la terre tout entière.

Seigneur, Seigneur, Ta Splendeur est infinie, Ta Vérité est merveilleuse; et Ton Amour tout-puissant sauvera le monde.

Le 18 juin 1913

Se tourner vers Toi, s’unir à Toi, vivre en Toi et pour Toi, c’est le bonheur suprême, la joie sans mélange, la paix immuable; c’est respirer l’infini, planer dans l’éternité, ne plus sentir ses limites, échapper au temps et à l’espace. Pourquoi les hommes fuient-ils ces bienfaits comme s’ils en avaient peur ? Quelle étrange chose que l’ignorance, cette source de toutes les souffrances ! Quelle misère que cette obscurité qui éloigne les hommes de ce qui ferait justement leur bonheur et qui les assujettit à cette douloureuse école de l’existence ordinaire toute faite de luttes et de souffrances !

Le 27 juin 1913

Ta voix est si modeste, si impartiale, si sublime de patience et de miséricorde qu’elle ne se fait entendre avec aucune autorité, aucune puissance de volonté, mais comme une brise fraîche, douce et pure, comme un murmure cristallin qui donne la note d’harmonie dans le concert discordant. Seulement, pour celui qui sait écouter la note, respirer la brise, elle contient de tels trésors de beauté, un tel parfum de pure sérénité et de noble grandeur, que toutes les folles illusions s’évanouissent ou se transforment dans une joyeuse acceptation de la merveilleuse vérité entrevue.

Le 21 juillet 1913

… Mais que de patience il faut! Comme les progrès sont imperceptibles ! …

Oh ! comme je T’appelle du plus profond de mon cœur, Lumière Véritable, Amour Sublime, Divin Maître qui nous animes et nous éclaires, qui nous guides et nous protèges, qui es l’Âme de notre âme et la Vie de notre vie, qui es la Raison d’être de notre être, la Connaissance suprême et la Paix immuable!

Le 23 juillet 1913

Ô Seigneur, Splendeur inconcevable, que Ta Beauté se répande sur la terre, que Ton Amour s’allume dans les cœurs et que Ta Paix règne sur tous.

Un chant grave et profond, souriant et subtil, s’élève de mon cœur, et je ne sais si ce chant va de moi vers Toi ou de Toi vers moi ou bien si Toi, moi et l’univers entier sommes ce chant merveilleux dont je viens de prendre conscience … Il n’y a certes plus de Toi, ni de moi, ni d’univers distinct ; il y a une immense, sublime, infinie harmonie qui est toute chose et dont toute chose prendra conscience un jour. C’est l’harmonie de l’Amour sans limite, l’Amour vainqueur de toute souffrance et de toute obscurité.

Selon cette loi d’Amour, Ta loi, je veux vivre de plus en plus intégralement ; à elle je me donne sans réserve.

Et mon être exulte d’une Paix inexprimable.

Le 2 août 1913

Comme je jetais ce matin un regard sur le mois qui va commencer en me demandant quel est le moyen de mieux Te servir, j’ai entendu la petite voix intérieure comme un murmure dans le silence, et elle me disait ceci : «   Regarde comme toutes les circonstances extérieures ont peu d’importance. Pourquoi se tendre et se raidir pour arriver à réaliser ta conception de la Vérité. Sois plus souple, plus confiante. Le seul devoir est de ne se laisser troubler par rien. Se tourmenter pour bien faire produit d’aussi mauvais résultats qu’une mauvaise volonté. C’est dans le calme des eaux profondes que se trouve la seule possibilité du Vrai Service. »

Et cette réponse était si lumineuse et si pure, elle portait en elle une telle réalité effective, que l’état décrit s’est communiqué sans difficulté. Il m’a semblé flotter dans le calme des eaux profondes ; j’ai compris ; j’ai vu clairement l’attitude qui convenait le mieux ; et je n’ai plus qu’à Te demander, Ô Maître Sublime, Instructeur Suprême, de me donner la force et la clairvoyance nécessaires pour me maintenir constamment dans cet état.

Ne te tourmente pas, enfant, silence, paix, paix.

Le 8 août 1913

Ô douce harmonie qui résides en toute chose, douce harmonie qui remplis mon cœur, manifeste-toi dans les formes les plus extérieures de la vie, dans tout sentiment, dans toute pensée, dans tout acte.

Tout me paraît beau, harmonieux, silencieux malgré le tapage extérieur. Et dans ce silence, c’est Toi Seigneur que je vois ; et je Te perçois de telle façon que je ne puis exprimer cette perception que comme celle d’un invariable sourire. En vérité, l’essence de l’impression que l’on éprouve en présence du plus doux, du plus calme, du plus miséricordieux sourire a une faible analogie avec ce que j’éprouve lorsque je Te perçois ainsi.

Que Ta Paix soit avec tous.

Le 15 août 1913

Dans ce soir qui tombe, Ta Paix se fait plus profonde et plus douce et Ta Voix plus nettement perceptible dans le silence qui remplit mon être.

Ô Divin Maître, à Toi notre vie, notre pensée, notre amour, tout notre être. Reprends possession de Ton bien ; car Tu es nous-mêmes dans notre Réalité.

Le 16 août 1913

Amour, Amour Divin, Tu remplis mon être et Tu débordes de toutes parts. Je suis Toi-même et Tu es moi, et je Te vois en tout être, en toute chose, depuis le léger souffle qui passe, jusqu’au radieux soleil qui nous éclaire et Te symbolise.

Ô Toi que je ne puis comprendre, dans le silence de la plus pure dévotion je T’adore.

Le 17 août 1913

Ô Seigneur, Maître de notre vie, laisse-nous prendre notre essor très haut au-dessus du souci de notre conservation matérielle. Rien n’est plus humiliant et déprimant que ces pensées toujours tournées vers la conservation du corps, que ces préoccupations au sujet de la santé, de la subsistance, du cadre de vie … Que tout cela est peu de chose, une fumée légère qu’un simple souffle dissout, qu’une seule pensée tournée vers Toi fait s’évanouir comme un vain mirage.

Délivre ceux qui sont dans cet esclavage, comme ceux qui sont dans l’esclavage des passions. Ces obstacles sont à la fois terribles et puérils sur le chemin qui mène vers Toi ; terribles pour ceux qui y sont encore soumis, puérils pour celui qui est passé au-delà.

Comment dire le soulagement extrême, la légèreté délicieuse que l’on éprouve quand on est débarrassé du souci de soi-même, de sa vie, de sa santé, de sa satisfaction et même de son progrès.

Ce soulagement, cette délivrance Tu me l’as accordée, Ô Toi, Divin Maître, Vie de ma vie, Lumière de ma lumière, Ô Toi qui m’enseignes constamment l’amour et me fais connaître ma raison d’être.

C’est Toi qui vis en moi, Toi seul ; et qu’aurais-je à faire de me préoccuper de moi-même et de ce qui pourrait m’advenir. Sans Toi la poussière qui constitue ce corps s’efforçant de Te manifester, se disperserait amorphe et inconsciente; sans Toi cette sensibilité qui permet le rapport avec tous les autres centres de manifestation, s’évanouirait dans une obscure inertie; sans Toi cette pensée qui anime et éclaire la synthèse, serait diffuse, atone, irréalisée; sans Toi l’amour sublime qui vivifie, coordonne, anime et réchauffe tout, serait un possible non encore éveillé. Sans Toi tout est inerte, brutal ou inconscient. Tu es tout ce qui nous illumine et nous ravit, toute notre raison d’être et tout notre but. N’est-ce point suffisant pour nous guérir de toute pensée personnelle, pour nous faire ouvrir nos ailes et planer au-dessus des contingences de la vie matérielle, afin de voler dans Ton atmosphère divine et de pouvoir revenir en messager vers la terre, annoncer la glorieuse nouvelle de Ta Venue prochaine.

Ô Divin Maître, Sublime Ami, Merveilleux Instructeur, dans un silence fécond, je Te salue.

Le 7 octobre 1913

Ce retour, après trois mois d’absence, dans la maison qui T’est consacrée, Seigneur, a été l’occasion de deux expériences. La première est que dans mon être extérieur, ma conscience superficielle, je n’y ai plus du tout l’impression d’être chez moi et d’y être propriétaire de quoi que ce soit : je suis étrangère sur une terre étrangère, bien plus étrangère qu’en pleine campagne parmi les arbres ; et je souris, maintenant que j’ai appris ce que j’ignorais, je souris à l’idée de l’impression de « maîtresse de maison » que j’avais avant mon départ ; il a fallu que tout l’orgueil soit rompu, écrasé, piétiné définitivement pour que je sois enfin capable de comprendre, de voir et de sentir les choses telles qu’elles sont. Je T’offrais cette demeure, Seigneur, comme s’il était possible que je possède quelque chose et que, par suite, je puisse T’en faire hommage. Tout est Ton bien, Seigneur, c’est Toi qui mets toutes choses à notre disposition ; mais quel est notre aveuglement quand nous nous imaginons pouvoir être les propriétaires d’aucune! Je suis en visite ici comme ailleurs, comme partout, Ton messager et Ton serviteur sur terre, une étrangère parmi les hommes, et pourtant l’âme même de leur vie, l’amour de leur cœur …

En second lieu, toute l’atmosphère de la maison est imprégnée d’une gravité religieuse; on y descend immédiatement dans les profondeurs ; les méditations y sont plus recueillies et plus sérieuses; l’éparpillement disparaît pour faire place à la concentration ; et cette concentration je la sens littéralement descendre de ma tête pour entrer dans mon cœur ; et le cœur me paraît atteindre une profondeur plus grande que la tête. C’est comme si, depuis trois mois, j’aimais avec ma tête et que maintenant je commence à aimer avec mon cœur; et cela comporte une gravité et une douceur de sentiments incomparables.

Une porte nouvelle s’est ouverte dans mon être et une immensité m’est apparue!

Je franchis le seuil avec dévotion me sentant à peine digne encore de m’engager sur cette route cachée, voilée au regard et comme lumineuse en dedans d’une façon invisible.

Tout est changé, tout est nouveau ; les vieilles défroques sont tombées et le nouveau-né entr’ouvre les yeux à l’aurore qui luit.

Le 22 novembre 1913

Quelques minutes passées en silence devant Toi valent des siècles de félicité …

Permets, Seigneur, que toutes les ombres se dissipent et que, de plus en plus, je puisse être Ton fidèle serviteur dans la constance et la sérénité; que mon cœur soit devant Toi pur comme un pur cristal, afin que tout entier il puisse Te refléter.

Oh ! la douceur d’être en silence devant Toi …

Le 25 novembre 1913

Le plus grand adversaire de la contemplation silencieuse vers Toi est certes ce constant enregistrement subconscient de la multitude des phénomènes avec lesquels nous sommes mis en rapport. Tant que nous sommes en activité cérébrale notre pensée consciente voile pour nous cette suractivité de notre réceptivité subconsciente; toute une partie, et non la moindre peut-être, de notre sensibilité joue le rôle d’appareil cinématographique à notre insu et à notre détriment aussi. C’est seulement lorsque nous faisons taire notre pensée active, ce qui est relativement facile, que nous voyons surgir de toutes parts la multitude des petites notations subconscientes qui nous noient souvent sous leur flot débordant. C’est ainsi qu’il nous arrive, dès que nous nous essayons au silence de la contemplation profonde, d’être assaillis par d’innombrables pensées — si l’on peut appeler cela des pensées — qui ne nous intéressent nullement, ne représentent pour nous aucun désir actif, aucun attachement conscient, mais qui nous prouvent seulement notre inaptitude à contrôler la réceptivité pour ainsi dire mécanique de notre subconscient. Il faut un travail considérable pour faire taire tous ces bruits inutiles, arrêter cette fastidieuse succession d’images, purifier son esprit de ces mille petits riens encombrants et sans valeur. Et c’est bien du temps perdu inutilement ; c’est un terrible gaspillage.

Le remède? D’une façon simpliste, certaines disciplines ascétiques préconisent la solitude et l’inaction : mettre son subconscient à l’abri de tout enregistrement possible; ceci me paraît un remède d’enfant, car il laisse l’ascète à la merci de la première surprise; et s’il veut, un jour, lorsqu’il pensera être parfaitement maître de lui, revenir parmi ses frères pour les secourir, son subconscient qui avait été privé pendant si longtemps de son activité réceptrice, doit s’y livrer avec plus d’intensité que jamais dès que la moindre occasion lui en est offerte.

Il y a certainement un autre remède. Lequel ? Il faut, sans aucun doute, apprendre à contrôler son subconscient comme l’on contrôle sa pensée consciente. Les moyens pour y parvenir doivent être nombreux. L’introspection régulière à la manière bouddhiste et l’analyse méthodique de ses rêves — construits presque toujours avec cet enregistrement subconscient — font partie de la méthode à trouver. Mais il y a certainement quelque chose de plus rapidement efficace …

Seigneur, Maître Éternel, Tu seras l’Instructeur, l’Inspirateur; Tu m’apprendras ce qu’il faut faire; afin que je puisse, après une indispensable application à mon propre cas, faire profiter les autres de ce que Tu m’auras enseigné.

Avec une tendre et confiante dévotion, je Te salue.

Le 28 novembre 1913

Dans ce calme recueillement qui précède le lever du jour, mieux qu’à tout autre moment, ma pensée monte vers Toi, Seigneur de notre être, dans une ardente prière.

Que ce jour qui va commencer apporte à la terre et aux hommes un peu plus de pure lumière et de paix véritable; que Ta manifestation soit plus complète et Ta douce loi plus reconnue; que quelque chose de plus haut, de plus noble, de plus vrai soit révélé à l’humanité; qu’un amour plus vaste et plus profond se répande afin que les plaies douloureuses se cicatrisent; et que ce premier rayon de soleil qui va poindre soit l’annonciateur de joies et d’harmonies, le symbole de la glorieuse splendeur cachée dans l’essence de la vie.

Ô Divin Maître, permets que ce jour soit pour nous l’occasion d’une consécration plus complète à Ta loi, d’un don plus intégral à Ton œuvre, d’un oubli plus total de soi, d’une illumination plus grande, d’un amour plus pur; permets qu’en une communion toujours plus profonde et constante avec Toi, nous nous unissions toujours mieux pour être Tes dignes serviteurs. Écarte de nous tout égoïsme et tout mesquin orgueil, toute convoitise et toute obscurité, afin qu’entièrement embrasés de Ton divin amour, nous soyons Tes flambeaux dans le monde.

Un silencieux cantique monte de mon cœur comme la blanche fumée des parfums d’Orient.

Et avec la sérénité du parfait abandon, je Te salue dans le jour qui se lève!

Le 29 novembre 1913

Pourquoi tout ce bruit, tout ce mouvement, cette agitation vaine et creuse; pourquoi ce tourbillon emportant les hommes comme une nuée de mouches prises dans la tourmente? Quel triste spectacle que celui de toute cette énergie gaspillée, de tous ces efforts perdus. Quand s’arrêteront-ils de danser comme des marionnettes au bout de fils tenus ils ne savent par qui ou par quoi ? Quand prendront-ils le temps de s’asseoir et de se recueillir, de se rassembler et d’ouvrir cette porte intérieure qui leur voile Tes trésors sans prix, Tes bienfaits infinis …

Que leur vie d’ignorance et d’obscurité, leur vie de folle agitation et d’éparpillement sans profit, m’apparaît douloureuse et misérable! Alors qu’une seule étincelle de Ta sublime lumière, une seule goutte de Ton divin amour peut transformer cette souffrance en un océan de joie!

Ô Seigneur, ma prière s’élance vers Toi :

Qu’enfin ils connaissent Ta paix et cette calme et irrésistible puissance qui vient de l’immuable sérénité — apanage de ceux dont les yeux sont ouverts et qui ont pu Te contempler dans le foyer embrasé de leur être.

Mais l’heure est venue de Ta manifestation.

Et bientôt des cantiques d’allégresse éclateront de toutes parts.

Devant la solennité de cette heure, je m’incline religieusement.

Le 13 décembre 1913

Éclaire-moi, Seigneur, permets que je ne me trompe point. Permets que le respect infini, la dévotion extrême, l’amour si intense et profond avec lequel je m’approche de Toi soient rayonnants, convaincants, contagieux, et qu’ils s’éveillent dans le cœur de tous.

Ô Seigneur, Maître Éternel, Tu es ma Lumière et ma Paix ; guide mes pas, ouvre mes yeux, éclaire mon cœur, et conduis-moi sur les chemins qui mènent sans détours vers Toi.

Ô Seigneur, Seigneur, permets que je n’aie pas d’autre volonté que la Tienne et que tous mes actes soient l’expression de Ta divine loi.

Une grande lumière me baigne toute, et je n’ai plus conscience que de Toi …

Paix, paix, paix sur toute la terre.

Le 16 décembre 1913

L’amour pur et désintéressé, Ton amour dans ce que nous pouvons en percevoir et en manifester, est la seule clef qui puisse ouvrir les cœurs à Ta recherche. Ceux qui suivent le chemin intellectuel peuvent avoir une conception très haute et très vraie; ils peuvent savoir ce qu’est la vie véritable, la vie Une avec Toi, mais ils ne la connaissent pas; ils n’ont aucune expérience intérieure de cette vie et ils ignorent tout contact avec Toi. Ceux-là, ceux qui savent intellectuellement et qui se sont enfermés pour l’action dans une construction qui leur paraît la meilleure, sont de tous les plus difficiles à convertir ; on a plus de peine à éveiller en eux la conscience du Divin qu’en n’importe quel autre être de bonne volonté. Seul l’amour peut accomplir ce miracle, car l’amour ouvre toutes les portes, pénètre tous les murs, franchit tous les obstacles. Et un peu d’amour vrai fait plus que les plus beaux discours.

Seigneur, laisse éclore en moi cette pure fleur d’amour afin qu’elle parfume tous ceux qui s’approchent de nous et que ce parfum les sanctifie.

Dans cet amour se trouvent la paix et la joie, la source de toute force et de toute réalisation. Il est l’infaillible médecin, le consolateur suprême; il est le triomphateur, l’éducateur souverain.

Ô Seigneur, mon doux Maître, Toi que j’adore en silence et à qui je me suis entièrement consacrée, Toi qui gouvernes ma vie, enflamme mon cœur de Ton pur amour, afin qu’il brûle comme un brasier ardent, consumant toutes les imperfections et transformant en réconfortante chaleur et en rayonnante lumière, le bois mort de l’égoïsme et le noir charbon de l’ignorance.

Seigneur, je me tourne vers Toi avec une dévotion joyeuse et grave à la fois et j’implore :

Que Ton amour se manifeste,
Que Ton règne vienne,
Que Ta paix gouverne le monde.

Le 29 décembre 1913

Seigneur, permets que cette convention collective de l’année qui se termine soit pour nous l’occasion d’en finir, en même temps, avec tout un ensemble de liens et d’attaches, d’illusion et de faiblesse qui n’ont plus de raison d’être dans notre vie. Il faut à chaque moment secouer le passé comme une poussière qui tombe afin qu’elle ne salisse pas le chemin vierge qui, à chaque moment aussi, s’ouvre devant nous.

Que nos erreurs, reconnues et réparées au-dedans de nous, ne soient plus que comme de vains mirages incapables de produire des conséquences, et qu’appuyant fermement le pied sur tout ce qui ne doit plus être, sur toutes les ignorances, toutes les obscurités, tous les égoïsmes, nous prenions hardiment notre vol vers les horizons plus larges et la lumière plus intense, la compassion plus parfaite, l’amour plus désintéressé … vers Toi.

Je Te salue, Seigneur, Maître de notre vie, et je veux proclamer Ton règne sur la terre.

1914




LeIer janvier 1914

À Toi, Dispensateur Suprême de tous les bienfaits, à Toi qui légitimes la vie en la rendant pure, belle et bonne, à Toi, Maître de nos destinées et but de toutes nos aspirations, fut consacrée la première minute de cette nouvelle année.

Qu’elle en soit tout entière glorifiée; que ceux qui T’espèrent Te cherchent dans la bonne voie; que ceux qui Te cherchent Te trouvent, et que ceux qui souffrent sans savoir où gît le remède sentent Ta vie percer peu à peu la dure écorce de leur conscience obscure.

Je m’incline avec une profonde dévotion et une reconnaissance sans bornes devant Ta Splendeur bienfaisante; au nom de la terre, je Te rends grâce de Te manifester; en son nom je T’implore pour que Tu Te manifestes toujours plus, dans un accroissement ininterrompu de Lumière et d’Amour.

Sois le Souverain Maître de nos pensées, nos sentiments et nos actes.

Tu es notre réalité, la seule Réalité.

Hors de Toi tout est mensonge et illusion, tout est lugubre obscurité.

En Toi est la vie, la lumière et la joie.
En Toi est la Paix souveraine.

Le 2 janvier 1914

Ce merveilleux silence Te manifeste malgré la folle agitation humaine; le silence immuable et constant si vivant en toute chose qu’il suffit de prêter l’oreille pour l’entendre, en opposition avec tout ce qui est bruit futile, agitation vaine, dispersion inutile des énergies. Laisse-le fleurir dans notre être comme un générateur de lumière et de paix, et que sa puissance rayonne sur tous en ondes bienfaisantes.

Tu es la saveur de toute vie et la raison de toute activité, le but de nos pensées.

Le 3 janvier 1914

Il est toujours bon de regarder de temps en temps en soi et de voir qu’on n’est et ne peut rien, mais il faut ensuite tourner son regard vers Toi en sachant que Tu es tout et que Tu peux tout.

Tu es la vie de notre vie et
    la lumière de notre être,
Tu es le maître de nos destinées.

Le 4 janvier 1914

La marée des pensées matérielles guette toujours à l’affût de la moindre défaillance et si nous nous relâchons un moment de notre vigilance, si nous sommes, si peu que ce soit, négligents, elle se précipite et nous envahit de toutes parts, submergeant sous ses flots lourds le résultat d’innombrables efforts parfois. Alors l’être entre dans une sorte d’engourdissement, ses besoins physiques de nourriture et de sommeil augmentent, son intelligence s’obscurcit, sa vision interne se voile, et malgré le peu d’intérêt qu’il éprouve réellement pour ces activités si superficielles, elles l’occupent presque exclusivement. Cet état est extrêmement pénible et fatigant, car rien n’est plus fatigant que les pensées d’ordre matériel, et la mentalité excédée souffre comme un oiseau en cage qui ne peut étendre ses ailes et qui aspire à pouvoir prendre librement son essor.

Mais peut-être dans cet état y a-t-il une utilité que je ne perçois pas... En tout cas, je ne lutte point ; et comme un enfant dans les bras de sa mère, comme un disciple fervent aux pieds de son maître, je me confie à Toi et m’abandonne à Ta direction, certaine de Ta victoire.

Le 5 janvier 1914

Depuis un long moment je suis devant ce cahier ne me décidant pas à écrire tant tout en moi est médiocre, sans valeur, sans saveur, d’une banalité désespérante. Pas une idée dans ma tête, pas un sentiment dans mon cœur, une indifférence complète à tout et une atonie insurmontable.

Comment un tel état peut-il avoir quelque utilité?

Je suis un véritable zéro dans le monde.

D’ailleurs cela n’a aucune importance. Et pourvu que Ton œuvre s’accomplisse, que Ta manifestation ait lieu et que la terre devienne de plus en plus Ton royaume harmonieux et fécond, il importe peu que j’accomplisse ou non cette Œuvre.

Et comme il est certain qu’elle se fera, je n’aurais aucune raison de me tourmenter même si l’envie m’en prenait. Depuis les profondeurs jusqu’à la surface la plus extérieure, tout cela, mon être, n’est qu’un peu de poussière; il est naturel que cela se disperse au vent sans laisser de trace …

Le 6 janvier 1914

Tu es l’unique but de ma vie et le centre de mon aspiration, le pivot de ma pensée, la clef de ma synthèse; et comme Tu es par-delà toute sensation, tout sentiment et toute pensée, Tu es l’expérience vivante mais inexprimable, la Réalité vécue dans les profondeurs de l’être mais intraduisible dans nos misérables mots ; et c’est parce que l’intelligence humaine est impuissante à Te réduire en formule, que certains traitent de « sentiment » — avec un peu de dédain — la connaissance qu’il est possible d’avoir de Toi, mais qui est certes aussi loin du sentiment que de la pensée. Tant que l’on n’a pas atteint à cette Connaissance suprême, on n’a pas de base solide et de centre durable à sa synthèse mentale et sentimentale, et toutes les autres constructions intellectuelles ne peuvent être qu’arbitraires, artificielles et vaines.

Tu es l’éternel silence et la paix parfaite dans ce que nous pouvons percevoir de Toi.

Tu es toute la perfection qu’il nous faut acquérir, toutes les merveilles à réaliser, toute la splendeur à manifester.

Et tous nos mots sont des balbutiements d’enfants lorsque nous nous aventurons à parler de Toi.

Dans le silence est le plus grand respect.

Le 7 janvier 1914

Donne-leur à tous la paix et la lumière, Seigneur, ouvre leurs yeux aveuglés et leur entendement obscurci ; calme leurs tourments inutiles et leurs vains soucis. Détourne leur regard d’eux-mêmes et donne-leur la joie de la consécration à Ton œuvre sans calcul ni arrière-pensée. Fais fleurir Ta beauté en toute chose, éveille Ton amour en tous les cœurs, afin que Ton ordre éternellement progressif se réalise sur terre et que Ton harmonie se propage jusqu’au jour où tout sera Toi-même dans la pureté et la paix parfaites.

Oh ! que toutes les larmes soient séchées, toutes les souffrances soulagées, toutes les angoisses dissipées, et que la calme sérénité habite les cœurs, que la puissante certitude affermisse les cerveaux. Que Ta vie circule en tous comme un flot régénérateur et que tous se tournent vers Toi pour puiser dans cette contemplation l’énergie de toutes les victoires.

Le 8 janvier 1914

Fuyons les chemins trop faciles et sans efforts, ces chemins qui font naître en nous l’illusion que nous sommes arrivés; fuyons cette négligence qui est la porte ouverte sur toutes les chutes ; fuyons cette complaisante admiration de soi qui mène vers tous les abîmes. Sachons que quels que soient nos efforts, quelles que soient nos luttes, quelles que soient nos victoires même, à côté du chemin à parcourir, celui que nous avons déjà parcouru n’est rien ; et que tous sont égaux — d’infimes grains de poussière ou d’identiques étoiles — en face de l’Éternité.

Mais Tu es le triomphateur de tous les obstacles, la Lumière qui éclaire toute ignorance, l’Amour qui vainc tout orgueil. Et nulle erreur ne peut persister devant Toi.

Le 9 janvier 1914

Seigneur, insaisissable réalité, Toi qui fuis constamment devant notre conquête pourtant effective, et qui seras toujours l’Inconnu malgré tout ce que nous apprendrons à connaître de Toi, malgré tout ce que nous aurons ravi à Ton éternel mystère, nous voulons, d’un effort complet et constant, en combinant les voies multiples qui mènent vers Toi, nous avancer comme un flot montant et indomptable, brisant tous les obstacles, franchissant toutes les barrières, soulevant tous les voiles, dissipant tous les nuages, perçant toutes les obscurités, nous avancer vers Toi, toujours vers Toi d’un mouvement si puissant, si irrésistible, qu’une multitude soit entraînée à notre suite, et que la terre, consciente de Ta nouvelle et éternelle Présence, comprenne enfin quelles sont ses fins véritables, et vive dans l’harmonie et la paix de Ta souveraine réalisation.

Instruis-nous toujours plus,
Éclaire-nous davantage,
Dissipe notre ignorance,
Illumine notre esprit,
Transfigure nos cœurs,
Et donne-nous cet Amour qui ne tarit jamais et fait fleurir Ta douce loi en tout être.

Nous sommes à Toi pour l’Éternité.

Le 10 janvier 1914

Mon aspiration monte vers Toi toujours identique à elle-même dans sa forme presque enfantine, banale de simplicité, mais mon appel est toujours plus ardent, et derrière les mots maladroits, il y a toute la ferveur de ma volonté concentrée. Et je T’implore, Seigneur, malgré la naïveté de cette expression si peu intellectuelle, je T’implore pour plus de lumière, de pureté, de sincérité et d’amour vrais, et cela pour tous, pour la multitude qui constitue ce que j’appelle mon être, et pour la multitude qui constitue l’être universel ; je T’implore, sachant pourtant que c’est parfaitement inutile de T’implorer, puisque nous seuls, dans notre ignorance et notre mauvaise volonté, pouvons faire obstacle à Ta glorieuse et totale manifestation, mais quelque chose d’enfantin en moi trouve un point d’appui dans cette attitude mentale; je T’implore afin que la paix de Ton règne s’étende sur la terre.

Ô cime inaccessible que nous escaladons sans cesse sans jamais T’atteindre, Unique Réalité de notre être que nous croyons découvrir pour Te voir échapper aussitôt; état merveilleux que nous pensons saisir, mais qui nous mène plus loin, toujours plus loin, dans des profondeurs et des immensités toujours inexplorées ; nul ne peut dire : je T’ai connu, et pourtant tous Te portent en eux-mêmes, et dans le silence de leur âme peuvent entendre l’écho de Ta voix ; mais ce silence lui-même est progressif, et quelle que soit la perfection de l’union que nous avons réalisée, tant que par notre corps nous appartiendrons au monde du relatif, cette Union avec Toi sera toujours perfectible.

Mais tous ces mots pour parler de Toi ne sont qu’un vain bavardage. Permets que je devienne

Ton serviteur fidèle.

Le 11 janvier 1914

À chaque minute tout l’imprévu, l’inattendu, l’inconnu est devant nous, à chaque minute l’univers se recrée dans sa totalité et dans chacune de ses parties. Et si nous avions une foi vraiment vivante, si nous avions cette certitude absolue de Ta toute-puissance et de Ton unique réalité, Ta manifestation pourrait à chaque minute se faire si évidente que tout l’univers en serait transformé. Mais nous sommes tellement esclave de tout ce qui nous entoure et nous a précédé, nous sommes si déterminés par tout l’ensemble de ce qui est manifesté, et notre foi est si faible que nous sommes incapables encore de servir d’intermédiaires au grand miracle de la transfiguration … Mais, Seigneur, je sais que cela viendra un jour. Je sais qu’un jour viendra où Tu transformeras tous ceux qui nous approcheront; Tu les transformeras si radicalement que, libérés totalement des liens du passé, ils commenceront à vivre en Toi d’une vie toute nouvelle, une vie uniquement faite de Toi, dont Tu seras le souverain Seigneur. Et ainsi tous les troubles seront transformés en sérénité, toutes les angoisses en paix, tous les doutes en certitudes, toutes les laideurs en harmonies, tous les égoïsmes en dons de soi, toutes les obscurités en lumière et toutes les souffrances en immuable bonheur.

Mais n’accomplis-Tu pas déjà ce beau miracle? Je le vois partout fleurir autour de nous !

Oh ! divine loi d’amour et de beauté, suprême libératrice, il n’est aucun obstacle à Ta puissance.

Seul notre aveuglement nous prive du réconfortant spectacle de Ta constante victoire.

Mon cœur chante un hymne d’allégresse, et ma pensée s’illumine de joie.

Ton transcendant, Ton merveilleux amour est le souverain Maître du monde.

Le 12 janvier 1914

Un enseignement ne peut être profitable que s’il est parfaitement sincère, c’est-à-dire s’il est vécu au moment où il est donné, et les mots souvent redits, les pensées souvent exprimées ne peuvent plus être sincères …

Le 13 janvier 1914

Tu passas sur ma vie, Seigneur, comme une grande vague d’amour, et lorsque je fus immergée en elle, je sus de façon intégrale et intense que je T’avais offert — quand ? je ne sais, à aucun moment précis et toujours sans doute — ma pensée, mon cœur et ma chair en vivant holocauste.

Et dans ce grand amour qui m’enveloppa, et dans cette conscience du renoncement accompli il y avait une sérénité immense plus vaste que l’univers et une douceur si intense et si pleine d’infinie compassion que lentement les larmes coulaient de mes yeux. Rien n’était plus loin à la fois de la souffrance et du bonheur, c’était l’inexprimable paix.

Ô Amour Sublime, centre de notre vie, Merveille des merveilles, je Te retrouve enfin et je revis en Toi de nouveau, mais combien plus puissamment, combien plus consciemment que les autres fois. Comme je Te connais, comme je Te comprends mieux. Chaque fois que je Te retrouve, c’est plus intégralement, plus complètement, plus définitivement que je communie avec Toi.

Ô Présence de beauté inexprimable, pensée de suprême rédemption, puissance souveraine de salut, avec quelle allégresse tout mon être Te sent vivant en lui-même, unique principe de sa vie et de toute vie, constructeur merveilleux de toute pensée, de toute volonté, de toute conscience. À ce monde d’illusion, à 61 ce sombre cauchemar, Tu as conféré Ta réalité divine, et chaque atome de la matière contient quelque chose de Ton absolu.

Tu es, Tu vis, Tu rayonnes et Tu règnes.

Le 19 janvier 1914

Seigneur, divin Maître d’Amour, Tu es l’éternel victorieux, et ceux qui se mettent en parfait accord avec Toi, ceux qui ne vivent que pour Toi et par Toi ne peuvent que remporter toutes les victoires ; car en Toi est la force suprême, la force du complet désintéressement, de la clairvoyance parfaite, de la bonté souveraine.

En Toi, par Toi, tout se transfigure et se glorifie; en Toi se trouve la clef de tous les mystères et de toutes les puissances. Mais on ne peut T’atteindre que si l’on ne désire plus rien que vivre en Toi, Te servir, faire triompher plus rapidement, pour le salut d’un plus grand nombre, Ton œuvre divine.

Seigneur, Toi seul es réel et tout le reste est illusion ; car lorsqu’on vit en Toi on voit et on comprend toutes choses, rien n’échappe à Ta connaissance parfaite, mais tout a une autre apparence; car tout est Toi essentiellement, tout étant le fruit de Ton œuvre, de Ton intervention magnanime; et dans la plus sinistre obscurité Tu as su allumer une étoile!

Que notre dévotion aille toujours en croissant.

Que notre consécration aille toujours en se perfectionnant.

Et qu’étant déjà le souverain réel, Tu deviennes le souverain effectif de la vie.

Le 24 janvier 1914

Ô Toi unique réalité de notre être, Toi, sublime Maître d’amour, rédempteur de la vie, laisse-moi n’avoir plus conscience que de Toi seul, à chaque instant et en toute chose. Quand je ne vis plus uniquement de Ta vie, j’agonise, je m’éteins lentement car Tu es ma seule raison d’être, mon seul but, mon seul soutien. Je suis comme l’oiseau timide, qui n’est pas sûr encore de ses ailes et hésite à s’envoler ; laisse-moi prendre mon essor pour m’identifier définitivement à Toi.

Le 29 janvier 1914

C’est Ta présence en tout être, ô divin Maître d’amour, qui fait que tout homme, même le plus cruel, peut être accessible à la pitié, et que même le plus vil respecte comme malgré lui l’honneur et la justice. C’est Toi qui par-delà toutes les conventions et tous les préjugés éclaires d’un jour spécial, divin et pur, tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons, et nous fais apparaître l’écart entre ce que nous réalisons et ce que nous pourrions être.

Tu es la limite infranchissable opposée à l’excès du mal, de l’ombre et de la mauvaise volonté; Tu es l’espoir vivant en chaque cœur des perfections possibles et futures.

À Toi toute la ferveur de mon adoration.

Tu es le portail accessible à notre conception menant vers les splendeurs insoupçonnées et inconcevables, les splendeurs qui nous seront révélées progressivement.

Le 30 janvier 1914

Tout ce qui est conscient en moi T’appartient sans restriction, et peu à peu je m’efforcerai toujours mieux de conquérir le subconscient, l’arrière-fond encore obscur.

Divin Maître d’amour, Instructeur éternel, Tu diriges nos vies. C’est en Toi seul et pour Toi seul que nous voulons vivre; éclaire notre conscience, dirige nos pas, et permets que nous fassions le maximum de ce que nous pouvons faire, utilisant toutes nos énergies uniquement pour Te servir.

Le 31 janvier 1914

Que chaque matin notre pensée monte avec ferveur vers Toi, Te demandant ce que nous pouvons faire de mieux pour Te manifester et Te servir. Qu’à chaque minute dans les multiples choix que l’on peut faire et qui, malgré leur apparente insignifiance, sont toujours d’une grande importance — puisque suivant notre décision nous nous soumettons à une catégorie de déterminismes ou à une autre —, qu’à chaque minute notre attitude soit telle que ce soit Ta divine volonté qui détermine notre choix et qu’ainsi ce soit Toi qui orientes toute notre vie. Suivant la conscience dans laquelle nous nous trouvons au moment où nous prenons une décision, nous nous soumettons au déterminisme de l’ordre de réalités dans lequel nous sommes conscients ; d’où des conséquences souvent imprévues et fâcheuses, en contradiction avec l’orientation générale de la vie et formant des obstacles parfois terribles à surmonter ensuite. Nous voulons donc, Seigneur, Divin Maître d’amour, être conscients de Toi et de Toi seul, être identifiés à Ta suprême loi chaque fois que nous nous déciderons, chaque fois que nous choisirons, afin que ce soit Ta volonté qui nous détermine; et que notre vie Te soit ainsi effectivement et intégralement consacrée.

Dans Ta lumière nous verrons, dans Ta connaissance nous saurons, dans Ta volonté nous réaliserons.

Le 1er février 1914

Je me tourne vers Toi qui es partout et en tout et hors de tout, l’essence de tout et étranger à tout, centre condensateur de toutes les énergies, créateur des individualités conscientes ; je me tourne vers Toi et Te salue libérateur des mondes, et identifiée à Ton amour divin, je considère la terre et les êtres, cette masse de substance mise en formes perpétuellement détruites et renouvelées, cette masse grouillante d’agrégats aussitôt dissous que constitués, d’êtres qui s’imaginent être des individualités conscientes et durables et qui sont aussi éphémères qu’un souffle, toujours semblables ou à peu près, dans leur diversité, répétant indéfiniment les mêmes désirs, les mêmes tendances, les mêmes appétits, les mêmes ignorantes erreurs.

Mais de temps en temps Ta sublime lumière resplendit dans un être et rayonne à travers lui sur le monde, et alors un peu de sagesse, un peu de connaissance, un peu de foi désintéressée, d’héroïsme et de compassion, pénètre les cœurs, transforme les cerveaux et délivre quelques éléments de cette douloureuse et implacable roue de l’existence à laquelle leur aveugle ignorance les soumet.

Mais quelle splendeur plus haute que toutes celles qui ont précédé, quelle merveille de gloire et de lumière ne faudrait-il pas pour tirer les êtres de l’horrible aberration où les plonge la vie des cités et des prétendues civilisations ! Quelle puissance formidable et divinement douce à la fois ne faudrait-il pas pour détourner toutes ces volontés de l’âpre lutte pour leurs satisfactions égoïstes, mesquines et sottes, pour les arracher à ce tourbillon qui recèle la mort dans son scintillement trompeur, et pour les tourner vers Ton harmonieuse conquête!

Seigneur, Maître éternel, éclaire-nous, guide nos pas, montre-nous la voie vers la réalisation de Ta loi, vers l’accomplissement de Ton œuvre.

Je T’adore en silence et T’écoute dans un religieux recueillement.

Le 2 février 1914

Seigneur, je voudrais être un tel amour vivant que toutes les solitudes en soient comblées et toutes les douleurs apaisées.

Ô Seigneur, je crie vers Toi : Fais de moi un brasier ardent qui consume toute souffrance et la transforme en joyeuse lumière irradiant le cœur de tous ! …

Exauce ma prière : Transforme-moi en un brasier d’amour pur et de compassion sans limite.

Le 5 février 1914

Que dire qui ne soit toujours la même identique aspiration : il faut que la loi d’amour divin, la plus pure expression de ce que nous pouvons concevoir de Toi, se réalise de plus en plus sur terre et triomphe de tout ignorant égoïsme; il faut que de plus en plus parfaitement nous devenions les serviteurs fidèles de cette puissance d’amour et de lumière, que nous vivions en elle, par elle, que ce soit elle seule qui vive et agisse en nous.

Seigneur, deviens le Maître souverain de nos vies et dissipe toutes les obscurités qui peuvent encore nous empêcher de Te voir et de communier constamment avec Toi.

Libère-nous de toute ignorance, libère-nous de nous-mêmes afin que nous ouvrions toutes grandes les portes de Ta glorieuse manifestation.

Le 7 février 1914

Pour celui qui, intégralement uni à Toi, est par suite constamment conscient de ce qui T’exprime en acte le plus parfaitement étant donné les circonstances, il n’est plus aucune règle extérieure nécessaire. Les principes de vie ne sont en somme que des pisaller pour diminuer dans la mesure du possible l’ignorance de ceux qui ne Te connaissent pas encore, et pour remédier tant bien que mal aux moments d’aveuglement et d’obscurité, de ceux qui n’ont avec Toi qu’un contact intermittent.

Se faire des règles à soi-même et se les faire aussi générales, c’est-à-dire aussi souples que possible, est bon, mais à condition qu’on ne les considère que comme des lumières artificielles qu’il ne faudra employer que lorsque la pleine et naturelle clarté de la communion avec Toi fera défaut. La constante révision de ces règles s’impose d’ailleurs, parce qu’elles ne peuvent être que l’expression d’une connaissance actuelle et qu’elles doivent forcément bénéficier de tout accroissement, de toute amélioration de la connaissance.

C’est pourquoi en méditant sur l’attitude qu’il convient d’avoir vis-à-vis de tous ceux qui nous approchent, afin, non seulement de s’abstenir de leur faire aucun mal, mais surtout de s’efforcer de leur faire le plus de bien possible — c’est-à-dire de les aider pour le mieux à faire la découverte suprême, la découverte de Toi en eux —, il m’est apparu qu’aucune règle n’était assez vaste et assez souple pour s’adapter parfaitement à Ta loi, et que l’unique solution véritable était d’être en communion avec Toi toujours, afin que la solution soit adaptée parfaitement à la diversité infinie de toutes les circonstances.

Le 8 février 1914

Seigneur, doux Maître d’amour, Toi qui nous fais surgir de l’ombre pour nous éveiller à la conscience, qui nous délivres de la souffrance pour nous faire communier dans Ta paix éternelle, tous les matins mon aspiration s’élance ardente vers Toi, et j’implore que mon être intégralement éveillé à Ta connaissance, ne vive plus que par Toi, en Toi, pour Toi ; j’implore pour que de plus en plus parfaitement identifiée à Toi, je ne sois plus que Toi manifesté en paroles et en actes; j’implore pour que tous ceux qui nous approchent, tous ceux qui sont en rapport avec nous, s’éveillent à la pleine connaissance de Ta divine présence, de Ta loi souveraine, et se laissent définitivement transformer par elle; j’implore pour que tous les hommes sur la terre sentent poindre, malgré leur âpre souffrance, en elle, la sublime consolation de Ta lumière, de Ton amour, le merveilleux soulagement de Ta paix ; j’implore pour que toute substance, de plus en plus pénétrée de Tes forces souveraines, T’oppose de moins en moins la résistance de l’aveugle ignorance, et que triomphant de toute obscurité, Tu transfigures définitivement, intégralement, cet univers de lutte et d’angoisse, en un univers d’harmonie et de paix …

Afin que Ta loi s’accomplisse.

Le 9 février 1914

Quels que soient les noms qu’elle Te donne, Seigneur, l’élite de l’humanité assoiffée d’absolu, Te cherche ardemment. Même ceux qui semblent s’éloigner le plus de Toi, même ceux qui sont uniquement occupés d’eux-mêmes, ne sont-ils pas à la recherche d’un absolu dans la sensation, d’un absolu dans la satisfaction, et malgré sa vanité, cette recherche-là aussi peut un jour mener vers Toi ; Tu es trop au centre, au cœur de toute chose pour que les pires égoïsmes eux-mêmes ne soient pas transformés par Toi en aspirations … La seule chose qu’il faille redouter et fuir, c’est l’inertie de l’inconscience, de l’aveugle et lourde ignorance. Cet état-là se trouve tout en bas de l’échelle infinie qui monte vers Toi. Et tout Ton effort consiste à tirer la substance de cette obscurité première pour la faire naître à la conscience. La passion elle-même est préférable à l’inconscience. Il nous faut donc marcher constamment à la conquête de cet arrièrefond universel d’inconscience, et à travers notre organisme le transformer peu à peu en lumineuse conscience.

Oh ! Seigneur, doux Maître d’amour, Toi que je vois si vivant, si conscient en tout, je T’adore avec une dévotion sans limite.

Le 10 février 1914

La paix dans le cœur, la lumière dans l’esprit, nous Te sentons, Seigneur, si vivant en nous, que nous attendons les événements avec sérénité, sachant que Ta voie est partout puisque nous la portons dans notre être, et qu’en toutes circonstances nous pouvons être les annonciateurs de Ta parole, les serviteurs de Ton œuvre.

Avec une calme et pure dévotion nous Te saluons et Te reconnaissons comme la seule réalité de notre être.

Le 11 février 1914

Dès qu’on s’élève au-dessus de la vision contingente, dès qu’on identifie sa conscience à Ta suprême conscience, dès qu’on entre ainsi dans cette omniscience que je ne puis définir autrement que Connaissance absolue, comme tous les problèmes au sujet de ce que l’on doit faire ou ne pas faire, concernant toutes les résolutions à prendre, paraissent faciles, un peu enfantins.

Au point de vue de l’œuvre éternelle, la seule chose importante est de prendre conscience de Toi, de s’identifier à Toi et de maintenir constamment cette identification consciente. Mais en ce qui concerne la meilleure utilisation à faire de notre organisme physique, Ton mode de manifestation sur terre, il suffit, lorsque Toi seul es conscient en nous, de tourner le regard vers ce corps pour savoir indiscutablement quelle est la chose qu’il peut le mieux faire, quelle est l’activité qui emploiera le plus complètement toutes ses énergies.

Et sans attacher une grande importance à cette activité, à cette utilisation toute relative, on peut prendre, sans aucune difficulté, sans aucune discussion intérieure, les décisions qui, pour la conscience extérieure, paraissent les plus hardies, les plus hasardeuses.

Comme tout est simple pour celui qui voit les choses du haut de Ton éternité!

Je Te salue, Seigneur, avec une joyeuse et confiante dévotion. Que la paix de Ton amour divin soit sur tous les êtres !

Le 12 février 1914

Lorsque, conscient de Ta suprême conscience, on considère toutes les circonstances terrestres, on aperçoit toute leur relativité et l’on dit : « Faire ceci ou cela, en définitive cela n’a pas grande importance; pourtant tel mode d’action sera la meilleure utilisation de telle faculté, de tel tempérament. Toutes les actions, quelles qu’elles soient, même les plus contradictoires en apparence, peuvent être l’expression de Ta loi dans la mesure où elles sont imprégnées de la conscience de cette loi, qui n’est pas une loi d’application pratique pouvant se traduire par des principes ou des règles dans la conscience humaine ordinaire, mais qui est une loi d’attitude, de conscience constante et générale, quelque chose qui ne s’exprime point par des formules mais qui se vit. »

Mais dès qu’on retombe dans la conscience ordinaire, rien ne doit plus être traité légèrement, avec indifférence ; les moindres circonstances, les moindres actes ont une grande importance et doivent être considérés avec gravité; car nous devons à chaque moment tâcher de faire ce qui facilitera l’identification de notre conscience à la conscience éternelle, et éviter soigneusement tout ce qui pourrait faire obstacle à cette identification. C’est alors que les règles de conduite ayant à leur base le parfait désintéressement personnel doivent prendre toute leur valeur.

La paix dans le cœur, la lumière dans l’esprit, l’espoir de la certitude dans tout mon être, je Te salue, Seigneur, divin Maître d’amour éternel.

Tu es notre raison d’être et notre but.

Le 13 février 1914

Dans le silence d’une intense concentration je veux unir ma conscience à Ton absolue conscience, je veux m’identifier à Toi, souverain Seigneur de notre être, divin Maître d’amour, afin que Ta loi nous devienne perceptible et claire et que nous ne vivions plus que par elle, que pour elle.

Comme tout est beau, grand, simple et calme, aux heures où ma pensée prend son vol vers Toi et s’unit à Toi ! Et du jour où il nous sera possible de maintenir constamment cette suprême clairvoyance, comme nous marcherons dans la vie d’un pas à la fois aérien et assuré, au-dessus des obstacles et sans hésitation. Car, je le sais par expérience, tout doute, toute hésitation, cesse de la minute où l’on est conscient de Ta loi ; et si l’on aperçoit clairement l’extrême relativité de toute action humaine, on sait, en même temps, avec exactitude et précision, quelle est par rapport à son corps, à son moyen d’action propre, la moins relative de toutes les actions … et les obstacles s’évanouissent réellement comme par enchantement. Tous nos efforts tendront désormais, Seigneur, à réaliser de plus en plus constamment ce merveilleux état.

Que la paix de Ta certitude s’éveille dans tous les cœurs!

Le 14 février 1914

Paix, paix sur toute la terre … Que tous, échappant à la conscience ordinaire, délivrés de l’attachement pour les choses matérielles, s’éveillent à la connaissance de Ta divine présence, unissent leur conscience à Ta conscience suprême, et goûtent la plénitude de paix qui en résulte.

Seigneur, Tu es le souverain Maître de notre être, Ta loi est notre loi ; et de toute notre force nous aspirons à identifier notre conscience à Ton éternelle conscience, afin d’accomplir Ton œuvre sublime en toute chose et à chaque instant.

Seigneur, délivre-nous du souci des contingences, délivre-nous de la perception vulgaire, permets que nous ne voyions plus que par Tes yeux et que nous n’agissions plus que par Ta volonté; transforme-nous en vivants flambeaux de Ton amour divin.

Avec vénération, avec dévotion, dans une joyeuse consécration de tout mon être, je me donne, Seigneur, à l’accomplissement de Ta loi.

Paix, paix sur toute la terre …

Le 15 février 1914

Seigneur, Unique Réalité, Lumière de la lumière et Vie de la vie, Amour suprême sauveur du monde, permets que de plus en plus nous soyons parfaitement éveillés à la conscience de Ta constante Présence, afin que tous nos actes soient conformes à Ta loi et qu’il n’y ait aucune différence entre notre volonté et Ta volonté. Nous voulons nous dégager de la conscience illusoire, du monde de la fantasmagorie, pour identifier notre conscience à l’absolue Conscience qui est Toi.

Donne-nous la constance dans la volonté d’atteindre le but, la fermeté, l’énergie et ce courage qui secoue toute torpeur et toute lassitude.

Seigneur, je T’implore, permets que tout en mon être s’identifie à Toi et que je ne sois plus qu’un flambeau d’amour complètement éveillé à Ton activité suprême.

Le 16 février 1914

Ô Suprême, unique Réalité, Conscience véritable, Unité permanente, souverain repos de la lumière parfaite, avec quelle intensité j’aspire à ne plus être consciente que de Toi, à ne plus être que Toi. Ce tourbillon incessant d’irréelles personnalités, cette multiplicité, cette complexité, cette confusion excessive, inextricable, de pensées en conflit, de tendances en lutte, de désirs en bataille, me paraissent de plus en plus effroyables. Il faut surgir de cette mer en furie, aborder dans la sérénité de Ta paisible rive. Donne-moi l’énergie du nageur infatigable. Je veux Te conquérir, quels que soient les efforts nécessaires pour cela … Ô Seigneur, il faut que l’ignorance soit vaincue, que l’illusion se dissipe, que cet univers douloureux sorte de son affreux cauchemar, cesse son épouvantable rêve, pour s’éveiller enfin à la conscience de Ton unique Réalité.

Ô Paix immuable, délivre les hommes de l’ignorance; que partout règne Ta pleine et pure Lumière!

Le 17 février 1914

Ô Seigneur, avec quelle ardeur mon aspiration monte vers Toi : donne-nous la pleine conscience de Ta loi, la perception constante de Ta volonté, afin que notre décision soit Ta décision et que notre vie soit uniquement consacrée à Ton service, et soit l’expression aussi parfaite que possible de Ton inspiration.

Ô Seigneur, dissipe toute obscurité, tout aveuglement, et que chacun puisse jouir de la calme certitude que procure Ta divine illumination !

Le 19 février 1914

Ô Seigneur, sois toujours présent dans ma pensée! Non pas que je Te le demande, car je sais que Ta Présence est constante et souveraine, je sais que tout ce que nous voyons et tout ce qui échappe à notre vue n’est tel que cela est que grâce à Ta merveilleuse intervention, à cause de Ta divine loi d’amour ; mais je le dis et le redis, j’implore, pour échapper à l’oubli et à la négligence.

Oh ! devenir Ton amour vivant au point de transfigurer, d’illuminer toute chose; au point de faire naître en tous la paix et la satisfaction bienveillante.

Oh ! devenir Ton divin amour clairvoyant et pur, l’être partout et toujours …

Le 20 février 1914

La seule chose importante, la seule qui compte, est de vouloir de plus en plus s’identifier à Toi, unir notre conscience à Ton absolue Conscience, être de plus en plus serviteur paisible, calme, désintéressé, fort, de Ta loi souveraine, de Ta volonté d’amour.

Ô Seigneur, donne-moi cette paix du parfait désintéressement, cette paix qui rend Ta Présence effective, Ton intervention efficace, cette Paix toujours victorieuse de tous les mauvais vouloirs, de toutes les obscurités.

Seigneur, très humblement, je prie pour être à la hauteur de ma tâche, que rien en moi, conscient ou non, ne Te trahisse en négligeant de servir Ta mission sacrée.

Dans une silencieuse dévotion, je Te salue …

Le 21 février 1914

Il faudrait que chaque jour, chaque instant, soit l’occasion d’une consécration nouvelle et plus complète; et non pas une de ces consécrations enthousiastes et trépidantes, suractives, pleines de l’illusion de l’œuvre, mais une consécration profonde et silencieuse qui n’est pas forcément apparente, mais qui pénètre et transfigure toute action. Il faudrait que notre esprit paisible et solitaire repose toujours en Toi, et que de ce pur sommet il ait la perception exacte des réalités, de la Réalité unique et éternelle, derrière les instables et fugitives apparences.

Ô Seigneur, mon cœur est purifié du trouble et de l’angoisse; il est ferme et calme, et Te voit en toute chose; et quelles que soient nos actions extérieures, quelles que soient les circonstances que nous réserve l’avenir, je sais que Toi seul vis, que Toi seul es réel dans Ton immuable permanence, et c’est en Toi que nous vivons …

Que la paix soit sur toute la terre.

Le 22 février 1914

Lorsque j’étais enfant — vers l’âge de treize ans et pendant un an environ — tous les soirs dès que j’étais couchée, il me semblait que je sortais de mon corps et que je m’élevais tout droit au-dessus de la maison, puis de la ville, très haut. Je me voyais alors vêtue d’une magnifique robe dorée, plus longue que moi ; et à mesure que je montais, cette robe s’allongeait en s’étendant circulairement autour de moi pour former comme un toit immense au-dessus de la ville. Alors je voyais de tous côtés sortir des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des malades, des malheureux ; ils s’assemblaient sous la robe étendue, implorant secours, racontant leurs misères, leurs souffrances, leurs peines. En réponse, la robe, souple et vivante, s’allongeait vers eux individuellement, et dès qu’ils l’avaient touchée, ils étaient consolés ou guéris, et rentraient dans leurs corps plus heureux et plus forts qu’avant d’en être sortis. Rien ne me paraissait plus beau, rien ne me rendait plus heureuse; et toutes mes activités de la journée me semblaient ternes et grises, sans vie réelle, à côté de cette activité de la nuit qui était pour moi la vie véritable. Souvent pendant que je m’élevais ainsi, je voyais à ma gauche un vieillard silencieux et immobile, qui me regardait avec une bienveillante affection et m’encourageait de sa présence. Ce vieillard, vêtu d’une longue robe d’un violet sombre, était la personnification — je l’ai su plus tard —, de celui que l’on appelle l’Homme de Douleur.

Maintenant l’expérience profonde, la réalité presque inexprimable, se traduit dans mon cerveau par d’autres notions que je puis définir ainsi :

Bien des fois dans la journée et dans la nuit il me semble que je suis, ou plutôt que ma conscience est concentrée tout entière dans mon cœur, qui n’est plus un organe, ni même un sentiment, mais l’Amour divin, impersonnel, éternel ; étant cet Amour, je me sens vivre au centre de toute chose sur toute la terre, et en même temps il me semble m’étendre en des bras immenses, infinis, et envelopper d’une tendresse sans limite tous les êtres serrés, groupés, blottis sur ma poitrine plus vaste que l’univers … Les mots sont pauvres et malhabiles, ô divin Maître, et les traductions mentales sont toujours enfantines … Mais mon aspiration vers Toi est constante, et à dire vrai, c’est bien souvent Toi-même et Toi seul qui vis en ce corps, imparfait moyen de Te manifester.

Que tous les êtres soient heureux dans la paix de Ton illumination !

Le 23 février 1914

Permets, Seigneur, que nous soyons de plus en plus conscients de Ta loi, c’est-à-dire « un » avec elle, afin de favoriser sa manifestation en toute chose.

Seigneur, permets que je devienne maîtresse de ma pensée vagabonde, que vivant en Toi, je n’aperçoive la vie qu’à travers Toi, et que l’illusion de la réalité matérielle prenne fin pour être remplacée par une perception plus conforme à Ta réalité éternelle.

Laisse-moi vivre constamment dans Ton Amour divin, afin que ce soit lui qui vive en moi et par moi.

Permets que je sois la collaboratrice efficace et clairvoyante et que tout en moi favorise la plénitude de Ta manifestation.

Je connais toutes mes imperfections, mes difficultés, mes faiblesses, je pressens mes ignorances, mais je mets toute ma confiance en Toi et je m’incline devant Toi avec une silencieuse dévotion.

Les 25-26 février 1914

Celui qui veut Te servir dignement ne doit être attaché à rien, même pas aux activités qui lui permettent de communier plus consciemment avec Toi … Mais si, par suite d’un ensemble de circonstances, les choses matérielles prennent plus de place encore dans la vie que de coutume, il faut savoir ne pas se laisser absorber par elles, garder au fond du cœur la claire vision de Ta présence, et vivre constamment dans cette paix sereine que rien ne peut troubler

… Oh, tout faire en ne voyant que Toi partout, et planer ainsi au-dessus de l’acte accompli, sans qu’aucune chaîne nous rattachant prisonniers au sol, ne vienne alourdir le vol …

Ô Seigneur, permets que l’offrande que je Te fais de mon être soit intégrale et efficace.

Avec une respectueuse et tendre dévotion, je m’incline devant Toi, inexprimable Essence, Réalité inconcevable, Innommé.

Le 27 février 1914

Ô Seigneur, je pressens le bonheur infini qui est le partage de ceux dont la vie T’est entièrement consacrée. Et cela ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de l’état de l’être et de son plus ou moins d’illumination. La parfaite consécration à Ta loi ne peut faire autrement que d’apporter des modifications dans l’ensemble des circonstances, mais ce n’est pas elles qui permettent et expriment cette parfaite consécration. Je veux dire que ce n’est pas dans des circonstances données et toujours les mêmes pour tous, que Ta loi se manifeste; pour chacun cette manifestation est différente suivant son tempérament, c’est-à-dire suivant la mission qui lui est momentanément assignée dans la vie physique.

Mais ce qui est invariable et général, c’est la paix heureuse, la sérénité lumineuse et immuable de tous ceux qui Te sont uniquement consacrés, qui n’ont plus en eux d’ombre, d’ignorance, d’égoïste attachement, de mauvaise volonté.

Oh, que tous s’éveillent à cette paix divine.

Le 1er mars 1914

C’est en soi-même que sont tous les obstacles, c’est en soi-même que sont toutes les difficultés, c’est en soi-même que sont toutes les ombres et toutes les ignorances. Se promènerait-on à travers toute la terre, irait-on s’ensevelir dans quelque solitude, rompraiton avec toutes ses habitudes, mènerait-on la vie la plus ascétique, si quelque lien d’illusion retenait la conscience loin de Ta Conscience absolue, si quelque attachement égoïste nous privait de la communion intégrale avec Ton divin Amour, nous ne serions pas plus proche de Toi quelles que soient les circonstances extérieures. Y en a-t-il même de plus ou moins favorables ? J’en doute; c’est l’idée que nous nous en faisons qui nous permet de profiter plus ou moins bien des leçons qu’elles nous donnent.

Ô Seigneur, je T’implore! Permets que je sois parfaitement consciente et maîtresse de l’agrégat qui constitue cette personnalité, afin que je sois délivrée de moi-même et que Toi seul vives et agisses à travers ces multiples éléments.

Vivre dans l’Amour, par l’Amour, pour l’Amour, indissolublement unie à Ta manifestation la plus haute …

Toujours plus de lumière, plus de beauté, plus de vérité!

Le 3 mars 1914

À mesure que le jour du départ approche, j’entre dans une sorte de recueillement ; je me tourne avec une gravité attendrie vers tous ces mille petits riens qui nous entourent et qui silencieusement ont joué pendant tant d’années leur rôle d’amis fidèles ; je les remercie avec reconnaissance de tout le charme qu’ils ont su donner extérieurement à notre vie; je souhaite que, s’il est dans leur destinée de passer pour plus ou moins longtemps en d’autres mains que les nôtres, ces mains leur soient douces et sachent tout le respect que l’on doit à ce que Ton divin Amour, Seigneur, a fait surgir de l’obscure inconscience du chaos.

Puis je me tourne vers l’avenir, et mon regard se fait plus grave encore. Ce qu’il nous réserve, je ne le sais et ne tiens pas à le savoir; les circonstances extérieures n’ont point d’importance; je voudrais seulement que ce soit pour nous le commencement d’une période intérieure nouvelle, où, plus détachés des choses matérielles, nous puissions être plus conscients de Ta loi et plus uniquement consacrés à sa manifestation ; que ce soit une période de plus grande lumière, de plus grand amour, de plus parfait dévouement à Ta cause.

Dans une silencieuse adoration, je Te contemple.

Le 4 mars 1914

C’est la dernière fois, de longtemps sans doute, que j’écris à ce bureau, dans cette calme pièce tout imprégnée de Ta Présence. Pendant trois jours je ne pourrai probablement pas écrire … C’est avec recueillement que je considère cette page qui se tourne, s’évanouissant dans le rêve du passé, et que je regarde cette page blanche toute pleine en puissance du rêve de l’avenir … Et pourtant comme cela paraît peu de chose, enfantin et sans importance, regardé à la lumière de Ton éternité. La seule chose qui ait de l’importance est d’obéir à Ta loi avec amour et joie.

Ô Seigneur, permets que tout en nous T’adore et Te serve.

Que tous aient la Paix !

Genève, Le 6 mars 1914

Après avoir vivement souffert de leur souffrance, je me suis tournée vers Toi, pour tâcher de la guérir en infusant en elle un peu de cet Amour divin, source de toute paix et de tout bonheur. Il ne faut point fuir la souffrance, il ne faut point l’aimer et la cultiver non plus, il faut savoir l’approfondir suffisamment pour en faire un levier assez puissant pour forcer les portes de la conscience éternelle et entrer dans la sérénité de Ton Unité invariable.

Certes cet attachement sentimental et physique qui produit un déchirement lorsque les corps se séparent, est enfantin à un certain point de vue, lorsque l’on contemple l’impermanence des formes extérieures et la réalité de Ton Unité essentielle; mais d’autre part cet attachement, cette affection personnelle, ne sont-ils point un effort inconscient des hommes pour réaliser extérieurement, dans la mesure du possible, cette unité fondamentale vers laquelle ils tendent toujours sans même s’en rendre compte? Et justement à cause de cela la souffrance produite par la séparation n’est-elle point un des plus efficaces moyens de dépasser cette conscience extérieure, de remplacer cet attachement superficiel par la réalisation intégrale de Ton éternelle Unité.

C’est cela que je leur ai souhaité à tous ; c’est cela que j’ai ardemment voulu pour eux, et c’est pour cela que je T’ai confié leur peine afin que Tu la guérisses en l’illuminant, assurée de Ta victoire, certaine de Ton triomphe.

Ô Seigneur, permets que toute cette beauté d’affection et de tendresse soit transformée en glorieuse connaissance.

Permets que de toute chose il sorte le meilleur, et que Ta Paix heureuse règne sur la terre.

À bord du Kaga Maru, Le 7 mars 1914

Tu fus avec nous hier comme la plus merveilleuse des protections ; Tu permis que Ta loi puisse triompher jusque dans la manifestation la plus extérieure. À la violence il a été répondu par le calme, à la brutalité par la force de la douceur; et là où aurait pu prendre place un irréparable malheur, Ta puissance a été glorifiée. Ô Seigneur! avec quelle fervente reconnaissance j’ai salué Ta présence. Ce fut pour moi le signe certain que nous aurions la force d’agir, de penser, de vivre en Ton nom et pour Toi ; non pas seulement dans l’intention et la volonté, mais effectivement, dans la réalisation intégrale.

Ce matin ma prière monte vers Toi dans une aspiration toujours identique : vivre Ton amour, rayonner Ton amour si puissamment, si efficacement que tous se sentent fortifiés, régénérés, illuminés à notre contact. Pouvoir guérir les maux, soulager les souffrances, faire naître la paix et la calme confiance, effacer les angoisses et les remplacer par la perception du bonheur véritable, celui qui réside en Toi et qui ne s’éteint jamais… Ô Seigneur, merveilleux Ami, Maître tout-puissant, pénètre tout notre être et transfigure-le afin que Toi seul vives en nous et par nous !

Le 8 mars 1914

Devant ce calme lever de soleil qui rendait tout paisible et silencieux intérieurement, au moment où, prenant conscience de Toi, Toi seul vivais en moi, Seigneur, il m’a semblé que j’adoptais tous les habitants de ce bateau, que je les enveloppais tous dans un égal amour, et qu’ainsi en chacun d’eux quelque chose de Ta conscience s’éveillerait. Rarement j’avais si bien senti Ta divine puissance, Ta lumière invincible; et une fois de plus ma confiance fut totale et mon joyeux abandon sans mélange.

Ô Toi qui soulages toutes les souffrances et dissipes toutes les ignorances, Toi le guérisseur suprême, sois constamment présent sur ce navire dans le cœur de tous ceux qu’il abrite, afin qu’une fois de plus Ta gloire soit manifestée.

Le 9 mars 1914

Ceux qui vivent pour Toi et en Toi peuvent changer d’entourage physique, d’habitudes, de climat, de milieu, partout ils retrouvent la même atmosphère, celle qu’ils portent en eux, dans leur pensée constamment attachée sur Toi, et partout ils se sentent chez eux, c’est-à-dire chez Toi. Il n’est plus pour eux de ces émerveillements devant la nouveauté des choses et des pays, leur imprévu, leur pittoresque; en tout Ta Présence pour eux est évidente et Ta splendeur immuable ne les quittant pas leur apparaît dans le moindre grain de sable. Toute la terre chante Tes louanges ; malgré les obscurités, les misères, les ignorances, à travers tout cela, c’est encore Ta gloire d’amour qu’on aperçoit et avec laquelle on peut sans cesse et partout communier.

Seigneur, mon doux Maître, tout cela je l’éprouve d’une façon constante sur ce bateau qui me paraît un lieu de paix merveilleux, un temple naviguant en Ton honneur sur les flots de la passivité subconsciente qu’il nous faut conquérir et éveiller à la conscience de Ta divine Présence.

Béni soit le jour où je T’ai connue, ineffable Éternité!

Béni entre tous soit le jour où la Terre, enfin éveillée, Te connaîtra et ne vivra plus que pour Toi!

Le 10 mars 1914

Dans le silence de la nuit Ta Paix régnait sur toutes choses, dans le silence de mon cœur Ta Paix règne toujours ; et lorsque ces deux silences se trouvèrent réunis, Ta Paix fut si puissante qu’aucun trouble d’aucune sorte ne pouvait y résister. Alors j’ai pensé à tous ceux qui veillaient sur le bateau pour assurer et protéger notre route, et avec reconnaissance, dans leur cœur j’ai voulu faire naître et vivre Ta Paix ; puis j’ai pensé à tous ceux qui, confiants et sans souci, dormaient du sommeil de l’inconscience, et, avec sollicitude pour leurs misères, pitié pour leur souffrance latente s’éveillant en eux en même temps que leur réveil, j’ai voulu qu’un peu de Ta Paix habite leur cœur et fasse naître en eux la vie de l’esprit, la lumière dissipant l’ignorance. Puis j’ai pensé à tous les habitants de cette vaste mer, les visibles et les invisibles, et j’ai voulu que sur eux s’étende Ta Paix. Puis j’ai pensé à ceux que nous avions laissés au loin et dont l’affection nous accompagne, et avec une grande tendresse, pour eux j’ai voulu Ta Paix consciente et durable, la plénitude de Ta Paix proportionnée à leur capacité de la recevoir. Puis j’ai pensé à tous ceux vers qui nous allons, que des préoccupations enfantines agitent et qui se battent pour de mesquines compétitions d’intérêt, dans l’ignorance et l’égoïsme; et avec ardeur, dans une grande aspiration, pour eux j’ai demandé la pleine lumière de Ta Paix. Puis j’ai pensé à tous ceux que nous connaissons, à tous ceux que nous ignorons, à toute la vie qui s’élabore, à tout ce qui a changé de forme, à tout ce qui n’est pas encore en forme, et pour tout cela, ainsi que pour tout ce à quoi je ne puis penser, pour tout ce qui est présent à ma mémoire, et pour tout ce que j’oublie, dans un grand recueillement et une muette adoration, j’ai imploré Ta Paix.

Le 12 mars 1914

Seigneur, mon unique aspiration est de Te mieux connaître et Te mieux servir chaque jour. Qu’importent les circonstances extérieures, elles me paraissent chaque jour plus vaines et plus illusoires, et, de moins en moins, je m’intéresse à ce qui nous adviendra extérieurement ; mais de plus en plus je suis intensément intéressée par le seul fait qui me paraisse d’importance : Te mieux connaître afin de Te mieux servir. Il faut que tous les événements extérieurs concourent à ce but, et à ce but uniquement; et pour cela tout dépend de l’attitude que nous avons en face d’eux. Être constamment à Ta recherche en toute chose, vouloir Te mieux manifester en toute circonstance; dans cette attitude se trouve la Paix suprême, la sérénité parfaite, le véritable contentement. En elle la vie s’épanouit, s’élargit, s’étend si magnifiquement en ondes si majestueuses qu’aucun orage ne peut plus la troubler.

Ô Seigneur, Tu es notre sauvegarde, notre unique bonheur, Tu es notre lumière resplendissante, notre amour pur, notre espoir et notre force, Tu es notre vie, la réalité de notre être!

Avec une respectueuse et joyeuse adoration je Te salue.

Le 13 mars 1914

Que de degrés différents dans la conscience! Il faudrait réserver ce mot pour ce qui, dans un être, est illuminé par Ta Présence, s’est identifié à Toi et participe à Ta Conscience absolue, pour ce qui a la connaissance, ce qui est « parfaitement éveillé », comme dit le Bouddha.

En dehors de cet état, il y a des degrés infinis de conscience descendant jusqu’à l’obscurité complète, la véritable inconscience qui peut être un domaine pas encore touché par la lumière de Ton amour divin (ce qui paraît improbable dans la substance physique), ou bien ce qui est, pour une raison d’ignorance quelconque, hors de notre région individuelle de perception.

Cela, pourtant, n’est qu’une façon, et très incomplète, de dire; car au moment où l’être prend conscience de Ta Présence et s’identifie à Ta Conscience, il est conscient en toute chose et partout. Mais on ne peut expliquer la durée fugitive de cette suprême conscience que par la complexité des éléments de l’être, par leur inégalité dans l’illumination et par le fait qu’ils entrent successivement en activité. C’est d’ailleurs grâce à cette activité successive qu’ils peuvent peu à peu prendre conscience d’eux-mêmes par suite de l’expérience objective et subjective (ce qui est tout un), c’est-à-dire Te découvrir dans leur essence insondable.

Le subconscient est la zone intermédiaire entre la perception précise et l’ignorance, l’obscurité totale; il est probable que la majorité des êtres, même des êtres humains, vivent constamment dans cette subconscience; peu en émergent. C’est cela la conquête à faire; car être conscient dans le vrai sens du mot, c’est être Toi intégralement ; et n’est-ce point là la définition même de l’œuvre à accomplir, de la mission à remplir sur terre?

Délivre-nous, Seigneur, de l’obscurité; permets que nous devenions parfaitement éveillés…

Doux Maître d’Amour, permets que toute ma conscience se concentre en Toi afin que je ne vive que par l’amour et la lumière, et que l’amour et la lumière rayonnent à travers moi et s’éveillent en tous sur notre passage; que ce voyage physique soit comme le symbole de notre action, et que partout nous laissions Ta trace comme un sillage de lumière et d’amour.

Ô divin Maître, éternel Instructeur, Tu vis en toute chose, en tout être, et Ton amour éclate aux yeux même du plus ignorant. Permets que tous en prennent conscience dans les profondeurs de leur être et que la haine disparaisse à jamais de leur cœur.

Mon ardente reconnaissance monte vers Toi comme un chant inlassable.

Le 14 mars 1914

Dans l’immuable solitude du désert il y a quelque chose de Ta majestueuse présence, et je comprends pourquoi un des meilleurs moyens de Te trouver a toujours été de se retirer dans ces immenses plaines de sable.

Mais pour celui qui Te connaît, Tu te trouves partout, en toute chose, et aucune ne paraît plus propice qu’une autre à Te manifester ; car toutes les choses qui existent — et beaucoup d’autres qui ne sont point encore — sont nécessaires pour T’exprimer. Chaque chose, par le fait de Ta divine intervention d’amour, est un effort de la vie vers Toi ; et dès que les yeux sont dessillés on aperçoit cet effort constamment.

Ô Seigneur, mon cœur est assoiffé de Toi et ma pensée Te cherche constamment. Dans une muette adoration je Te salue.

Le 15 mars 1914

Ma pensée est pleine de Toi, mon cœur est plein, tout mon être est rempli de Ta Présence, et la paix va croissant, produisant ce bonheur si spécial, sans mélange, d’une calme sérénité, qui semble vaste comme l’univers, profond comme les profondeurs insondables qui mènent vers Toi.

Oh, ces nuits silencieuses et pures, où mon cœur débordant s’unit à Ton divin Amour pour pénétrer toute chose, embrasser toute vie, illuminer, régénérer toute pensée, purifier tout sentiment, éveiller en tout être la conscience de Ta merveilleuse Présence et de l’inexprimable paix en résultant !

Permets, Seigneur, que cette conscience et cette paix aillent croissant en nous afin que de plus en plus nous soyons les fidèles intermédiaires de Ta divine et unique loi.

Le 17 mars 1914

Dès que les conditions physiques sont un peu difficiles et qu’il s’ensuit quelque malaise, si l’on sait abdiquer complètement devant Ta volonté, faisant bon marché de la vie ou de la mort, de la santé ou de la maladie, l’être intégral entre immédiatement en harmonie avec Ta loi d’amour et de vie, et toute indisposition physique cesse pour faire place à un bien-être calme, profond, paisible.

J’ai remarqué que si l’on entre dans une activité qui nécessite une grande endurance corporelle, ce qui fatigue le plus est d’escompter à l’avance toutes les difficultés auxquelles on sera en butte. Il est bien plus sage de ne regarder à chaque instant que la difficulté de la minute présente; ainsi l’effort devient beaucoup plus facile parce qu’il est toujours proportionné à la somme de force, à la résistance dont on dispose. Le corps est un outil merveilleux, c’est notre mentalité qui ne sait pas s’en servir, et qui, au lieu de favoriser sa souplesse, sa plasticité, met en lui une certaine fixité provenant d’idées préconçues et de suggestions défavorables.

Mais la science suprême, Seigneur, est de s’unir à Toi, de se confier à Toi, de vivre en Toi, d’être Toi ; et alors il n’est plus rien qui soit impossible à l’homme manifestant Ta toute-puissance.

Seigneur, mon aspiration monte vers Toi comme un cantique silencieux, une adoration muette, et Ton divin Amour illumine mon cœur.

Ô divin Maître, je Te salue!

Le 18 mars 1914

Tu es la connaissance parfaite, la conscience absolue. Celui qui s’unit à Toi — et pour le temps de cette union —, est omniscient. Mais avant même d’avoir atteint ce degré, celui qui, dans toute la sincérité de son être, s’est donné à Toi avec toute sa volonté consciente, celui qui est résolu à faire tous ses efforts pour aider à la manifestation et au triomphe de Ta divine loi d’Amour, en lui et dans toute la zone de son influence, celui-là voit toute chose changer dans sa vie, et toutes les circonstances se mettent à exprimer Ta loi et à favoriser sa consécration ; pour celui-là c’est le mieux, le meilleur qui arrive toujours ; et s’il est dans son intelligence encore quelque obscurité, quelque désir ignorant qui l’empêche parfois de s’en apercevoir immédiatement, il reconnaît tôt ou tard qu’une puissance bienfaisante semblait le protéger même contre lui-même pour lui procurer les conditions les plus favorables à son épanouissement et à sa transfiguration, sa conversion et son utilisation intégrales.

Dès que l’on est conscient et persuadé de cela, on ne peut plus se faire aucun souci pour les circonstances à venir et pour la tournure que prennent les événements; c’est avec une parfaite sérénité qu’on fait à chaque minute ce que l’on juge le meilleur, persuadé que ce sera aussi le meilleur qui en adviendra, même si ce n’est pas le résultat que, dans notre raisonnement borné, nous en attendions.

C’est pourquoi, Seigneur, notre cœur est léger, notre pensée au repos. C’est pourquoi nous nous tournons vers Toi en toute confiance et nous disons paisiblement :

Que Ta volonté soit faite, en elle se réalise l’harmonie véritable.

Le 19 mars 1914

Ô Seigneur, éternel Instructeur, Toi que nous ne pouvons ni nommer ni comprendre, mais que nous voulons réaliser à chaque minute davantage, éclaire les intelligences, illumine les cœurs, transfigure les consciences ; que chacun s’éveille à la vie véritable, fuie l’égoïsme et son cortège de douleur et d’angoisse, pour se réfugier dans Ton divin et pur Amour, source de toute paix et de tout bonheur. Mon cœur si plein de Toi semble se dilater à l’infini, et mon intelligence tout éclairée de Ta Présence brille comme le plus pur diamant. Tu es le merveilleux magicien, celui qui transfigure toute chose, de la laideur fait surgir la beauté, de l’obscurité la lumière, de la boue l’eau claire, de l’ignorance la connaissance et de l’égoïsme la bonté.

En Toi, par Toi, pour Toi nous vivons et Ta loi est la suprême maîtresse de notre vie.

Que Ta volonté soit faite en tout lieu, que Ta paix règne sur toute la terre!

Le 20 mars 1914

Tu es la conscience et la lumière, Tu es la paix au fond de tout, l’amour divin qui transfigure, la connaissance qui triomphe de l’ombre. Pour Te pressentir et aspirer vers Toi, il faut avoir surgi de la mer immense du subconscient, avoir commencé à se cristalliser, à se définir pour se connaître et se donner ensuite comme peut se donner cela seul qui s’appartient. Et que d’efforts et de luttes il faut pour atteindre cette cristallisation, pour sortir de l’état amorphe du milieu ; et que d’efforts et de luttes encore pour se donner, abdiquer une fois que l’individualité est constituée.

Peu d’êtres consentent volontairement à ces efforts; alors la vie avec son imprévu brutal oblige les hommes à les faire sans le vouloir, parce qu’ils ne peuvent faire autrement. Et petit à petit Ton œuvre s’accomplit malgré tous les obstacles.

Le 21 mars 1914

Comme chaque matin mon aspiration monte vers Toi, et dans le silence de mon cœur satisfait, je demande que Ta loi d’Amour s’exprime, que Ta volonté se manifeste. Et d’avance j’adhère avec joie et sérénité aux circonstances qui traduiront cette loi et cette volonté.

Oh pourquoi s’agiter et vouloir que les choses soient, pour soi-même, d’une façon et non d’une autre! Pourquoi décréter que tel ensemble de circonstances sera l’expression des meilleurs possibles et par suite se lancer dans une âpre lutte pour que ces possibles se réalisent! Pourquoi ne pas employer toute son énergie uniquement à vouloir dans le calme de la confiance intérieure, que ce soit Ta loi qui triomphe partout et toujours de toute difficulté, de toute obscurité, de tout égoïsme! Comme l’horizon s’élargit dès qu’on sait prendre cette attitude; comme tout souci cesse pour faire place à une illumination invariable, à la toute-puissance du désintéressement. Vouloir ce que Tu veux, Seigneur, c’est vivre constamment en communion avec Toi, c’est se libérer de toute contingence, s’évader de toute étroitesse, remplir ses poumons d’un air pur et sain, se débarrasser de toute fatigue inutile, s’alléger de tout poids encombrant, pour courir d’un pas alerte vers le seul but qui soit digne d’être atteint : le triomphe de Ta divine Loi !

Ô Seigneur, avec quelle heureuse confiance je Te salue ce matin…

Le 22 mars 1914

Ô Seigneur, divin Maître d’Amour, éclaire leur conscience et leur cœur. Ils ont fait un effort pour tendre vers Toi, mais leur ignorance a fait que ce n’est probablement pas vers Toi que sont montées leurs prières, et leurs conceptions fausses ont barré la route à leur aspiration. Cependant dans Ta miséricorde, Tu mets à profit toute bonne volonté, et il suffit d’un éclair de sincérité pour que Ta divine clarté en profite pour illuminer les intelligences, pour que Ton sublime amour pénètre dans les cœurs et les remplisse de cette pure et haute bienveillance qui est une des meilleures expressions de Ta loi. Ce que j’ai voulu pour eux, avec Ta volonté, aux moments où j’ai pu être en communion véritable avec Toi, permets qu’ils l’aient reçu en ce jour où, tâchant d’oublier les contingences extérieures, ils se sont tournés vers leur pensée la plus noble, vers leur sentiment le meilleur.

Que la suprême sérénité de Ta sublime Présence s’éveille en eux.

Le 23 mars 1914

À mon sens, l’état idéal est celui où, constamment conscient de Ta Conscience, on sait à chaque instant, spontanément, sans aucune réflexion nécessaire, exactement ce que l’on doit faire pour exprimer au mieux Ta loi. Cet état, je le connais pour m’y être trouvée à certains moments, mais bien souvent la connaissance du « comment » est voilée par une brume d’ignorance et l’on doit faire appel à la réflexion qui n’est pas toujours bonne conseillère; sans compter tout ce que l’on fait à chaque minute, sans avoir le loisir de la réflexion, au hasard de l’inspiration du moment. Dans quelle marge est-elle conforme ou contraire à Ta loi ? Cela dépend de l’état du subconscient, de ce qui est actif en lui à ce moment-là. Une fois l’acte accompli, s’il a quelque importance, si on peut le regarder, l’analyser, le comprendre, il sert de leçon, permet de prendre conscience du mobile qui a fait agir, et par suite de quelque chose de ce subconscient qui gouverne encore et doit être maîtrisé.

Il est impossible que dans toute action terrestre il n’y ait pas un bon et un mauvais côté. Même les actions qui expriment le mieux la loi d’Amour la plus divine contiennent en elles quelque chose du désordre et de l’ombre inhérents au monde tel qu’il est actuellement. Certains êtres, ceux que l’on appelle les pessimistes, aperçoivent presque uniquement le côté d’ombre de toute chose. Les optimistes, au contraire, ne voient que le côté de beauté et d’harmonie. Et s’il est ridicule et ignorant d’être un optimiste involontaire, n’est-ce point une heureuse conquête à faire que de devenir un optimiste volontaire! Aux yeux des pessimistes, quoi que ce soit que l’on fasse, ce sera toujours mal, ignorant ou égoïste; comment pourrait-on les satisfaire? C’est une entreprise impossible.

Il n’est qu’une ressource, c’est de s’unir le plus parfaitement que l’on peut à la lumière la plus haute et la plus pure que l’on puisse concevoir, d’identifier aussi complètement que possible sa conscience à la Conscience absolue, de s’efforcer de recevoir d’elle seule toutes les inspirations afin de favoriser de son mieux sa manifestation sur la terre, et, confiant en sa puissance, de considérer les événements avec sérénité.

Puisque tout est mélangé forcément dans la manifestation actuelle, le plus sage est de faire de son mieux, en s’efforçant vers une lumière toujours plus haute et de prendre son parti de ce que la perfection absolue soit pour le moment irréalisable.

Avec quelle ardeur cependant ne faut-il pas aspirer toujours à cette inaccessible perfection !…

Le 24 mars 1914

Le résultat de toutes mes réflexions d’hier est la constatation que le seul trouble que j’éprouve provient de la crainte où je suis de ne pas avoir été ou de ne pas être assez parfaitement identifiée à Ta loi. Et ce trouble provient justement du fait que l’identification n’est pas complète; car si elle l’était je ne pourrais pas me demander si elle l’est, et d’autre part, je le sais par expérience, tout trouble me deviendrait impossible.

Mais en présence d’une erreur ou d’une maladresse commise, la véritable pensée à avoir n’est pas de se dire : « j’aurais dû mieux faire, j’aurais dû faire ceci au lieu de cela ». Mais bien « je n’ai pas été suffisamment identifiée à la Conscience éternelle, il faut m’efforcer de mieux réaliser cette définitive et intégrale union ».

Hier après-midi, pendant ces longues heures de contemplation silencieuse, j’ai enfin compris ce qu’est l’identification véritable avec ce à quoi l’on pense. J’ai effleuré, pour ainsi dire, cette réalisation, non plus en obtenant un état moral, mais simplement par la fixité et la maîtrise de la pensée. J’ai compris qu’il me faudrait de longues, très longues heures de contemplation pour pouvoir parfaire cette réalisation. Cela est une des choses que j’espère du voyage dans l’Inde, si toutefois Tu considères que c’est utile pour Ton service, Seigneur.

Mes progrès sont lents, très lents, mais j’espère qu’en compensation ils sont durables et à l’abri de toute fluctuation.

Permets que j’accomplisse ma mission, que j’aide à Ton intégrale manifestation.

Le 25 mars 1914

Comme toujours, invisible et silencieuse mais toutepuissante, Ton action s’est exercée, et dans ces âmes qui semblaient si closes, la perception de Ta divine lumière s’est éveillée. Je savais qu’il est impossible que l’on puisse solliciter Ta Présence en vain, et que si, dans la sincérité de son cœur, on communie avec Toi à travers n’importe quel organisme, corps ou collectivité humaine, cet organisme s’en trouve, malgré son ignorance, son inconscience, tout transformé. Mais quand cette transformation devient consciente dans un ou plusieurs éléments, quand la flamme qui couvait sous la cendre jaillit tout d’un coup illuminant tout l’être, alors on est heureux de pouvoir saluer Ton action souveraine, de constater une fois de plus Ta puissance invincible, d’espérer légitimement qu’une possibilité nouvelle de bonheur véritable est venue s’ajouter aux autres dans l’humanité.

Seigneur, ma reconnaissance fervente monte vers Toi, exprimant la gratitude de cette douloureuse humanité que Tu illumines, transfigures, glorifies, à qui Tu donnes la paix de la connaissance.

Le 28 mars 1914

Depuis notre départ et de plus en plus, c’est en toutes choses que nous pouvons voir Ta divine intervention, c’est partout que Ta loi s’exprime, et il faut toute ma certitude intérieure que cela est tout naturel ainsi, pour que je n’aille pas d’émerveillement en émerveillement.

Il ne me semble à aucun moment vivre hors de Toi et jamais les horizons ne m’ont paru plus vastes et les profondeurs plus lumineuses et insondables en même temps. Permets, ô Divin Instructeur, que nous puissions de mieux en mieux, de plus en plus, connaître et accomplir notre mission sur terre, que nous utilisions pleinement toutes les énergies qui sont en nous, et que Ta souveraine Présence devienne de plus en plus parfaitement manifestée dans les profondeurs silencieuses de notre âme, dans toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos actions.

Il me semble presque étrange de m’adresser à Toi, tant c’est Toi qui vis en moi, penses et aimes.

Pondichéry, Le 29 mars 1914

Ô Toi que nous devons connaître, comprendre, réaliser, Conscience absolue, Loi éternelle, Toi qui nous guides et nous éclaires, nous détermines et nous inspires, fais que ces âmes faibles soient fortifiées et que ces craintifs soient rassurés. À Toi je les confie, au même titre que je Te confie toute notre destinée.

Le 30 mars 1914

Comme en présence de ceux qui sont intégralement Tes serviteurs, de ceux qui sont arrivés à la parfaite conscience de Ta présence, je m’aperçois que je suis loin encore, très loin de ce que je voudrais réaliser; et je sais que ce que je conçois de plus haut, de plus noble et de plus pur est encore sombre et ignorant à côté de ce qu’il me faudrait concevoir. Mais cette perception loin d’être déprimante, stimule et fortifie l’aspiration, l’énergie, la volonté de triompher de tous les obstacles pour être enfin identifiée à Ta loi et à Ton œuvre.

Petit à petit l’horizon se précise, la route s’éclaire, et c’est vers une certitude de plus en plus grande que nous nous avançons.

Peu importe qu’il y ait des milliers d’êtres plongés dans la plus épaisse ignorance, Celui que nous avons vu hier est sur terre; sa présence suffit à prouver qu’un jour viendra où l’ombre sera transformée en lumière, et où effectivement, Ton règne sera instauré sur la terre.

Ô Seigneur, Divin Constructeur de cette merveille, mon cœur déborde de reconnaissance et de joie lorsque je pense à elle et mon espoir est sans limite.

Mon adoration dépasse toute parole, mon respect est silencieux.

Le 1er avril 1914

Il me semble que nous soyons entrés au cœur de Ton sanctuaire et que nous ayons pris connaissance de Ta volonté elle-même. Une grande joie, une profonde paix règnent en moi, et pourtant toutes mes constructions intérieures se sont évanouies comme un vain rêve, et je me trouve maintenant, devant Ton immensité, sans cadre et sans système comme un être pas encore individualisé. Tout ce passé, dans sa forme extérieure, me paraît ridiculement arbitraire, et pourtant je sais qu’il était utile à son heure.

Mais actuellement tout est changé : une étape nouvelle est commencée.

Le 2 avril 1914

Chaque jour, au moment où je veux écrire, je suis interrompue, comme si la période nouvelle qui s’ouvre devant nous était une période d’expansion plutôt que de concentration. C’est dans l’activité de chaque instant qu’il nous faut Te servir et nous identifier à Toi, plutôt que dans de profondes et muettes contemplations ou dans des méditations écrites ou non.

Mais mon cœur ne se lasse pas de Te chanter un cantique, et ma pensée est constamment pleine de Toi.

Le 3 avril 1914

Il me semble que je suis en train de naître à une vie nouvelle et que toutes les méthodes, les habitudes du passé ne peuvent plus être d’aucune utilité. Il me semble que ce qui était des résultats n’est plus qu’une préparation. Je me sens comme si je n’avais rien fait encore, comme si je n’avais pas vécu de la vie spirituelle, comme si j’entrais seulement dans la voie qui y mène, il me semble que je ne sais rien, que je suis incapable de rien formuler, que toute l’expérience est encore à faire. C’est comme si j’étais dépouillée de tout mon passé, des erreurs comme des conquêtes, comme si tout cela s’était évanoui pour faire place à un nouveau-né dont toute l’existence est à faire, qui ne possède aucun Karma, n’a aucune expérience dont il puisse profiter, mais aucune erreur non plus qu’il lui faille réparer. Ma tête est vide de toute connaissance et de toute certitude, mais aussi de toute vaine pensée. Je sens que si je sais m’abandonner sans résistance à cet état, si je ne tâche pas de savoir ou de comprendre, si je consens à être complètement comme un enfant ignorant et candide, quelque possibilité nouvelle s’ouvrira devant moi. Je sais qu’il me faut maintenant renoncer définitivement à moi-même et être comme une page absolument blanche où Ta pensée, Ta volonté, Seigneur, pourra s’inscrire librement à l’abri de toute déformation.

Une immense gratitude monte de mon cœur, il me semble être enfin arrivée au seuil que j’ai tant cherché.

Oh permets, Seigneur, que je sois assez pure, assez impersonnelle, assez animée de Ton divin amour, pour pouvoir le franchir définitivement.

Oh T’appartenir sans ombre et sans restriction !

Le 4 avril 1914

Ô Seigneur, mon adoration monte ardemment vers Toi, tout mon être est comme une aspiration, une flamme qui T’est consacrée.

Seigneur, Seigneur, mon doux Maître, c’est Toi qui vis et veux en moi !

Ce corps est Ton instrument ; cette volonté est Ta servante; cette intelligence est Ton outil ; et le tout n’est que Toi-même.

Le 7 avril 1914

Quel est donc mon courage que toujours j’essaye d’éviter le combat ? Quelle est donc mon énergie que je m’effraye instinctivement du nouvel effort à faire et que j’essaye, sans m’en rendre compte, de m’endormir passivement, comptant sur les conséquences de l’effort antérieur? Pour agir il me faut y être contrainte et ma muette contemplation est en partie faite de paresse… Tout cela m’apparaît de plus en plus clairement. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent me semble n’être rien. La mesquinerie et les limitations de l’instrument que je mets à Ton service, Seigneur, sont pour moi évidentes, et je ris un peu douloureusement à l’idée que j’ai pu parfois avoir bonne opinion de mon être, de ses efforts et de leurs résultats. Ce seuil de la vie véritable que je crois toujours avoir atteint est comme un espoir qui m’est octroyé mais jamais comme une réalisation tangible; c’est le jouet que l’on promet à l’enfant, la récompense que l’on fait entrevoir aux faibles.

Quand donc serai-je un être vraiment fort, tout entier fait de courage, d’énergie, de valeur et de calme persévérance; quand donc aurai-je assez complètement oublié ma personne pour ne plus être que l’instrument uniquement pétri des forces qu’il doit manifester ? Quand donc, à ma conscience d’unité ne se mêlera-t-il plus aucune inertie; quand donc, à mon sentiment d’amour divin, ne se mêlerat-il plus aucune faiblesse?

Ô Seigneur, toute pensée semble morte en moi, maintenant que j’ai posé ces questions. Je cherche mon esprit conscient et je ne le trouve plus; je cherche mon individualité et je ne la découvre nulle part ; je cherche ma volonté personnelle et elle est absente. Je Te cherche Toi, et Tu Te tais… Silence, silence…

Maintenant il me semble entendre Ta voix : « Jamais tu n’as su mourir intégralement. Toujours quelque chose en toi a voulu savoir, assister, comprendre. Abdique complètement, apprends à disparaître, brise la dernière digue qui te sépare de Moi ; accomplis sans réserve ton acte de soumission ». Hélas, Seigneur, depuis longtemps je l’ai voulu, mais je n’ai pas pu. Maintenant m’en donneras-Tu le pouvoir?

Ô Seigneur, mon doux Maître éternel, brise cette résistance qui me remplit d’angoisse… délivre-moi de moi-même!

Le 8 avril 1914

Seigneur, ma pensée est paisible et mon cœur recueilli ; je me tourne vers Toi avec une profonde dévotion et une confiance sans limite : je sais que Ton amour est tout-puissant et que Ta justice régnera sur la terre; je sais que l’heure est proche où le dernier voile sera écarté et où toute iniquité disparaîtra pour faire place à une ère de paix et d’harmonieux effort.

Ô Seigneur, la pensée recueillie et le cœur paisible, je m’approche de Toi et tout mon être est rempli de Ta divine Présence; permets que je ne voie plus que Toi en toute chose et que tout resplendisse de Ta divine Lumière. Oh, que les haines soient apaisées, les rancunes effacées, les craintes dissipées, les soupçons anéantis, les malveillances surmontées, et que dans cette ville, dans ce pays, sur cette terre, tous les cœurs sentent vibrer en eux cet amour sublime, source de toute transfiguration.

Ô Seigneur, avec quel ardent appel j’implore Ton amour. Permets que mon aspiration soit assez intense pour éveiller partout une aspiration semblable : Oh, que la bonté, la justice et la paix règnent en souveraines maîtresses, que l’ignorant égoïsme soit surmonté, que les ténèbres soient soudain illuminées par Ta pure Lumière; que les aveugles voient, que les sourds entendent, que Ta loi soit proclamée en tout lieu et que, dans une union constamment progressive, dans une harmonie toujours plus parfaite, tous, comme un seul être, tendent leurs bras vers Toi, pour s’identifier à Toi et Te manifester sur terre.

Ô Seigneur, la pensée recueillie, le cœur ensoleillé, je me donne à Toi sans réserve et le moi disparaît en Toi !

Le 10 avril 1914

Soudainement le voile s’est déchiré, l’horizon s’est découvert. Devant la claire vision, tout mon être s’est jeté à Tes pieds dans un grand élan de gratitude. Et malgré cette profonde et intégrale joie, tout fut calme et paisible, de cette paix de l’éternité. Il me semble ne plus avoir de limites ; je n’ai plus la perception du corps, ni des sensations, ni des sentiments, ni des pensées… Une immensité claire, pure, tranquille, tout imprégnée d’amour et de lumière, pleine d’une béatitude indicible, est la seule chose qui me paraisse actuellement être moi ; et ce moi est si peu le moi d’autrefois, égoïste et limité, que je ne puis plus dire si c’est moi ou bien Toi, Seigneur, Maître sublime de nos destinées.

C’est comme si tout était énergie, courage, force, volonté, douceur infinie, compassion sans pareille…

Plus fortement encore que les jours derniers tout le passé est mort, comme enseveli sous les rayons de la vie nouvelle. Le dernier regard que je viens de jeter en arrière, en relisant quelques pages de ce cahier, m’a convaincue définitivement de cette mort, et, c’est allégée d’un grand poids, que je me présente devant Toi, ô mon divin Maître, avec toute la simplicité, toute la nudité d’un enfant… Et toujours la seule chose que je perçoive est cette pure et calme immensité… Seigneur, Tu as répondu à ma prière et Tu m’as accordé ce que je T’ai demandé : le « je » a disparu, il n’y a plus que l’instrument docile mis à Ton service, centre de concentration et de manifestation de Tes rayons infinis et éternels. Tu as pris ma vie et l’as faite Tienne, Tu as pris ma volonté et l’as unie à la Tienne, Tu as pris mon amour et Tu l’as identifié au Tien, Tu as pris ma pensée et Tu l’as remplacée par Ta Conscience absolue.

Le corps émerveillé courbe le front dans la poussière en muette et soumise adoration. Et plus rien n’existe que Toi dans la splendeur de Ta paix immuable.

Karikal, Le 13 avril 1914

Tout se coalise pour que je ne puisse plus être un être d’habitudes, et dans ce nouvel état, au milieu de ces circonstances si complexes et mouvantes, je n’ai jamais aussi complètement vécu Ta paix immuable, ou plutôt le « je » n’a jamais si complètement disparu pour que, seule, Ta divine paix soit vivante. Tout est beau, harmonieux et calme, tout est plein de Toi. Tu resplendis dans l’éclatant soleil, Tu Te fais sentir dans la douce brise qui passe, Tu Te manifestes dans les cœurs et vis dans tous les êtres. Il n’est pas un animal, une plante, qui ne me parle de Toi et Ton nom est écrit sur tout ce que je regarde.

Ô mon doux Seigneur, as-Tu enfin permis que je sois toute à Toi et que ma conscience soit définitivement unie à la Tienne? Qu’ai-je fait pour mériter un bonheur si glorieux ? Rien que de le désirer, de le vouloir avec constance, c’est peu.

Mais, Seigneur, puisque maintenant c’est Ta volonté et non la mienne qui vit en moi, Tu sauras faire que ce bonheur soit profitable à tous et que sa raison d’être soit de Te rendre perceptible au plus grand nombre d’êtres possible.

Oh que tous Te connaissent, T’aiment, Te servent ; que tous reçoivent la suprême consécration !

Ô Amour, divin Amour, répands-toi dans le monde, régénère la vie, éclaire l’intelligence, romps les digues de l’égoïsme, dissipe les obstacles de l’ignorance, resplendis en souverain Maître de la terre.

Pondichéry, Le 17 avril 1914

Ô Seigneur, Maître tout-puissant, Unique Réalité, permets qu’aucune erreur, aucune obscurité, aucune fatale ignorance ne se glissent dans mon cœur et ma pensée…

Dans l’action, la personnalité est l’intermédiaire inévitable, indispensable, de Ta volonté et de Tes forces. Plus cette personnalité est forte, complexe, puissante, individualisée, consciente, plus l’instrument peut être puissamment et utilement employé. Mais, à cause même de son caractère de personnalité, elle a facilement tendance à entrer dans l’illusion funeste de son existence séparée, et de devenir peu à peu un écran entre Toi et ce sur quoi Tu veux agir; non pas au début dans la manifestation, mais dans la transmission du retour ; c’est-à-dire qu’au lieu d’être, en serviteur fidèle, un intermédiaire Te rapportant exactement ce qui T’est dû — les forces émises répondant à Ton action — la personnalité a tendance à vouloir conserver pour elle-même une partie de ces forces avec l’idée : « c’est moi qui ai fait ceci ou cela, c’est moi que l’on remercie… » Pernicieuse illusion, obscur mensonge, maintenant vous êtes découverts et démasqués. Voilà le ver malfaisant qui ronge le fruit de l’action et fausse tous les résultats.

Ô Seigneur, mon doux Maître, Unique Réalité, dissipe ce sentiment du moi. Maintenant j’ai compris que tant qu’il y aura un univers manifesté le moi sera nécessaire à Ta manifestation ; dissiper ou seulement diminuer, affaiblir le moi, c’est Te priver de Ton moyen de manifestation, totalement ou en partie. Mais ce qu’il faut supprimer radicalement, définitivement, c’est l’illusoire pensée, l’illusoire sentiment, l’illusoire sensation du moi séparé. À aucun moment, en aucune circonstance, il ne faut oublier que ce moi n’a aucune réalité hors de Toi.

Ô mon doux Maître, divin Seigneur, arrache de mon cœur cette illusion afin que ce serviteur devienne pur et Te rapporte fidèlement et intégralement tout ce qui T’est dû. Laisse-moi dans le silence contempler et comprendre cette suprême ignorance et la dissoudre à tout jamais ; chasse l’ombre de ce cœur et que Ta lumière y règne en souveraine incontestée.

Le 18 avril 1914

Hier matin le dernier voile s’était presque déchiré, la dernière forteresse de l’aveugle et ignorante personnalité semblait sur le point de céder ; pour la première fois je pensais avoir compris ce qu’est le véritable service impersonnel, et l’obstacle qui me séparait de la réalisation intégrale me paraissait très fragile, sur le point de disparaître définitivement. Mais la nécessité de mes devoirs extérieurs m’a arrachée à cette bienfaisante et bienheureuse contemplation, et au moment où j’ai dû par force retourner à la conscience extérieure, le voile s’est refermé et me semble plus obscur que jamais. Pourquoi cette chute dans l’inconscience de la nuit après la si grande lumière?…

Ô Seigneur, Seigneur, ne me permettras-Tu donc pas de m’évader enfin de l’ignorance et de ne plus faire qu’un avec Toi ! Maintenant que j’ai si bien su et vu ce que doit être le travail sur la terre, ne pourrais-je donc pas le réaliser ? Suis-je donc rivée à l’ignorance et à l’illusion !…

Pourquoi, pourquoi cette nuit après la si grande et pure lumière? Tout mon être est tendu dans un angoissant appel !

Ô Seigneur, prends pitié de moi !

Le 19 avril 1914

Il y a une grande différence entre se trouver dans l’activité, dans l’action extérieure, tout en gardant sa pensée constamment fixée sur Toi, et entrer dans cette union parfaite avec Toi qui détermine ce que j’ai appelé « la Conscience absolue, l’Omniscience véritable, la Connaissance ». Lorsque l’on agit, même la pensée fixée sur Toi, on est comme un aveugle marchant sur la route, avec le sens de la direction, mais ne connaissant rien du chemin qu’il suit et de la façon précise dont il faut y marcher pour que rien ne soit négligé. Dans l’autre cas, au contraire, c’est la claire vision dans la pleine lumière, l’utilisation de la moindre rencontre, la plénitude de l’action, le maximum du résultat. Et si la première attitude est indispensable avant d’avoir atteint l’autre, il ne faut à aucun moment cesser de travailler, de faire effort pour atteindre la communion parfaite.

Mais mon cœur est en paix, ma pensée sans impatience, et je m’en remets à Ta volonté avec la confiance souriante d’un enfant.

Que Ta paix règne sur tous…

Le 20 avril 1914

Après avoir beaucoup espéré, après avoir cru que mon être extérieur allait enfin devenir l’instrument adapté à Tes fins, après avoir eu l’espoir d’être enfin délivrée de ce « moi » si encombrant et obscur, je me sens aussi loin du but qu’auparavant, aussi ignorante, aussi égoïste que je l’étais avant cette grande espérance. Et le chemin se déroule de nouveau interminable à travers les champs de l’inconscience. La sublime porte s’est refermée et je me trouve encore au seuil du sanctuaire sans pouvoir y pénétrer. Mais j’ai appris à tout regarder en souriant avec un cœur tranquille. Je Te demande seulement, Ô mon divin Maître, de ne pas me laisser commettre d’erreurs ; même si l’instrument est condamné pour un temps encore à l’inconscience, permets qu’il se laisse fidèlement et docilement guider par Ta divine loi.

Je Te salue, Seigneur, avec une profonde et pure dévotion. Oh ! sois le souverain Maître de tous les cœurs.

Le 23 avril 1914

Toutes les règles se sont évanouies, la régularité de la discipline a disparu, tout effort a cessé; non pas de ma propre volonté, non plus, je crois, par négligence, mais parce que les circonstances se coalisent pour qu’il en soit ainsi. Il me semble que cette volonté intérieure, toujours en éveil, qui ressemble au timonier tenant le gouvernail, s’est évaporée ou endormie, et mon être n’est plus que quelque chose de paisiblement soumis qui se laisse emporter par le courant. Jusqu’à présent il me semble que la marche demeure rectiligne, et je veux garder l’espoir que c’est Toi, Seigneur, qui diriges le courant ; mais certes si j’ai péché parfois par une rigidité trop grande, un manque de souplesse et de spontanéité, il se pourrait bien que maintenant je pèche par l’excès contraire. J’en suis arrivée à accepter paisiblement l’état dans lequel je me trouve et à me dire que Tu me gratifieras de la Conscience véritable, de la Conscience absolue quand bon Te semblera.

Je regarde tout ce monde en mouvement comme un jeu qui se déroule, et je prends part à ce jeu avec la même énergie et la même conviction que si je le croyais réel et important. Tout cela est très nouveau. Mais ce qui est certain, c’est que jamais mon esprit et mon cœur ne furent en un si complet repos. Ce qui sortira de là, je ne sais. Mais je me fie à Toi, Seigneur; Tu sais le meilleur moyen d’utiliser et de développer Ton instrument…

Le 28 avril 1914

Tu es le Maître du monde; Ta loi se déroule devant nous avec précision, et ainsi que je le pensais, ou plutôt que Tu me l’avais fait entendre avant notre départ de Paris, c’est le meilleur, ce qui pouvait servir le mieux Ton œuvre dans le monde, qui est arrivé.

Dans la béatitude j’ai communié avec Ta puissance dominant l’ombre et l’erreur, éclatant comme une merveilleuse et éternelle aurore au-dessus de la boue de la force hypocrite et de son apparent succès. Tout a été mis au jour, nous avons fait un pas de plus vers la pleine lumière de la sincérité, et c’est cette pleine lumière qui sera la première étape de Ton règne sur la terre.

Ô Toi, splendeur inconcevable, Toi, vainqueur de toute ignorance, triomphateur de tout égoïsme, Toi qui illumines les cœurs et éclaires les esprits, Toi qui es la Connaissance, l’Amour et l’Être, laisse-moi vivre constamment dans la conscience de Ton Unité, laissemoi me conformer toujours à Ta Volonté.

Avec une respectueuse, une silencieuse dévotion, je Te salue comme le souverain Seigneur du monde!

Le 2 mai 1914

Au-dessus de toutes les conceptions humaines, même les plus merveilleuses, au-dessus de tous les sentiments humains, même les plus sublimes, au-dessus des plus magnifiques aspirations et des plus purs élans, au-dessus de l’Amour, de la Connaissance et de l’Unité de l’Être, je veux entrer en communion constante avec Toi, Seigneur. Libre de toute entrave je serai Toi-même; ce sera Toi qui verras le monde à travers ce corps ; ce sera Toi qui agiras dans le monde par cet instrument.

En moi est la calme sérénité de la parfaite certitude.

Le 3 mai 1914

Ô divin Amour, suprême Connaissance, Unité parfaite, à chaque instant de la journée je T’appelle afin de ne plus être que Toi !

Que l’instrument Te serve, conscient d’être instrument, et que toute la conscience, immergée dans la Tienne, contemple toutes choses avec Ta vision divine.

Ô Seigneur, Seigneur, permets que Ta souveraine Puissance se manifeste; permets que Ton œuvre s’accomplisse et que Ton serviteur soit uniquement consacré à Ton service.

Que le « je » disparaisse à tout jamais, que seul l’outil demeure!

Le 4 mai 1914

Être immergée à la fois en Toi et en Ton œuvre… ne plus être une individualité limitée… devenir l’infinitude de Tes forces se manifestant à travers un point… être libérée de toutes les entraves et de toutes les limitations… s’élever au-dessus de toute pensée restrictive… faire l’action en étant hors de l’action… agir avec et pour les individualités en ne percevant que l’Unité, l’Unité de Ton Amour, de Ta Connaissance, de Ton Être… Ô mon divin Maître, éternel Instructeur, Unique Réalité, dissous toute obscurité en cet agrégat que Tu as formé pour Ton service, Ta manifestation dans le monde. Réalise en lui cette conscience suprême qui partout fera naître la conscience identique.

Oh, ne plus voir les apparences qui sans cesse changent ; ne plus contempler en tout et partout que Ton immuable Unité.

Ô Seigneur, tout mon être crie vers Toi dans un irrésistible appel ; ne veux-Tu pas permettre que je devienne Toi-même dans ma conscience intégrale, puisqu’en fait je suis Toi et Tu es moi.

Le 9 mai 1914

Juste au moment où je sentais l’impérieuse nécessité de reprendre régulièrement ce cahier afin de sortir de cette inertie mentale envahissante, mon organisme physique a subi une défaite comme il n’en avait pas connu depuis plusieurs années et pour quelques jours toutes les forces corporelles m’ont fait défaut ; j’y ai vu le signe que j’avais fait une faute, que mon énergie spirituelle avait faibli, que ma vision de la toute-puissante Unité avait été obscurcie, que quelque suggestion mauvaise était parvenue à me troubler de quelque manière, et je me suis inclinée devant Toi, Seigneur, mon doux Maître, avec humilité, consciente que je n’étais pas mûre encore pour la parfaite identification avec Toi. Quelque chose dans cet agrégat qui constitue l’instrument que je puis mettre à Ton service est encore obscur et incompréhensif ; quelque chose ne répond pas comme il convient à Tes forces, déforme et obscurcit leur manifestation…

Un grand problème s’est posé devant moi et la maladie l’a couvert de son voile et m’a empêchée de le résoudre. Maintenant que je revis dans le sentiment de Ton Unité, le problème semble ne plus avoir de sens et je ne le comprends plus très bien.

Il me semble avoir laissé loin derrière moi quelque chose, il me semble que je m’éveille lentement à une nouvelle vie. Je voudrais que ce ne soit pas une illusion et que la paix profonde et souriante soit revenue pour toujours.

Ô mon divin Maître, mon amour aspire vers Toi plus intensément que jamais ; laisse-moi être Ton Amour vivant dans le monde et n’être plus que cela ! Que tout égoïsme, toute limitation, toute obscurité disparaissent ; que ma conscience s’identifie à Ta conscience afin que Toi seul sois la volonté agissant à travers cet instrument fragile et passager.

Ô mon doux Maître, avec quelle ardeur mon amour aspire vers Toi…

Permets que je ne sois plus que Ton Amour Divin et qu’en tout être cet Amour s’éveille puissant et victorieux.

Laisse-moi être comme un immense manteau d’amour enveloppant toute la terre, pénétrant tous les cœurs, murmurant à toutes les oreilles Ton divin message d’espoir et de paix.

Ô mon divin Maître, avec quelle ardeur j’aspire vers Toi ! Brise ces liens d’ombre et d’erreur ; dissipe cette ignorance, libère, libère-moi, fais-moi voir Ta lumière…

Brise, brise ces liens… Je veux comprendre et je veux être. C’est-à-dire que ce « je » doit être Ton « je » et qu’il ne doit plus y avoir qu’un seul « je » dans le monde.

Ô Seigneur, exauce ma prière, ma supplication monte ardemment vers Toi.

Le 10 mai 1914

C’est Ta douce joie, Seigneur, qui remplit mon cœur; c’est Ta paix silencieuse qui règne sur mon esprit. Tout est repos, force, concentration, lumière et sérénité; et tout cela est sans limite et sans division ; est-ce seulement la terre ou bien tout l’univers qui vit en moi, je ne sais, mais c’est Toi Seigneur, qui habites cette conscience et l’animes ; c’est Toi qui vois, qui sais et qui agis. C’est Toi seul que je vois partout, ou plutôt il n’y a plus de « je », tout est un et cette Unité c’est Toi.

Gloire à Toi, Seigneur, Maître du monde, Tu resplendis en toute chose!

Le 12 mai 1914

De plus en plus il me semble que nous sommes dans une de ces périodes d’activité où le fruit des efforts passés se manifeste; une de ces périodes où l’on agit selon Ta loi et dans la mesure où elle est la souveraine maîtresse de l’être, sans avoir même le loisir de prendre conscience de cette loi.

Ce matin, par une rapide expérience, passant de profondeur en profondeur, j’ai pu comme à l’ordinaire identifier ma conscience à la Tienne et ne plus vivre qu’en Toi ; c’est-à-dire que Toi seul vivais ; mais Ta volonté a immédiatement tiré ma conscience vers l’extérieur, vers l’œuvre à accomplir, et Tu m’as dit : «   Sois l’instrument dont j’ai besoin ».

Et n’est-ce point ainsi le dernier renoncement, le renoncement à l’identification avec Toi, à la douce et pure joie de ne plus faire de distinction entre Toi et moi, de savoir à chaque minute, non pas seulement intellectuellement, mais par une expérience intégrale, que Tu es l’unique Réalité et que tout le reste n’est qu’apparence et illusion. Que l’être extérieur soit l’instrument docile qui n’a même pas besoin d’être conscient de la volonté qui le meut, cela n’est pas douteux ; mais pourquoi faut-il que je sois presque entièrement identifiée à cet instrument, au lieu que le « je » ne fasse plus qu’un avec Toi et vive de Ta pleine, absolue Conscience?

Je le demande, mais je ne m’en inquiète pas. Je sais que tout est selon Ta volonté, et avec une pure adoration, je m’en remets joyeusement à Ta volonté; ce que Tu voudras de moi, Seigneur, je le serai, consciente ou inconsciente, simple instrument comme est le corps, ou Connaissance Suprême comme Toi-même.

Oh la douce et paisible joie de pouvoir dire « tout est bien », et de Te sentir à l’œuvre dans le monde à travers tous les éléments qui se prêtent à la transmission.

Tu es le souverain Maître de tout, Tu es l’Inaccessible, l’Inconnaissable, l’éternelle et sublime Réalité.

Ô merveilleuse Unité, je disparais en Toi !…

Le 13 mai 1914

Cette somnolence de ma pensée, Seigneur, Tu la secoueras afin que j’aie la connaissance et que je puisse comprendre l’expérience que Tu as fait faire à mon être. Quand quelque chose T’interroge en moi, toujours Tu réponds, et quand il est nécessaire que je sache quelque chose, Tu me l’apprends, soit directement, soit indirectement.

Je vois de plus en plus que toute impatiente révolte, toute hâte serait inutile; tout s’organise lentement afin que je puisse Te servir comme il convient. Quelle est ma place dans ce service? Depuis longtemps je ne me le demande plus. Qu’importe! Est-il nécessaire de savoir si l’on est au centre ou à la périphérie? Pourvu qu’entièrement consacrée à Toi, ne vivant que pour Toi et par Toi, j’accomplisse de mieux en mieux la tâche que Tu me donnes, tout le reste n’a point d’importance. Je dirais plus : pourvu que Ton œuvre s’accomplisse dans le monde aussi bien et aussi complètement qu’elle peut l’être, qu’importe l’individualité ou le groupement qui réalise cette œuvre.

Ô mon doux Maître, dans la paix, la sérénité, l’égalité d’âme, je me donne et me fonds en Toi, la pensée calme et tranquille, le cœur souriant ; Ton œuvre s’accomplira, je le sais, et Ta victoire est certaine.

Ô mon doux Maître, accorde à tous le souverain bienfait de Ton illumination !

Le 15 mai 1914

Comme d’un sommet atteint on découvre un vaste horizon, de même, Seigneur, lorsque la conscience s’identifie à ce domaine intermédiaire entre Ton Unité et le monde manifesté, on participe à la fois de Ton Infinitude et de la réalisation du monde. C’est comme si on se trouvait à un centre où la conscience, tout imprégnée de Ton effective Puissance, puisse diriger le rayon de Tes forces sur l’instrument infime se mouvant au centre des instruments frères. Du haut de ces régions transcendantes, l’unité de la substance physique est visible de façon évidente, et pourtant le corps qui sert d’instrument particulier dans le domaine matériel, apparaît spécialement précis et net comme un point plus vigoureux au milieu de ce tout, multiple et unique à la fois, dans lequel les forces circulent également.

Cette perception ne m’a point quittée depuis hier. Elle s’est installée comme une chose définitive, et toute l’activité extérieure, qui, en apparence, continue comme à l’ordinaire, a pris le caractère mécanique d’un jouet merveilleusement articulé et animé que la conscience fait mouvoir du haut de son siège non plus individuel mais encore universel, c’est-àdire qui n’est pas encore complètement immergé dans Ton Unité. Toutes les lois de la manifestation individuelle me sont apparues clairement, mais d’une façon si synthétique, si globale, si simultanée qu’il est impossible de l’exprimer avec notre langage ordinaire.

Le 16 mai 1914

J’ai été interrompue hier au moment où je tâchais de formuler l’expérience faite. Et maintenant tout semble changé. Cette connaissance précise, cette clairvoyance a fait place à un grand amour pour Toi, Seigneur, qui s’est emparé de tout mon être depuis l’organisme extérieur jusqu’à la conscience la plus profonde, et tout s’est prosterné à Tes pieds dans une ardente aspiration à l’identification définitive avec Toi, à l’absorption en Toi. J’ai imploré avec toute l’énergie dont j’étais capable. Et une fois encore, au moment où il me semblait que ma conscience allait disparaître dans la Tienne, au moment où tout mon être n’était plus qu’un pur cristal reflétant Ta Présence, quelqu’un est venu interrompre la concentration.

Tel est bien le symbole de l’existence que Tu me donnes en partage, et où l’utilité extérieure, le travail pour tous, tient une place plus grande encore que la réalisation suprême. Toutes les circonstances de ma vie semblent toujours me dire de Ta part : « Ce n’est pas par la concentration suprême que Tu réaliseras l’unité, c’est par la diffusion en tous. » Que Ta volonté soit faite, Seigneur.

Maintenant je comprends clairement que l’union avec Toi n’est pas un but à poursuivre, en ce qui concerne cette individualité actuelle; c’est un fait accompli depuis longtemps. Et c’est pourquoi Tu sembles me dire toujours : «   Ne te complais pas dans la contemplation extatique de cette union : accomplis la mission que je t’ai confiée sur la terre. »

Et le travail individuel à poursuivre simultanément au travail collectif est la prise de conscience et de possession de toutes les activités et de toutes les régions de l’être, l’établissement définitif de la conscience dans le plus haut point qui permette à la fois l’action prescrite et la constante communion avec Toi. Les joies de l’union parfaite ne peuvent venir que lorsque ce qui doit être fait est fait.

Il faut prêcher à tous d’abord l’union, ensuite le travail ; mais pour ceux qui ont réalisé l’union, il faut que chaque instant de leur vie soit l’expression intégrale de Ta volonté à travers eux.

Le 17 mai 1914

Ô Seigneur, délivre-moi des influences mentales qui pèsent sur moi, afin que, complètement libre, je puisse m’élancer vers Toi.

Ô Toi, Être Universel, Suprême Unité en forme perceptible, par une irrésistible aspiration je me suis blottie dans Ton cœur, puis je fus Ton cœur lui-même, et je sus alors que Ton cœur n’est autre que l’Enfant qui joue et qui crée les mondes. Tu me dis : « Un jour tu seras ma tête mais pour le moment tourne ton regard vers la terre. » Et sur la terre maintenant je suis l’enfant joyeux qui joue.

Telles furent les deux phrases que j’écrivis hier par une sorte de nécessité absolue. La première, comme si la puissance de la prière ne serait complète que si elle était tracée sur le papier. La seconde, comme si la stabilité de l’expérience ne pourrait être obtenue que lorsque j’en aurais déchargé mon cerveau en la notant par écrit.

Le 18 mai 1914

Tu es l’Unique Réalité, Seigneur, la Toute-Puissance et l’Éternité. Et celui qui s’unit à Toi dans les profondeurs de son être devient Ta Réalité dans son éternelle et immuable toute-puissance. Mais pour d’autres, l’ordre est, tout en restant en contact avec Toi, de tourner leur regard et leur activité vers la terre; telle est la mission que Tu leur as donnée. Alors commence la difficulté, car tout dépend de la perfection des divers états de leur être et il faut, même après avoir atteint la sublime identification, qu’ils travaillent encore au perfectionnement de l’outil qui manifestera Ta divine Volonté. C’est là que la tâche devient ardue. Tout me paraît médiocre, insuffisant, neutre, presque inerte, dans l’instrument actuel que Tu me fais appeler « moi »; et plus je m’unis à Toi, plus je constate la médiocrité de ses facultés et de sa manifestation. Tout en lui me semble être un incorrigible à peu près. Et si cela ne peut en aucune manière me troubler, c’est que le vrai moi est couché à Tes pieds, ou blotti dans Ton cœur, ou conscient de Ton éternelle et immuable Conscience, et qu’il regarde toute la manifestation avec le sourire de la patiente et compréhensive bonté.

Le 19 mai 1914

Cet être mental qui avait eu, pendant toute l’existence individuelle, le pouvoir de mettre en mouvement toutes les facultés : profonde dévotion pour Toi, infinie compassion pour les hommes, ardente aspiration vers la connaissance, effort vers le perfectionnement, — semble s’être profondément endormi et ne plus rien mettre en mouvement du tout. Toutes les facultés individuelles sommeillent, et la conscience n’est pas encore éveillée dans les états transcendants ; c’est-à-dire que son éveil en eux est intermittent et qu’entre-temps c’est le sommeil. Quelque chose en cet être aspire à la solitude et au silence absolu, pendant un certain temps, afin de sortir de cette insatisfaisante transition ; et quelque chose d’autre sait que Ta volonté est que cet instrument soit consacré au service de tous, même si cela doit nuire en apparence à son propre perfectionnement.

Quelque chose en cet être Te dit, Seigneur :

« Je ne sais rien,
Je ne suis rien,
Je ne puis rien,
Je suis dans l’obscurité de l’inconscience ».

Et quelque chose d’autre sait qu’il est Toi-même et qu’ainsi il est la suprême perfection.

Que va-t-il sortir de là ? Comment prendra fin un semblable état ? Est-ce inertie, est-ce véritable patience, je ne sais, mais sans hâte ni désir, je me couche à Tes pieds et j’attends…

Le 20 mai 1914

Du haut de ce sommet qui est l’identification avec Ton Amour divin, infini, Tu as tourné mon regard vers ce corps complexe qui doit Te servir d’instrument. Et Tu m’as dit : «   Il est moi-même; ne vois-tu pas que ma lumière resplendit en lui ? » Et en effet j’ai vu Ton Amour divin, revêtu par l’intelligence puis par la force, constituer ce corps dans ses moindres cellules et rayonner en lui au point qu’il n’était plus que l’amalgame de milliards d’étincelles radieuses, qui toutes manifestaient qu’elles étaient Toi.

Et maintenant toute obscurité a disparu, et Toi seul vis, dans des mondes différents, sous des formes différentes mais d’une vie identique, immuable, éternelle.

Il faut faire étroitement communier ce monde divin de Ton immuable région d’amour pur, d’unité indivisible, avec le monde divin de toutes les autres régions, jusqu’à la plus matérielle où Tu es le centre et la constitution même de chaque atome. Établir un lien de conscience parfaite entre tous ces mondes divins consécutifs est l’unique moyen de vivre en Toi constamment, invariablement, en accomplissant intégralement la mission que Tu as confiée à l’être tout entier dans tous ses états de conscience et tous ses modes d’activité.

Ô mon doux Maître, Tu as fait se déchirer un nouveau voile de mon ignorance, et, sans quitter la place bénie de Ton cœur éternel, je suis en même temps dans le cœur imperceptible mais infini de chacun des atomes qui constituent mon corps.

Affermis cette conscience complète et parfaite. Faismoi pénétrer dans tous les détails de sa perfection, et que, sans Te quitter à aucun instant, je puisse constamment gravir ou descendre cette échelle infinie, suivant les nécessités de l’œuvre que Tu m’as prescrite.

Je suis à Toi, en Toi, Toi, dans la plénitude de l’éternelle béatitude.

Le 21 mai 1914

Hors de toute manifestation, dans l’immuable silence de l’éternité, je suis en Toi, Seigneur, immobile béatitude. Dans ce qui, de Ta puissance, de Ta lumière merveilleuse, forme le centre et la réalité des atomes matériels, je Te retrouve; et ainsi, sans quitter Ta divine Présence, je puis disparaître dans Ta Conscience suprême, ou Te voir dans les particules radiantes de mon être. Et pour le moment cela est la plénitude de Ta vie et de Ton illumination.

Je Te vois, je Te suis, et entre ces deux extrêmes mon intense amour aspire vers Toi.

Le 22 mai 1914

Après avoir discerné successivement dans tous les états de l’être et tous les mondes de la vie ce qui est Réel de ce qui est irréel, après être arrivé à la parfaite et intégrale certitude de Ton Unique Réalité, il faut, du haut de cette Conscience Suprême, tourner son regard vers l’agrégat individuel qui sert d’actuel instrument à Ta manifestation sur terre et ne plus voir en lui que Toi, son unique existence réelle. Ainsi chaque atome de cet agrégat sera éveillé à la réceptivité de Ta sublime influence et l’ignorance, les ténèbres disparaîtront non seulement de la conscience centrale de l’être mais aussi de son mode d’expression le plus extérieur. C’est seulement par l’accomplissement et le perfectionnement de ce travail de transfiguration que la plénitude de Ta Puissance, de Ta Lumière et de Ton Amour pourra être manifestée.

Seigneur, cela Tu me le fais comprendre de plus en plus clairement ; conduis-moi pas à pas sur ce chemin. Tout mon être jusque dans son moindre atome aspire à la parfaite connaissance de Ta Présence, à la complète communion avec Elle. Que tout obstacle disparaisse et que Ton divin savoir remplace en tout lieu les ténèbres de l’ignorance. Illumine cette ultime substance, comme Tu as illuminé la conscience centrale, la volonté de l’être. Et que l’individualité intégrale depuis sa première origine, son essence, jusqu’à son ultime projection, son corps le plus matériel, ne fasse plus qu’un dans la parfaite réalisation, la complète manifestation de Ton Unique Réalité.

Rien n’est dans l’univers que Ta vie, Ta Lumière, Ton Amour.

Que tout resplendisse et soit transfiguré par la Connaissance de la Vérité!

Ton divin amour inonde mon être; Ta suprême lumière resplendit dans chaque cellule; tout exulte de Te connaître et d’être Toi.

Le 23 mai 1914

Ô Seigneur, Toi dont je voudrais avoir la constante conscience et que je voudrais réaliser dans les moindres cellules de mon être, Toi que je voudrais connaître comme moi-même et voir manifesté en toutes choses, Toi qui es l’unique réalité, l’unique raison et l’unique but de l’existence, permets que mon amour pour Toi aille sans cesse grandissant afin que je sois tout amour, Ton amour même, et qu’étant Ton amour, je m’unisse intégralement à Toi. Que cet amour devienne de plus en plus intense, complet, lumineux, puissant ; que cet amour soit l’irrésistible élan vers Toi, l’invincible moyen de Te manifester. Que tout en cet être devienne amour pur, profond, désintéressé, divin, depuis les insondables profondeurs jusqu’à la substance la plus extérieure. Que le Dieu en forme, qui se manifeste dans cet agrégat, soit tout entier pétri de Ton complet et sublime amour, cet amour qui est à la fois la source et la réalisation de toute connaissance; que la pensée soit clarifiée, classifiée, éclairée, transformée par Ton amour; que toutes les forces vitales uniquement pénétrées, pétries de Ton amour, y puisent l’irrésistible pureté et la constante énergie, la puissance et la droiture. Que cet être intermédiaire, affaibli, profite de sa faiblesse pour se reconstituer avec des éléments qui soient tout entiers pétris de Ton amour, et que ce corps, devenu brasier ardent, rayonne Ton divin, impersonnel, sublime et calme amour par tous ses pores… Que le cerveau soit reconstitué par Ton amour. Enfin que Ton amour déborde, inonde, pénètre, transfigure, régénère, anime toute chose, avec la puissance, la splendeur, la douceur et la force qui lui sont propres. En Ton amour est la paix, en Ton amour est la joie, en Ton amour est le souverain levier de travail de Ton serviteur.

Ton amour est plus vaste que l’univers et plus durable que tous les âges ; il est infini, éternel, il est Toi-même. Et c’est Toi-même que je veux être et que je suis, puisque telle est Ta loi, telle est Ta volonté.

Le 24 mai 1914

Ô mon doux Maître, ne me laisse pas submerger par les choses extérieures. Elles n’ont aucun intérêt, aucun goût pour moi. Si je m’en occupe, c’est qu’il me semble que telle est Ta volonté et qu’il faut que l’œuvre s’accomplisse intégralement, jusque dans les moindres détails de l’activité et de la substance. Mais c’est bien assez de tourner son attention vers elles et d’y infuser autant que possible Tes forces. Il ne faut pas leur permettre de prendre dans la conscience le pas sur les réalités véritables.

Ô mon doux Maître, j’aspire vers Toi, vers la connaissance de ce que Tu es, vers l’identification avec Toi. Je demande un amour grandissant, toujours plus pur, toujours plus vaste, toujours plus intense, et je me trouve comme submergée dans la matière; serait-ce Ta réponse? Comme Tu as accepté Toimême d’être ainsi submergé dans la matière afin de l’éveiller peu à peu à la conscience, est-ce le résultat d’une plus parfaite identification avec Toi ? Ne me réponds-Tu pas par là : «   Si tu veux apprendre à aimer vraiment, c’est ainsi qu’il faut que tu aimes... » … dans l’obscurité et l’inconscience.

Ô mon Seigneur, mon doux Maître, Tu sais que je T’appartiens et que toujours je veux ce que Tu veux ; mais ne laisse pas naître en moi le doute sur ce que Tu veux. Éclaire-moi d’une façon quelconque dans la paix immuable du cœur. Que je sois submergée dans l’obscurité s’il le faut, mais que je sache au moins que c’est Toi qui le veux.

Seigneur, en réponse, j’entends chanter dans mon cœur l’hymne d’allégresse de Ta divine et permanente Présence.

Le 25 mai 1914

Ô divin Maître d’amour et de pureté, permets que dans les moindres de ses étapes, ses plus minimes activités, cet instrument, qui veut Te servir dignement, soit purifié de tout égoïsme, de toute erreur, de toute obscurité, afin que rien en lui n’altère, ne déforme, n’arrête Ton action. Que de recoins encore vivent dans l’ombre, loin de la pleine clarté de Ton illumination : pour eux je demande le suprême bonheur de cette illumination.

Oh, être le pur cristal sans tache, qui laisse passer Ton divin rayon, sans l’obscurcir, le teinter ou l’altérer. Non pas par désir de perfection, mais pour que Ton œuvre soit aussi parfaitement accomplie que possible.

Et lorsque je Te demande cela, le « Je » qui Te parle est la Terre tout entière, aspirant à être ce pur diamant, réflecteur parfait de Ta lumière suprême. Tous les cœurs des hommes battent dans mon cœur, toutes leurs pensées vibrent dans ma pensée, la moindre aspiration de l’animal docile ou de la modeste plante s’unit à ma formidable aspiration, et tout cela s’élève vers Toi, à la conquête de Ton amour et de Ta lumière, escaladant les cimes de l’Être pour T’atteindre, Te ravir à Ton immobile béatitude et Te faire pénétrer dans l’ombre de la souffrance pour la transformer en Joie divine, en Paix souveraine. Et cette violence est faite d’un infini amour qui se donne et d’une sérénité confiante qui sourit dans la certitude de Ta parfaite Unité.

Ô mon doux Maître, Tu es le Triomphateur et le Triomphe, le Victorieux et la Victoire!

Le 26 mai 1914

Sur la surface est l’orage, la mer est démontée, les vagues se choquent, s’escaladent, se brisent l’une sur l’autre avec grand fracas, et tout le temps, sous cette eau en furie les vastes étendues sont immobiles, paisibles, souriantes ; elles regardent l’agitation de la surface comme une action indispensable : il faut que la matière soit rigoureusement barattée pour devenir capable de manifester pleinement la divine Lumière. Derrière les apparences troublées, derrière la lutte et l’angoissant conflit, la conscience reste ferme à son poste, observant tous les mouvements de l’être extérieur, n’intervenant que pour rectifier la direction, la position, pour ne pas laisser le jeu devenir trop dramatique. Et cette intervention est tantôt ferme, un peu sévère, tantôt ironique, un rappel à l’ordre ou une moquerie toute pleine toujours de cette forte, douce, paisible et souriante bienveillance.

Dans le silence je vis Ton infinie et éternelle Béatitude.

Puis doucement la prière monte vers Toi de ce qui est encore dans l’ombre et le conflit : Ô doux Maître, Suprême Illuminateur, Suprême Purificateur, permets que toute substance et toute activité ne soient plus que la constante manifestation de Ton divin Amour et de Ta Sérénité souveraine.

Et dans le cœur chante l’allégresse de Ta sublime magnificence.

Le 27 mai 1914

Il faut, dans chacun des domaines de l’être, éveiller la conscience à la parfaite existence, la connaissance et la béatitude. Ces trois mondes ou modes du divin se trouvent aussi bien dans la réalité physique que dans les états de la force et de la lumière et dans ceux de l’impersonnalité et de l’infinitude, de l’éternité. Quand on entre en pleine conscience dans les états supérieurs il est facile, presque inévitable de vivre cette existence, cette lumière et cette béatitude. Mais ce qui est très important, comme très difficile aussi, c’est d’éveiller l’être à cette triple conscience divine dans les mondes les plus matériels. C’est le premier point. Puis il faut arriver à trouver le centre de tous les mondes divins (sans doute dans le monde intermédiaire), d’où on peut unir la conscience de ces mondes divins, les synthétiser, et agir simultanément et en pleine conscience dans tous les domaines.

Je sais qu’il y a fort loin de ces incomplètes et imparfaites explications à la sublime réalité qui Te manifeste, Seigneur. Ta splendeur, Ta puissance et Ta magnificence, Ton incommensurable amour sont audessus de toute explication et de tout commentaire. Mais mon intelligence a besoin de se représenter les choses, de façon au moins schématique, pour permettre aux états d’être les plus matériels de se mettre aussi complètement que possible en accord avec Ta volonté.

Pourtant c’est dans le profond silence de ma muette et totale adoration que je Te comprends le mieux. Car alors qui peut dire ce qui aime, ce qui est aimé, et le pouvoir d’aimer en lui-même. Tous trois ne sont qu’un dans une infinie béatitude.

Oh donne à tous, Seigneur, le bienfait de cette incomparable béatitude.

Le 28 mai 1914

Tu fais mouvoir, Tu agites, Tu barattes les éléments innombrables de ce monde, afin que, de leur obscurité première, de leur chaos primitif, ils s’éveillent à la conscience et à la pleine clarté de la connaissance. Et c’est de Ton suprême amour que Tu Te sers pour baratter ainsi tous ces éléments. Et c’est de Ton cœur infini, insondable, que sortent ces inépuisables torrents d’amour. Ton cœur est ma demeure, Ton cœur est la réalité de mon être. Dans Ton cœur je me suis blottie et je suis devenue Ton cœur.

Paix, paix sur tous les êtres.

Le 29 mai 1914

Ô mon doux Seigneur, ceux qui sont dans Ta tête, c’est-à-dire pour parler plus intellectuellement, ceux qui ont identifié leur conscience à la Conscience absolue, ceux qui sont devenus Ta Suprême Connaissance, ne peuvent plus avoir d’amour pour Toi puisqu’ils sont Toi-même. Ils jouissent de cette infinie béatitude qui caractérise toute prise de conscience de Ta suprême Essence, mais la dévotion de l’adorateur qui se tourne avec extase vers ce qui lui est supérieur ne peut plus exister. Alors, à celui dont la mission terrestre est de manifester Ton amour, Tu enseignes à avoir cet amour pur et infini pour tout l’univers manifesté; l’amour qui fut d’abord fait d’adoration et d’admiration se transforme en amour tout fait de compassion et de dévouement.

Oh, la divine splendeur de Ton Éternelle Unité!
Oh, l’infinie douceur de Ta Béatitude!
Oh, la souveraine majesté de Ta Connaissance!
Tu es l’Inconcevable, le Merveilleux !

Le 31 mai 1914

Lorsque le soleil s’est couché dans le recueillement du calme crépuscule tout mon être s’est prosterné devant Toi, Ô Seigneur, dans une muette adoration et un complet abandon. Puis je fus la terre entière et la terre entière se prosterna devant Toi, implorant la bénédiction de Ton illumination, la béatitude de Ton amour. Oh cet agenouillement de la terre qui supplie vers Toi, puis se recueille dans le silence de la nuit, attendant, avec patience et anxiété à la fois, l’illumination tant désirée. S’il est une douceur à être Ton divin amour à l’œuvre dans le monde, il est une douceur aussi grande à être l’infinie aspiration qui monte vers cet infini amour. Et pouvoir changer ainsi, être successivement, presque simultanément, ce qui reçoit et ce qui donne, ce qui transfigure et ce qui est transfiguré, s’identifier à l’obscurité douloureuse comme à la splendeur toute-puissante, et, dans cette double identification, découvrir le secret de Ton unité souveraine, n’est-ce point là une manière d’exprimer, d’accomplir Ta suprême volonté…

Ô mon doux Maître, mon cœur est une chapelle ardente, et Tu T’y tiens en permanence comme la plus sublime des idoles; ainsi Ta forme m’apparaît, vêtue de magnificence, au milieu des flammes qui consument mon cœur pour Toi, et en même temps, dans ma tête, je Te vois, je Te connais comme l’inconcevable, l’inconnaissable, le sans-forme; et, dans cette double perception, cette double connaissance, se trouve la plénitude de la satisfaction.

Le 1er juin 1914

Ô victorieuse puissance de l’amour divin, Tu es le souverain Maître de cet univers, Tu es son créateur et son sauveur, Tu lui as permis de surgir du chaos, et maintenant Tu le mènes vers ses fins éternelles.

Il n’est de chose si humble où je ne Te voie resplendir, pas d’être si hostile en apparence à Ta volonté dans lequel je ne Te sente vivre, agir, rayonner.

Ô mon doux Maître, essence de cet amour, je suis Ton cœur, et les torrents de Ton amour passent au travers de l’être intégral pour aller éveiller Ton amour en toute chose, ou plutôt, éveiller toute chose à la conscience de Ton amour qui anime tout.

Tous ceux qui Te méconnaissent, tous ceux qui T’ignorent, tous ceux qui essaient de se détourner de Ta divine et douce loi, je les prends dans mes bras d’amour, je les berce sur mon cœur d’amour et je les offre à Ton divin embrassement afin que, pénétrés de Tes miraculeux effluves, ils soient convertis dans Ta béatitude.

Ô amour, resplendissant amour, Tu pénètres et transfigures tout.

Le 2 juin 1914

Dans un silencieux recueillement, dans une muette adoration, m’unissant à toute la substance obscure et douloureuse, je Te salue, Seigneur, comme le divin sauveur ; je bénis Ton amour comme le suprême libérateur, je lui rends grâce de ses innombrables bienfaits, et je m’abandonne à Toi pour que Tu puisses achever Ton œuvre de perfectionnement. Puis m’identifiant à Ton amour, je ne suis plus que Ton inépuisable amour ; je pénètre toute chose; vivant au cœur de chaque atome j’y allume le feu qui purifie et transfigure, le feu qui ne s’éteint pas, la flamme messagère de Tes béatitudes, réalisatrice de toutes les perfections.

Puis cet amour lui-même se recueille silencieusement, et se tournant vers Toi, inconnaissable splendeur, attend avec extase Ta Nouvelle Manifestation…

Le 3 juin 1914

Maintenant que l’être tout entier se trouve de plus en plus plongé dans l’activité matérielle, la réalisation physique, qui comporte une telle multitude de détails auxquels il faut songer et qu’il faut régler, je fais appel à Toi, Seigneur, pour que la conscience tournée ainsi vers l’extérieur puisse conserver constamment cette communion avec Toi, qui est la source de toute paix, de toute force, de toute béatitude.

Ô mon doux Maître, accomplis Toi-même les actions à travers l’être individuel dans son intégralité. Ou plutôt ne permets pas qu’à aucun moment quelque chose de cet être individuel puisse oublier qu’il n’est que l’instrument, illusion rendue réelle pour Ton intervention en lui, et que Toi seul existes et agis.

Oh la bénédiction de Ton immuable Présence…

Le 4 juin 1914

Ô triomphateur de tous les obstacles, Tu seras en nous la victoire sur tout ce qui veut faire obstacle à l’accomplissement de Ta divine loi. Tu dissiperas l’ombre de l’ignorance et la noire fumée de la mauvaise volonté égoïste; Tu dissoudras les suggestions mauvaises et fortifieras en nous la pure et claire vision, la perspicacité qui ne se laisse pas tromper par les pensées dissolvantes et les volontés de désordre.

Ô mon doux Maître, Ton amour infini est la réalité de notre être; qui peut lutter contre sa toutepuissante action ? Il pénètre tout, passe au travers de tous les obstacles, que ce soit l’inertie de la lourde ignorance ou la résistance de l’incompréhensive mauvaise volonté. Ô mon doux Maître, à travers, par cet amour, Tu resplendis en toutes choses, et cette splendeur, se faisant de plus en plus forte, rayonnera activement sur toute la terre, deviendra perceptible à toutes les consciences.

Qui peut résister à Ta divine puissance?

Tu es l’unique et suprême Réalité.

Mon être se recueille en une muette adoration et tout disparaît qui n’est pas Toi.

Le 9 juin 1914

Seigneur, je suis devant Toi comme une offrande embrasée du feu ardent de l’union divine…

Et ce qui est devant Toi ainsi, c’est toutes les pierres de cette maison et tout ce qu’elle contient, tous ceux qui en franchissent le seuil et tous ceux qui la voient, tous ceux qui sont en rapport avec elle d’une façon quelconque; de proche en proche toute la terre.

De ce centre, de ce foyer ardent qui est et sera de plus en plus tout imprégné de Ta lumière et de Ton amour, Tes forces rayonneront sur toute la terre, visiblement et invisiblement dans les cœurs et les pensées…

Telle est la certitude que Tu me donnes en réponse à mon aspiration vers Toi.

Une immense vague d’amour descend sur toute chose et pénètre tout.

Paix, paix sur toute la terre, victoire, plénitude, émerveillement…

Ô chers enfants, douloureux et ignorants, Ô toi Nature rebelle et violente, ouvrez vos cœurs, calmez vos forces, voici la douce toute-puissance de l’Amour qui vient, voici le pur rayonnement de la lumière qui vous pénètre. Cette heure humaine, cette heure terrestre est belle entre toutes les heures. Que chacun, que tout le sache et jouisse de la plénitude qui lui est accordée.

Ô cœurs attristés et fronts soucieux, obscurité sotte et malveillances ignorantes, que vos angoisses se calment et s’effacent.

Voici la splendeur de la parole nouvelle qui vient :

« Me voilà ».

Le 11 juin 1914

Chaque matin, Seigneur, c’est une innombrable salutation qui monte vers Toi, la salutation de tous les états d’être et de la multitude de leurs éléments. Et c’est une quotidienne consécration de tout au Tout, un appel de l’ignorance et de l’égoïsme vers Ta lumière et Ton amour. Et Ta réponse vient constante et intégralement perçue : tout est lumière, tout est amour, l’ignorance et l’égoïsme ne sont que de vains fantômes, pouvant être dissous.

Et sur tout s’étend Ta Paix souveraine, Ton calme fécond.

Le 12 juin 1914

Ô mon doux Maître, éternelle splendeur, je ne puis que m’unir à Toi dans le silence et la paix, disant que Ta volonté soit faite dans les détails comme dans l’ensemble. Prends possession de Ton royaume, maîtrise tout ce qui se révolte contre Toi, guéris les âmes qui T’ignorent et les intelligences qui ne veulent pas se soumettre et T’être consacrées. Éveille les énergies endormies, stimule les courages, éclairenous, Seigneur, montre-nous la Voie.

Le cœur est débordant d’une paix souveraine, la pensée est calme et silencieuse.

Au fond de tout ce qui est, de tout ce qui sera, de tout ce qui n’est pas, est Ton divin et immuable sourire.

Le 13 juin 1914

Il faut d’abord conquérir la connaissance, c’est-àdire apprendre à Te connaître, à s’unir à Toi, et tous les moyens sont bons et peuvent être employés pour atteindre ce but. Mais ce serait un grand tort de croire que tout est fait lorsque ce but est atteint. Tout est fait en principe, la victoire est gagnée théoriquement, et ceux qui n’ont pour mobile que l’égoïste aspiration vers leur propre salut peuvent être satisfaits et ne plus vivre que dans et pour cette communion, sans aucun souci de Ta manifestation.

Mais ceux que Tu as désignés comme Tes représentants sur la terre ne peuvent se satisfaire du résultat ainsi obtenu. Te connaître d’abord et avant tout, oui ; mais une fois Ta connaissance acquise reste tout le travail de Ta manifestation ; et interviennent alors la qualité, la force, la complexité et la perfection de cette manifestation. Bien souvent ceux qui T’ont connu, éblouis et transportés d’extase par cette connaissance, se sont contentés de Te voir pour euxmêmes et de T’exprimer tant bien que mal dans leur être le plus extérieur. Celui qui veut être parfait dans Ta manifestation ne peut être satisfait de cela ; il lui faut Te manifester sur tous les plans, dans tous les états de l’être et tirer ainsi de la connaissance qu’il a acquise le plus grand profit possible pour l’univers tout entier.

Devant l’immensité du programme, l’être tout entier exulte et Te chante un hymne d’allégresse.

Toute la nature en pleine activité consciente, toute vibrante de Tes forces souveraines, répond à leur inspiration et veut se laisser illuminer, transfigurer par elles…

Tu es le Maître du monde, l’unique Réalité.

Le 14 juin 1914

C’est une véritable œuvre de création qu’il nous faut faire : créer des activités, des modes d’être nouveaux afin que cette Force, inconnue de la terre jusqu’à ce jour, puisse se manifester dans sa plénitude. C’est à ce travail d’enfantement que je me suis consacrée, Seigneur, parce que c’est cela que Tu veux de moi. Mais puisque c’est pour cette œuvre que Tu m’as désignée, Tu dois me donner les moyens, c’est-à-dire la connaissance nécessaire à sa réalisation. Nous unirons nos efforts : tout l’être individuel se concentrera dans un appel constant vers la connaissance du mode de manifestation de la Force, et Toi, centre suprême de l’être, Tu émaneras pleinement la Force afin qu’elle pénètre, transfigure et surmonte tous les obstacles. C’est un pacte que Tu as signé avec les mondes de la vie individuelle. Tu as fait une promesse, Tu as envoyé dans ces mondes ceux et ce qui peuvent accomplir cette promesse. Cela exige maintenant Ton aide intégrale afin que ce qui a été promis soit réalisé.

Il faut qu’en nous se fasse l’union des deux volontés et des deux courants afin que de leur contact naisse l’étincelle illuminatrice.

Et puisque cela doit se faire, cela se fera.

Le 15 juin 1914

« Reste blottie dans mon cœur et ne te tourmente pas : ce qui doit se faire se fera. Et c’est alors même que tu le fais sans le savoir que cela se fait le mieux »…

Je suis dans Ton cœur, Seigneur, et rien ne peut m’en éloigner. Et c’est des profondeurs insondables de ce cœur, dans la paix souriante de sa béatitude, que je regarde toutes les formes extérieures de Ta manifestation lutter et faire effort pour Te mieux comprendre, Te mieux manifester.

Si l’heure est venue, ainsi que Tu me le fais savoir, des formes nouvelles de Ta réalisation, ces formes naîtront forcément. Quelque chose en l’être pressent et ne sait pas encore; alors cela fait effort pour s’adapter, pour se mettre à la hauteur de ce que Tu demandes de lui. Mais ce qui est conscient de Toi et vit dans Ta force, sait que cette forme nouvelle n’est qu’un infinitésimal progrès dans l’infinie progression de Ta manifestation, et regarde toute forme avec la sérénité de la plénitude éternelle.

Et dans cette sérénité est la toute-puissance même de la réalisation.

Il faut savoir planer dans la confiance immuable; dans le vol assuré est la connaissance parfaite.

Le 16 juin 1914

Comme un soleil, Ta splendeur descend sur la terre et Tes rayons illumineront le monde. Tous les éléments assez purs, assez plastiques, assez réceptifs pour manifester la splendeur même du foyer central se groupent. Cela n’est point arbitraire, et ne dépend pas de la volonté ou de l’aspiration d’un élément ou d’un autre, cela dépend de ce qu’il est, à l’abri de toute décision individuelle. Ta splendeur veut rayonner; ce qui est capable de la manifester, la manifeste, et ces éléments se rassemblent pour reconstituer, aussi parfaitement que possible dans ce monde de division, le Foyer divin qui est à manifester.

Dans la merveille de cette contemplation, les cellules de l’être exultent ; et voyant Ce qui Est, la substance intégrale entre en extase. Comment distinguer maintenant cette substance de Toi-même? Elle est Toi complètement, intégralement, intensément dans une identification parfaite.

Le 17 juin 1914

Tout ce qui a été conçu et réalisé jusqu’à présent est médiocre, banal, insuffisant à côté de ce qui doit être. Les perfections du passé n’ont plus de force actuellement. Il faut une puissance nouvelle pour transformer les pouvoirs nouveaux, les soumettre à Ta divine volonté. — «   Demande et cela sera », telle est Ta constante réponse. Et maintenant, Seigneur, il faut que Tu crées en cet être-ci l’aspiration constante, ininterrompue, intense, frénétique dans la sérénité immuable. Le silence, la paix sont là : il faut que naisse la constance dans l’intensité. Oh Ton cœur chante un alléluia d’allégresse comme si ce que Tu veux est en train de se réaliser… Fais périr tous ces éléments pour que de leurs cendres puissent surgir les éléments nouveaux adaptés à la manifestation nouvelle.

Oh l’immensité de Ta Paix lumineuse!

Oh la toute-puissance de Ton amour souverain !

Et par-delà tout ce que nous pouvons penser, la splendeur inexprimable de ce que nous pressentons. Donne-nous la Pensée, donne-nous le Verbe, donnenous la Force.

Entre dans l’arène du monde, Ô Inconnu nouveau-né!

Le 18 juin 1914

Toujours la même volonté est à l’œuvre. La Force est là attendant de pouvoir se manifester : il faut découvrir cette nouvelle forme permettant la manifestation nouvelle. Et rien autre que Toi, Seigneur, ne peut nous accorder cette connaissance. C’est à notre être intégral de faire effort, de demander, d’aspirer. Mais c’est à Toi de répondre par l’Illumination, la Connaissance et le Pouvoir.

Oh le cantique d’allégresse de Ta Présence victorieuse…

Le 19 juin 1914

Remplis les cœurs des délices de Ton amour.

Inonde les esprits des splendeurs de Ta lumière.

Permets que nous réalisions Ta victoire!

Le 20 juin 1914

Il faut que Tu accomplisses l’œuvre de transfiguration, il faut que Tu nous enseignes la voie à suivre et que Tu nous donnes le pouvoir de la suivre jusqu’au bout…

Ô Toi source de tout amour et de toute lumière, Toi que nous ne pouvons connaître en Toi-même, mais que nous pouvons manifester de plus en plus complètement et parfaitement, Toi que nous ne pouvons penser, mais de qui nous nous approchons dans le silence profond, il faut que, complétant Tes incommensurables bienfaits, Tu nous viennes en aide jusqu’à ce que nous ayons remporté Ta victoire…

Fais naître cet amour véritable qui apaise toute souffrance; établis cette paix immuable dans laquelle réside la vraie puissance; donne-nous la connaissance souveraine qui dissipe toute obscurité…

Depuis les profondeurs infinies jusqu’à ce corps le plus extérieur, dans ses moindres éléments, Tu circules, Tu vis, Tu vibres, Tu mets tout en mouvement, et tout l’être n’est plus qu’un seul bloc infiniment multiple mais absolument cohésif, animé d’une unique et formidable vibration : Toi.

Le 21 juin 1914

Être à la fois le miroir passif et parfaitement pur, tourné en même temps vers le dehors et le dedans, vers les résultats de la manifestation et vers les sources de cette manifestation, afin que les conséquences soient mises en présence de la volonté directrice, et être en plus l’activité réalisatrice de cette volonté, voilà à peu près ce que doit être un être humain… Combiner les deux attitudes, de réceptivité passive et d’activité réalisatrice, est justement la chose difficile entre toutes. Et c’est cela que Tu attends de nous, Seigneur, et puisque Tu l’attends de nous, il n’est pas douteux que Tu nous donneras le moyen de le réaliser.

Car ce qui doit être sera, plus splendidement encore que nous ne pouvons l’imaginer.

Oh que Ton amour aille en s’amplifiant dans la manifestation, toujours plus sublime, plus profond, plus vaste…

Le 22 juin 1914

Ce qui doit être sera, ce qui doit se faire se fera…

Quelle calme certitude Tu as mise dans mon être, Seigneur. Qui ou quoi Te manifestera ? Qui peut le dire encore?… En toute chose qui fait effort vers une expression nouvelle plus complète et plus haute, Tu Te trouves. Mais le centre de la lumière n’est pas encore manifesté, parce que le centre de manifestation n’est pas encore adapté parfaitement.

Ô divin Maître, ce qui doit être sera et ce sera peutêtre très différent de ce que tous attendent…

Mais comment exprimer certains secrets silencieux ?

La Force est là ; en elle est le moi.

Quand et comment jaillira-t-elle au dehors? Quand Tu jugeras que l’instrument est prêt.

Oh la douceur de Ta calme certitude, la puissance de Ta Paix…

Le 23 juin 1914

Tu es la puissance de transformation souveraine, pourquoi n’agirais-Tu pas sur tous ceux qui sont mis en rapport avec Toi par notre intermédiaire? Nous manquons de foi en Ton pouvoir : nous pensons toujours que les hommes doivent vouloir dans leur pensée consciente cette transformation intégrale pour qu’elle puisse se produire; nous oublions que c’est Toi qui veux en eux et que Tu peux vouloir de telle sorte que tout leur être s’en trouve illuminé… Nous doutons de Ta puissance, Seigneur, et ainsi nous devenons de mauvais intermédiaires pour elle et nous voilons la majeure partie de sa force transformatrice.

Oh donne-nous cette foi qui nous manque, cette certitude de détail qui nous fait défaut. Délivre-nous de la manière ordinaire de penser et de juger; permets que, vivant dans la conscience de Ton amour infini, nous le voyions à l’œuvre à tout moment et que par la conscience que nous en avons nous le mettions en rapport avec les états d’être les plus matériels…

Ô Seigneur, délivre-nous de toute ignorance, donne-nous la foi véritable.

Le 24 juin 1914

Au point de vue de la manifestation, de l’œuvre à continuer sur terre, la hiérarchie est nécessaire. Dans ce monde encore en désordre, peut-elle s’établir en dehors de tout arbitraire, c’est-à-dire, en conformité parfaite avec Ta loi ?… L’être observateur calme, indifférent, souriant, regarde le jeu, la comédie qui se déroule, attendant avec sérénité les circonstances, sachant qu’elles ne sont jamais qu’une traduction très imparfaite de ce qui devrait être.

Mais l’être religieux se tourne vers Toi, Seigneur, dans une grande aspiration d’amour et implore Ton aide pour que ce soit le mieux qui se réalise, pour que le plus possible d’obstacles soient surmontés, pour que le plus possible d’obscurités soient dissipées, pour que le plus possible de mauvaises volontés égoïstes soient vaincues. Ce n’est pas le mieux dans les circonstances de désordre actuel qui doit arriver — car cela arrive toujours — ce sont ces circonstances elles-mêmes qui, par un effort plus grand que jamais, doivent être transfigurées afin qu’un mieux nouveau de qualité et de quantité, un mieux tout à fait exceptionnel puisse être manifesté.

Ainsi soit-il.

C’est toujours un tort de vouloir juger de l’avenir ou même le prévoir d’après la pensée que l’on en 200 a, car cette pensée est le présent, elle est dans la mesure même de son impersonnalité la traduction des rapports actuels qui nécessairement ne sont pas les rapports futurs entre tous les éléments du problème terrestre. Déduire les circonstances futures des circonstances actuelles est une activité mentale de l’ordre du raisonnement, même si cette déduction se passe dans le subconscient et se traduit dans l’être sous forme d’intuition ; et le raisonnement est une faculté humaine, c’est-à-dire individuelle; les inspirations du raisonnement ne viennent pas de l’infini, de l’illimité, du Divin. Ce n’est que dans la Toute-Connaissance, ce n’est que lorsque l’on est à la fois Ce qui connaît, ce qui est à connaître et le pouvoir de connaître, que l’on peut devenir conscient de tous les rapports passés, présents et futurs ; mais dans cet état il n’est plus de passé, de présent et de futur, tout est éternellement. L’ordre de manifestation de tous ces rapports ne dépend pas seulement de l’impulsion suprême, de la Loi divine, mais aussi de la résistance opposée à cette loi par le monde le plus extérieur ; de la combinaison des deux naît la manifestation et autant qu’il m’est possible de savoir actuellement, cette combinaison est en quelque sorte indéterminée. C’est en cela que consiste le jeu, l’imprévu du jeu…

Le 25 juin 1914

Quelle sagesse y a-t-il dans le fait de vouloir être d’une manière ou d’une autre? Pourquoi se tourmenter ainsi ? N’es-Tu pas le suprême ouvrier ? Notre devoir n’est-il pas d’être Tes instruments dociles, et, lorsque Tu mets l’instrument de côté pendant un temps, se plaindra-t-il que Tu l’abandonnes parce que Tu ne le fais pas agir? Ne saura-t-il pas jouir du calme et du repos après avoir joui de l’activité et de la lutte?

Il faut toujours être en éveil, attentif au moindre appel, pour ne point être endormi ou inerte lorsque Tu fais signe d’agir mentalement, sentimentalement ou physiquement ; mais il ne faut point confondre ce constant état d’expectative et de bonne volonté dévouée avec une agitation anxieuse et inquiète, une crainte de n’être point ceci ou cela et de Te déplaire, c’est-à-dire de ne pas être conforme à ce que Tu attends de nous.

Ton cœur est l’abri suprême, celui où tout souci s’apaise. Oh laisse-le tout grand ouvert, ce cœur, afin que tous ceux qui sont tourmentés puissent y trouver le souverain refuge…

Transperce cette obscurité, fais jaillir la lumière;

Apaise cette houle, établis la paix ;

Calme cette violence, fais régner l’amour ;

Deviens le guerrier triomphateur des obstacles;

remporte la victoire.

Le 26 juin 1914

Salut à Toi, Seigneur, Maître du monde. Donne-nous le pouvoir de faire l’œuvre sans y être attachés et de développer les puissances de manifestation individuelle sans vivre dans l’illusion de la personnalité. Fortifie notre vision de la réalité; affermis notre perception de l’unité; délivre nous de toute ignorance, de toute obscurité.

Nous ne demandons pas la perfection de l’instrument, sachant que dans le monde relatif toute perfection est relative : cet instrument, conçu pour agir dans ce monde, doit, pour pouvoir le faire, appartenir à ce monde; mais la conscience qui l’anime doit être identifiée à la Tienne, elle doit être la conscience universelle et éternelle, animant la multitude diverse des corps.

Ô Seigneur, permets que nous nous élevions au-dessus des formes ordinaires de manifestation, afin que Tu puisses trouver les outils nécessaires à Ta manifestation nouvelle.

Ne nous laisse pas perdre de vue le but ; permets que nous soyons toujours unis à Ta force, celle que la terre ne connaît pas encore et que Tu nous as donné pour mission de lui révéler.

Dans un profond recueillement, tous les états de manifestation se consacrent à Ta manifestation.

Le 27 juin 1914

Mon être est satisfait avec ce que Tu lui donnes ; ce que Tu veux de lui il le fera, sans faiblesse, sans vaine modestie et sans inutile ambition. Qu’importe la place qu’on occupe, qu’importe la mission que Tu confies… Tout n’est-il pas dans le fait d’être entièrement à Toi, aussi parfaitement qu’on peut l’être, sans aucun souci d’aucune sorte.

Dans cette profonde et immuable confiance que Ton œuvre s’accomplira et que Tu as créé et désigné ceux qui doivent l’accomplir, pourquoi tendre une énergie inutile et vouloir ce qui est déjà réalisé? Tu m’as donné, Seigneur, la paix souveraine de cette confiance; Tu m’as accordé l’incomparable bienfait de vivre dans Ton amour, par Ton amour, d’être Ton amour de plus en plus ; et dans cet amour est la complète et invariable béatitude.

Je ne T’adresse qu’une prière, que je sais exaucée à l’avance : augmente toujours plus le nombre des éléments, atomes ou univers, capables de vivre dans et par Ton amour, intégralement.

Paix, paix sur toute la terre…

Le 28 juin 1914

Toute la nature Te salue, Seigneur, et les bras levés, les mains tendues, elle T’implore. Non pas qu’elle doute de Ton infinie générosité et qu’elle pense qu’il lui faille demander pour obtenir ; mais c’est sa manière de Te saluer et de se donner à Toi, car ce don est-il autre chose que d’être prêt à recevoir ? Il lui est doux de T’adresser ainsi une prière quoiqu’elle sache que cette prière est superflue. Mais c’est une ardente et heureuse adoration. Et le sentiment de dévotion se satisfait ainsi sans nuire aucunement à la conscience intellectuelle qui Te sait un avec tout et présent en tout.

Mais il faut que tous les voiles se dissipent et que la lumière se fasse complète dans tous les cœurs.

Ô Seigneur, malgré l’œuvre, en elle, donne-nous ce calme parfait de l’esprit qui permet la divine identification, la connaissance intégrale.

Mon amour pour Toi, Seigneur, c’est Toimême et pourtant mon amour s’incline devant Toi religieusement.

Le 29 juin 1914

Donne-leur à tous la joie, la paix et le bonheur… S’ils souffrent, illumine leur souffrance et fais-en un moyen de transfiguration ; accorde-leur la béatitude de Ton amour et la paix de Ton unité; que leurs cœurs sentent vibrer Ton éternelle Présence. Ils sont tous en moi, Seigneur, je suis en eux tous, et comme aussi, au lieu d’un « moi », il n’y a plus que Ton amour souverain, ils sont tous en Ton amour et seront transfigurés par lui.

Ô Seigneur, mon doux Maître, inconnaissable splendeur, donne-leur la joie, la paix, la béatitude.

Le 30 juin 1914

Chaque activité dans son domaine propre accomplissant sa mission spéciale, sans désordre et sans confusion, l’une revêtant l’autre, et toutes étant hiérarchisées autour d’un centre unique : Ta volonté… Ce qui manque le plus dans les êtres, c’est la clarté et l’ordre, chaque élément, chaque état d’être, au lieu de remplir sa fonction en accord avec tous les autres, veut être un tout en lui-même, parfaitement autonome et indépendant. Là est d’ailleurs l’ignorante erreur de tout l’univers qui est une erreur globale se répétant à des milliards et des milliards d’exemplaires. Mais sous prétexte que ces activités sont séparées et en désordre, vouloir les supprimer pour ne laisser subsister que Ta seule volonté qui, dans sa solitude, n’aurait plus de raison d’être, serait une entreprise aussi absurde qu’irréalisable. Certes, il est plus facile de supprimer que d’organiser ; mais l’ordre harmonieux est une réalisation très supérieure à la suppression. Et même si le but final était un retour vers le Non-Être, ce retour ne me paraîtrait possible qu’à travers le plus haut perfectionnement de l’être…

Ô mon doux Maître, accorde-leur de sentir Ta tendresse infinie et que, dans le calme repos qu’elle octroie, ils puissent percevoir et réaliser l’ordre suprême de Ta loi.

Que Ta volonté qui est tout amour, que Ta paix soient manifestées.

Le 1er juillet 1914

Nous Te saluons, Seigneur, avec adoration et joie et nous nous donnons à Toi en un don constamment renouvelé, afin que Ta volonté s’accomplisse sur terre et en tous lieux de cet univers.

En se tournant vers Toi notre pensée est muette, mais notre cœur exulte, car Tu resplendis en toute chose, et le moindre grain de sable peut être une occasion d’adoration.

Nous nous inclinons devant Toi, nous nous unissons à Toi, Seigneur, avec un amour sans limite, plein d’une inexprimable béatitude.

Oh donne à tous cette joie souveraine.

Le 4 juillet 1914

Ô Force souveraine, Puissance victorieuse, Pureté, Beauté, Amour suprême, permets à l’intégralité de cet être, à la totalité de ce corps de s’approcher solennellement de Toi et de T’offrir dans une complète et modeste soumission, ce moyen de manifestation parfaitement abandonné à Ta volonté, sinon parfaitement mûr pour cette réalisation…

Avec la calme et forte certitude que Tu accompliras un jour le miracle attendu et que Tu manifesteras pleinement Ta sublime splendeur, nous nous tournons vers Toi dans une profonde extase, et silencieusement nous T’implorons…

Immensité, Infinitude, Émerveillement… Toi seul existes et Tu resplendis en toutes choses. L’heure est proche de Ton accomplissement. La Nature tout entière se recueille solennellement.

Tu réponds à son ardent appel !

Le 5 juillet 1914

Tout ce qui est de l’être extérieur, inférieur, encore obscur, se prosterne dans une muette et fervente adoration, appelant de toutes ses forces Ton action purificatrice qui le rendra apte à Te manifester pleinement.

Et dans cette adoration se trouve le parfait silence et la parfaite béatitude.

Tu réponds miséricordieusement à l’appel : « Ce qui doit se faire se fera. Les instruments nécessaires seront préparés. Fais effort avec le calme de la certitude. »

Le 6 juillet 1914

Quelle plénitude dans la perception ! Tout l’être individuel, modeste, humble, soumis, adorant, calme et souriant, se sentant un avec tous, ne pouvant faire aucune différence de valeur, parfaitement solidaire du tout, est agenouillé avec ce tout devant Toi ; et en même temps, la formidable toute-puissance de Ta Force qui est là, prête pour la manifestation, attendant, construisant l’heure propice, l’occasion favorable : la splendeur incomparable de Ta souveraineté victorieuse.

La Force est là. Réjouissez-vous, ô vous qui attendez et espérez : la manifestation nouvelle est certaine; la manifestation nouvelle est proche.

La Force est là.

Toute la nature exulte et chante d’allégresse, toute la nature est en fête : La Force est là.

Levez-vous et vivez; levez-vous et soyez illuminés ; levez-vous et combattez pour la transfiguration de tous :

La Force est là !

Le 7 juillet 1914

Paix, paix sur toute la terre…

Non la paix d’un sommeil inconscient ou d’une inertie satisfaite de soi ; non la paix d’une ignorance qui se méconnaît et d’une obscure et lourde indifférence; mais la paix de la force toute-puissante, la paix de la communion parfaite, la paix de l’éveil intégral, de la disparition de toute limite et de toute ombre…

Pourquoi se tourmenter et souffrir ; pourquoi cette âpre lutte et cette révolte douloureuse; pourquoi cette vaine violence; pourquoi cet inconscient et lourd sommeil ? Éveillez-vous sans crainte, apaisez vos conflits, faites taire vos disputes, ouvrez vos yeux et vos cœurs : la Force est là ; elle est là divinement pure, lumineuse, puissante; elle est là comme un amour sans limite, comme un pouvoir souverain, comme une réalité sans discussion, comme une paix sans mélange, comme une béatitude sans interruption, comme la Bénédiction Suprême; elle est l’existence en soi, les félicités sans bornes de la connaissance infinie… et elle est quelque chose de plus qui ne peut encore se dire, mais qui agit déjà dans les mondes supérieurs au-delà de la pensée, comme la puissance de transfiguration souveraine, et aussi dans les profondeurs inconscientes de la matière comme l’Irrésistible Guérisseuse…

Écoute, écoute, Ô toi qui veux savoir.

Regarde, toi qui veux voir, contemple et vis : La Force est là !

Le 8 juillet 1914

Ô Force divine, suprême Illuminatrice, écoute notre prière, ne T’éloigne pas, ne Te retire pas, aide-nous à combattre le bon combat, affermis notre pouvoir pour la lutte, donne-nous la puissance de la victoire!

Ô mon doux Maître, Toi que j’adore sans pouvoir Te connaître, Toi que je suis sans pouvoir Te réaliser, toute l’individualité consciente se prosterne devant Toi et supplie, au nom des travailleurs qui luttent et de la terre qui agonise, au nom de l’humanité qui souffre et de la nature qui s’efforce, ô mon doux Maître, merveilleux Inconnaissable, Dispensateur de tous les bienfaits, Toi qui fais jaillir la lumière dans l’obscurité et naître la force dans la faiblesse, seconde nos efforts, guide nos pas, conduis-nous à la victoire.

Le 10 juillet 1914

Ô Toi qui es éternellement, immuablement et qui consens à devenir dans ce monde pour lui apporter une Illumination, une Impulsion nouvelle, Tu es là, manifeste-Toi de plus en plus complètement, parfaitement ; l’instrument s’est donné et se donne à Toi dans une adhésion enthousiaste, un abandon intégral, Tu peux le réduire en poussière ou le transformer en soleil, il ne résistera à rien qui soit Ta volonté, et dans cette soumission se trouvent sa puissance et sa béatitude véritables.

Mais pourquoi ménages-Tu l’animalité du corps ? Est-ce parce qu’il est nécessaire de lui donner le temps de s’adapter à la merveilleuse complexité, la puissante infinité de Ta Force? Est-ce Ta volonté qui se fait douce et patiente, ne voulant rien brusquer, laissant aux éléments le loisir de s’adapter ?… Je veux dire : est-ce mieux ainsi ou est-ce impossible autrement ? Est-ce incapacité spéciale que Tu tolères avec mansuétude, ou est-ce loi générale qui fait inévitablement partie de tout ce qui est à transformer ?…

Peu importe d’ailleurs ce que nous en pensons, puisque cela est, l’attitude seule est d’importance : Faut-il combattre, faut-il accepter ? Et l’attitude c’est Toi qui la dictes, c’est Ta Volonté qui la détermine à chaque instant. Pourquoi prévoir et combiner lorsqu’il suffit de constater et d’adhérer pleinement…

Le travail dans la constitution des cellules physiques est perceptible : imprégnées d’une quantité considérable de force, elles semblent se dilater et devenir plus légères. Mais le cerveau est encore lourd et endormi… Je m’unis à ce corps, divin Maître, et je crie vers Toi : Ne me ménage pas, agis avec Ta toutepuissance souveraine; en moi Tu as mis la volonté de la totale transfiguration.

Le 11 juillet 1914

Tout l’être physique voudrait être dissous et reconstitué dans une adoration qui n’aurait pas de limites. Ô Seigneur, Toi qui viens toucher la matière comme le Messager de la Suprême Puissance et de la Suprême Béatitude, Tu fais naître la conception de ce que peut être la totale réalisation. Et lorsque l’être a cru être définitivement investi de Ton sublime mandat, Tu Te retires, lui faisant comprendre que c’était seulement une promesse, un gage de ce qui pourra être. Hélas, quelle imperfection est celle de cette matière, que nous ne puissions Te retenir! Ô Seigneur, use de Ta toute-puissance, accomplis le miracle de Ta Présence permanente… Pourquoi tant de ménagements ? Il faut triompher ou périr !…

La victoire, la victoire, la victoire! Nous voulons la victoire de la Transfiguration !

Le 12 juillet 1914

Dans tous les états d’être, dans tous les modes d’activité, dans toutes les choses, dans tous les mondes, on peut Te rencontrer et s’unir à Toi, car Tu es partout et toujours présent. Celui qui T’a rencontré dans une activité de son être ou dans un monde universel, dit : « Je L’ai trouvé » et ne cherche plus rien ; il pense être arrivé au sommet des possibilités humaines. Quelle erreur ! C’est en tous les états, en tous les modes, en toutes les choses, en tous les mondes, en tous les éléments qu’il faut Te découvrir et s’unir à Toi et si l’on laisse de côté un élément, si petit soit-il, la communion ne peut pas être parfaite, la réalisation ne peut pas être accomplie.

Et c’est pourquoi T’avoir trouvé n’est qu’un premier pas dans une échelle infinie…

Ô doux Maître, souverain Transfigurateur, fais cesser toute négligence, toute paresseuse indolence, rassemble toutes nos énergies en faisceau, fais-en une volonté indomptable, irrésistible.

Ô Lumière, Amour, Force inexprimable, tous les atomes crient vers Toi pour que Tu les pénètres et les transfigures…

Donne à tous les délices suprêmes de la communion !

Le 13 juillet 1914

Patience, force, courage, calme et indomptable énergie…

Que le mental apprenne à se taire et à ne pas vouloir immédiatement profiter des forces qui nous viennent de Toi pour l’intégrale manifestation…

Mais pourquoi avoir désigné pour l’expression de Ta volonté l’élément le plus pauvre, le plus médiocre, le plus imparfait ?…

Le 15 juillet 1914

Ô Seigneur! Quoi ?…

Ce que Tu voudras, ce que Tu voudras…

Cet instrument est faible et médiocre; Tu lui as appris que toutes les activités lui étaient possibles, que rien ne lui était foncièrement étranger de toutes les activités humaines ; mais c’est dans l’intensité, dans la perfection seules que commence le Divin, et jusqu’à présent Tu ne lui as accordé aucune intensité exceptionnelle, aucune perfection véritable… Tout est à l’état de promesses non point individuelles, mais collectives et rien n’est complètement réalisé.

Ô Seigneur! Pourquoi ?

Tu as placé dans mon cœur cette paix si totale qu’elle semble presque être de l’indifférence et qui dit dans une immensité de calme sérénité :

Ce que Tu voudras, ce que Tu voudras…

Le 16 juillet 1914

Salut de silencieuse et modeste adoration…

Je m’incline devant Ta gloire car elle me domine de toute sa splendeur…

Oh laisse-moi me dissoudre à Tes pieds, me fondre en Toi !

Le 17 juillet 1914

Facilement les réalisations terrestres prennent une grande importance à nos yeux, car elles sont en proportion avec notre être extérieur, avec cette forme limitée qui fait de nous des hommes. Mais qu’est-ce qu’une réalisation terrestre auprès de Toi, en face de Toi ? Si parfaite, si complète, si divine soit-elle, ce n’est jamais qu’un instant indiscernable dans Ton éternité; et les résultats par elle obtenus, si puissants, si merveilleux soient-ils, ne sont jamais qu’un imperceptible atome dans la marche infinie vers Toi. Voilà ce que Tes ouvriers ne doivent jamais oublier, autrement ils deviendraient inaptes à Te servir…

Ô mon doux Maître, quel enfantillage de se croire responsable de quoi que ce soit et de vouloir individualiser Ta suprême et divine Volonté. Ne suffit-il pas de s’unir à Ton cœur et d’y vivre de façon permanente? Alors Tu prends toutes les responsabilités, et Ta volonté s’exerce sans même que nous ayons besoin de le savoir… Seule une réalisation indépendante de toute circonstance extérieure, à l’abri de toute adhésion et de toute compréhension, si haute soit-elle, est une réalisation véritable, une réalisation de prix. Et la seule qui soit ainsi est de s’unir à Toi intégralement, étroitement, définitivement. Quant au soin de Ta manifestation transitoire, momentanée, dans une existence fugitive et sur un monde passager, c’est à Toi à en être responsable et à faire le nécessaire pour qu’elle soit si Tu le juges bon.

Ô mon doux Maître, souverain Seigneur, Tu as pris tout le souci et Tu ne m’as laissé que la Béatitude, la suprême extase de Ta divine Communion.

Le 18 juillet 1914

Deux choses restent inébranlables malgré tous les vents d’orage même les plus violents : la volonté que tous soient heureux du bonheur véritable, le Tien, et l’ardent désir de s’unir parfaitement, de s’identifier à Toi… Tout le reste est peut-être encore le résultat d’un effort et d’une prétention, cela est spontané et inébranlable; et au moment où il semble que le sol manque et que tout s’effondre, cela apparaît lumineux, pur et calme, perçant tous les nuages, dissipant toutes les ombres, surgissant plus grand et plus fort encore de toutes les ruines et portant en soi Ta Paix et Ta Béatitude infinies.

Le 19 juillet 1914

Ô Seigneur, Tu es le Maître tout-puissant de Ta propre manifestation ; permets que ces instruments s’évadent des cadres trop étroits, des limites trop fixes et trop médiocres. Il faut toutes les richesses des possibilités humaines pour traduire un atome de Ta Force infinie… Ouvre les portes closes, fais jaillir les sources scellées, que les torrents de Ton éloquence et de Ta beauté déferlent sur le monde. De l’ampleur et de la majesté, de la noblesse et de la grâce, du charme et de la grandeur, de la variété et de la puissance : le Seigneur veut se manifester.

Ô mon doux Maître, Tu es le souverain Directeur de nos destinées, Tu es le Maître tout-puissant de Ta propre manifestation.

À Toi tout ce monde, tous ces êtres et tous ces atomes. Transfigure et illumine-les.

Le 21 juillet 1914

Il n’y avait plus de corps, il n’y avait plus de sensation ; seule existait une colonne de lumière montant du lieu où se trouve ordinairement la base du corps jusqu’au lieu où se trouve ordinairement la tête, pour former là un disque de lumière comme celle de la lune; puis de là, la colonne montait toujours jusque très loin au-dessus de la tête pour s’épanouir en un immense soleil éclatant et multicolore, d’où retombait une pluie de lumière dorée qui recouvrait toute la terre.

Puis lentement la colonne de lumière est redescendue formant un ovale de lumière vivante, éveillant et mettant en mouvement, chacun d’une façon particulière, selon un mode vibratoire spécial, les centres qui se trouvaient au-dessus de la tête, à la place de la tête, de la gorge, du cœur, au milieu du ventre, à la base des reins, et encore plus bas. À la hauteur des genoux, le courant ascendant et le courant descendant se rejoignirent, et la circulation se fit ainsi d’une façon ininterrompue, enveloppant tout l’être d’un immense ovale de lumière vivante.

Puis lentement la conscience est redescendue d’étape en étape, avec un arrêt dans chaque monde, jusqu’à ce que la conscience du corps soit revenue. La reprise de conscience du corps fut, si le souvenir est exact, la neuvième étape. À ce moment encore le corps était tout à fait raide et immobile.

Le 22 juillet 1914

Tu es tout amour, Seigneur, et Ton amour resplendit au fond de toutes les pensées et de tous les cœurs. Achève Ton œuvre transfiguratrice : illumine-nous. Ouvre les portes encore closes, élargis l’horizon, établis la puissance, unifie nos êtres et fais-nous participer à Ta divine béatitude afin que nous puissions la faire partager à tous. Laisse-nous vaincre les derniers obstacles, intérieurs et extérieurs, surmonter les ultimes difficultés. Une prière ardente et sincère n’est jamais montée vers Toi en vain ; toujours dans Ta munificence Tu réponds à tous les appels et Ta miséricorde est infinie.

Ô divin Maître, laisse tomber Ta lumière dans ce chaos et fais-en surgir un nouveau monde. Accomplis ce qui est en préparation et fais naître une humanité nouvelle qui soit l’expression parfaite de Ta nouvelle et sublime Loi.

Rien n’arrêtera notre élan ; rien ne lassera notre effort ; et, reposant sur Toi toutes nos espérances et toutes nos activités, forts de notre complète soumission à Ta Suprême Volonté, nous marcherons à la conquête de Ta manifestation intégrale avec la calme certitude de la victoire sur tout ce qui voudrait s’opposer à elle.

Salut à Toi, Maître du monde, triomphateur de toute obscurité.

Le 23 juillet 1914

Seigneur, Tu es tout-puissant : deviens le combattant et remporte la victoire. Que Ton amour demeure le souverain Maître de nos cœurs et que Ta Connaissance ne quitte jamais nos pensées… Ne nous abandonne pas dans l’impuissance et l’obscurité; romps toutes les limites, brise toutes les chaînes, dissipe toutes les illusions.

Notre aspiration monte vers Toi comme une ardente prière.

Le 25 juillet 1914

Au lever du soleil, je chantais les louanges de ce monde où il est possible non seulement de Te désirer, mais aussi de Te connaître et même de Te devenir. Et je m’étonnais que certains aspirent avec tant d’ardeur à quitter cet univers pour entrer dans un autre monde de perfection.

Tu as mis tant de satisfaction dans mon cœur qu’il m’est devenu impossible de ne pas être satisfaite en toutes circonstances, intérieures ou extérieures. Et pourtant quelque chose en mon être aspire toujours vers plus de beauté, plus de lumière, plus de connaissance, plus d’amour, en résumé, à un rapport plus conscient et plus constant avec Toi… Mais cela aussi dépend de Ta volonté et c’est lorsque Tu le voudras que Tu m’accorderas la totale transfiguration.

Le 27 juillet 1914

Doucement, humblement ma prière monte vers Toi, Ô doux Maître qui acceptes sans discussion et sans critique tout ce qui s’offre à Toi, qui Te donnes et Te fais connaître à tous, sans Te demander s’ils en sont dignes, et qui ne trouves aucune chose trop faible, trop petite, trop modeste, trop insuffisante pour Te manifester…

Laisse-moi me coucher à Tes pieds, me fondre en Ton cœur, disparaître en Toi, m’anéantir en Ta béatitude; ou plutôt être uniquement Ton serviteur, sans prétendre à rien d’autre. Je ne désire, je n’aspire à rien d’autre, je veux être uniquement Ton serviteur.

Le 31 juillet 1914

Il me semble que Tu veuilles me faire goûter successivement à toutes les expériences que l’on met en général au sommet d’un Yoga comme son aboutissement et la preuve de son parfait accomplissement. L’expérience est intense, complète, saisissante, portant en elle la connaissance de tous ses effets, de toutes ses conséquences ; elle est consciente, voulue, elle provient de l’effort méthodique et non d’un hasard inattendu ; et pourtant elle est toujours unique, comme les bornes que l’on met le long du chemin et qui sont séparées l’une de l’autre par un long ruban de route; et en plus, ces bornes qui jalonnent l’ascension infinie ne sont jamais semblables; toujours nouvelles, elles paraissent n’avoir aucun rapport l’une avec l’autre… Arrivera-t-il un moment où Tu rendras cet être capable de synthétiser toutes ces innombrables expériences pour en tirer une réalisation neuve, plus complète et plus belle que toutes celles accomplies jusqu’à ce jour ? Je ne sais. Mais Tu m’as appris à ne pas regretter davantage l’état exceptionnel qui disparaît, que je ne le désire avant qu’il ne soit venu. Je n’y vois plus le signe d’une instabilité dans le progrès accompli, mais la preuve d’une marche qui se poursuit en avant délibérément, sans s’arrêter, plus qu’il n’est indispensable, aux diverses étapes du chemin.

Chaque fois, Tu m’apprends un peu plus que le moyen de manifestation n’est limité que parce que nous le pensons tel, et qu’il peut participer effectivement à Ton infinitude; chaque fois quelque chose de Ton immensité s’allie à l’instrument qui est sa demeure, ouvrant toutes grandes les portes qui donnent sur les horizons sans bornes.

Le 2 août 1914

Que sont ces puissants dieux dont l’heure de manifestation sur terre est venue, sinon des modes variés et accomplis de Ton activité infinie, ô Toi Maître de toute chose, Être et Non-Être et Ce qui est au-delà, Merveilleux Inconnaissable, notre Souverain Seigneur…

Que sont ces multiples et brillantes activités intellectuelles, ces innombrables rayons de soleil éclairant, concevant et façonnant toutes les formes, sinon un des modes d’être de Ton vouloir infini, un des moyens de Ta manifestation, ô Toi maître de nos destinées, Unique et Impensable Réalité, Souverain Seigneur de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas encore…

Et toutes ces puissances mentales, et toutes ces énergies vitales, et tous ces éléments matériels, que sontils sinon Toi-même dans Ta forme la plus extérieure, Tes ultimes modes d’expression, de réalisation, ô Toi que nous adorons religieusement et qui nous échappes de tous côtés tout en nous pénétrant, en nous animant, en nous dirigeant, Toi que nous ne pouvons comprendre, ni définir, ni nommer, Toi que nous ne pouvons saisir, ni embrasser, ni penser, et qui pourtant es réalisé dans le moindre de nos actes…

Et tout cet énorme univers n’est qu’un atome de Ton Vouloir Éternel.

Dans l’immensité de Ta Présence effective, tout s’épanouit !

Le 3 août 1914

Tout l’être est ce matin muette adoration et l’immensité de Ton amour emplit son âme…

La préparation et l’œuvre, l’œuvre et la préparation alternent et s’interpénètrent au point que parfois elles sont difficiles à distinguer; et leur ensemble constitue Ta vie divine sur terre. Ce qu’il faut être, ce qu’il faut faire : le perfectionnement de Ton instrument et son utilisation vont de pair ; tantôt Tu veux qu’il s’enrichisse et s’accroisse, qu’il ouvre toutes ses portes sur les horizons infinis, qu’il s’unisse au dieu qu’il peut manifester, qu’il développe son pouvoir de rapports conscients avec les divers mondes, et tantôt que, perdant pour ainsi dire conscience de lui-même, il ne soit plus que Ta force agissante. Et dans les deux se trouve la loi suprême de la communion avec Ta volonté.

Tout l’être est ce matin muette adoration et l’immensité de Ton amour emplit son âme.

Le 4 août 1914

Seigneur, Maître éternel !

Les hommes, poussés par le conflit des forces, accomplissent un sublime sacrifice, ils offrent leur vie en sanglant holocauste…

Seigneur, Maître éternel, permets que cela ne soit pas en vain, que les inépuisables torrents de Ta Force Divine se répandent sur la terre, pénétrant l’atmosphère troublée, les énergies en lutte, tout le chaos violent des éléments en bataille; et que la pure lumière de Ta Connaissance et l’inépuisable amour de Ta Bénédiction remplissent les cœurs, pénètrent les âmes, illuminent les consciences et fassent jaillir de cette obscurité, de ces sombres, terribles et puissantes ténèbres, la splendeur de Ta majestueuse Présence!

Mon être est devant Toi en holocauste intégral afin de rendre efficace leur holocauste inconscient.

Accepte cette offrande, réponds à notre appel : Viens !

Le 5 août 1914

Maître éternel, Tu es en toutes choses comme un souffle vivifiant, comme une douce paix, comme un soleil d’amour lumineux, perçant tous les nuages d’obscurité.

Permets que nous soyons Ton souffle vivifiant, Ta douce paix, Ton lumineux amour sur terre, auprès de nos frères humains, ignorants et douloureux.

Ô divin Maître, accepte l’offrande de mon intégral holocauste afin que Ton œuvre puisse s’accomplir et que les temps ne passent pas en vain !

Dans une extase sereine je me donne à Toi, afin que Tu redeviennes le Maître de Ton bien, le possesseur de Toi-même, en chacun des atomes innombrables et dans l’unité de la conscience synthétique.

Ô divin Maître, accepte l’offrande de cet intégral holocauste afin que le temps ne soit pas venu en vain !

Tout l’être est transformé en la flamme ardente d’un sacrifice de pur amour.

Redeviens le roi de Ton royaume, affranchis la terre du lourd poids qui l’écrase, du poids de son inerte, de son ignorante, de son obscure mauvaise volonté.

Ô mon doux Maître, mon être brûle de l’ardente flamme du sacrifice d’amour : accepte mon offrande pour que l’obstacle soit surmonté.

Le 6 août 1914

Quels sont donc les défauts et les tares empêchant que l’offrande soit suffisamment complète pour que Tu l’accueilles, pour que l’holocauste Te paraisse digne d’être reçu ?… Des limitations sont encore dans cet être, ne les briseras-Tu pas?

Ô Seigneur, nous savons que l’heure est grave pour la terre; ceux qui peuvent être Tes intermédiaires auprès d’elle pour faire jaillir du conflit une harmonie plus grande et de l’obscure laideur une beauté plus divine, doivent être prêts pour le faire. Ô Seigneur, Maître éternel, nous T’en conjurons, réponds à nos efforts, éclaire-les, montre-nous le chemin, donnenous la force de briser les résistances intérieures, de surmonter tous les obstacles.

Ô mon doux Maître, je me prosterne à Tes pieds et tout mon être crie vers Toi, dans une ardente supplication… Délivre-moi de l’impuissance personnelle!

Le 8 août 1914

La plume est silencieuse… Ce monde matériel est si absorbant ! Pourquoi lui laisser tenir tant de place dans notre conscience? Est-ce impuissance de notre part, est-ce Ta Volonté?

Ô mon doux Maître, je ne voudrais vivre qu’en Toi, mais Tu m’as répondu qu’il fallait vivre pour Toi, et en vivant ainsi pour Toi, la conscience se tourne vers les domaines extérieurs et il semble que l’on s’éloigne de Toi.

Je sais que ce n’est point exact; mais il y a encore une résistance dans l’être qui ne veut pas céder, une porte qui reste fermée, une certaine porte d’intelligence lumineuse qu’aucun effort encore n’a pu ouvrir et cela appauvrit terriblement Ta manifestation.

Quand décideras-Tu que l’heure est venue pour que tout cela disparaisse?

Les forces monstrueuses se sont abattues sur la terre comme un ouragan ; elles sont obscures et violentes, puissantes et aveugles. Donne-nous la force, Seigneur, de les illuminer. Il faut que Ta splendeur partout éclate en elles et transfigure leur action ; il faut qu’après leur passage dévastateur elles laissent derrière elles une semence divine…

Ô mon divin Maître, ne repousse pas mon offrande. Rends-moi digne d’être intégralement à Toi dans la plénitude du don et de la manifestation.

Le 9 août 1914

Seigneur, nous sommes devant Toi pour que Ta volonté s’accomplisse. Écarte de notre pensée tous les obstacles, les doutes, toutes les faiblesses, les limitations, tout ce qui voile notre connaissance et obscurcit notre entendement.

J’ai soif de Ta Conscience, j’ai soif d’une union intégrale avec Toi, non dans l’inaction et la fuite hors de l’activité physique, mais dans le complet, absolu, parfait accomplissement de Ta volonté.

Il faut que la splendeur de Ta lumière suprême jaillisse de toutes ces ténèbres qui se sont abattues sur la terre.

Le 11 août 1914

Ô mon doux Maître, entre dans toutes ces pensées en désarroi, dans tous ces cœurs angoissés; allumes-y le feu de Ta divine Présence. L’ombre de la terre est retombée sur elle, elle en a été ébranlée intégralement ; mais cette ombre cachait Ton immuable soleil, et maintenant qu’elle a croulé sur ce pauvre monde, le faisant trembler sur ses bases et le transformant en un formidable chaos, ne planeras-Tu pas une fois de plus sur le chaos en voulant que « La Lumière soit »?

Ô Toi merveilleux Inconnu, Toi qui ne T’es pas encore manifesté, Toi qui attends l’heure propice et qui nous as envoyés sur terre pour préparer Tes voies, tous les éléments de cet être crient vers Toi « Que Ta Volonté soit faite » et se donnent à Toi dans un suprême, un invincible élan…

Enveloppe cette terre douloureuse des bras puissants de Ta miséricorde, imprègne-la des effluves bienfaisants de Ton amour infini.

Je suis les bras puissants de Ta miséricorde.

Je suis la vaste poitrine de Ton amour sans limites… Les bras ont enveloppé la terre douloureuse et la pressent tendrement sur le cœur généreux ; et lentement un baiser de suprême bénédiction est posé sur cet atome en conflit : le baiser de la Mère qui console et guérit…

Le 13 août 1914

L’être est dressé devant Toi, les bras levés, les paumes ouvertes, dans une ardente aspiration.

Ô doux Maître, c’est un Amour plus merveilleux et formidable que tous ceux qui se sont manifestés jusqu’à ce jour, dont la terre a besoin ; c’est pour cet Amour qu’elle implore… Qui sera capable et digne d’en être l’intermédiaire auprès d’elle? Qui ? peu importe; mais il faut que cela se fasse. Ô Seigneur, réponds à mon appel, accepte l’offrande de l’être malgré sa modestie et sa limitation : Viens.

Plus, toujours plus ; que les flots régénérateurs roulent sur la terre en ondes bienfaisantes. Transfigure et illumine. Accomplis ce miracle suprême tant attendu de rompre les ignorants égoïsmes ; éveille Ta flamme sublime en le cœur de chacun. Ne nous laisse pas nous engourdir dans une tranquille sérénité. Nous ne devons avoir aucun repos avant que Ton souverain et nouvel Amour soit manifesté!

Écoute notre prière; réponds à notre appel : Viens!

Le 16 août 1914

Pendant trois jours j’ai attendu dans une ardente prière, espérant voir les choses nouvelles… et tous les obstacles ont surgi pour voiler, retarder, déformer Ta manifestation. Et maintenant nous ne semblons pas plus proches du but qu’auparavant.

Ô mon doux Maître, pourquoi m’as-Tu dit de quitter la place bénie dans Ton cœur et de retourner à la terre pour tenter une réalisation que tout semble prouver impossible ?… Qu’attends-Tu de moi pour m’avoir arrachée à ma divine et merveilleuse contemplation et pour m’avoir replongée dans cet obscur univers en conflit ? Lorsque Ta force descend vers la terre pour se manifester, chacun des grands êtres Asouriques qui ont résolu d’être Tes serviteurs, mais qui ont conservé la caractéristique dominatrice et exclusive de leur nature, veut la tirer à lui seul pour la distribuer aux autres ensuite; il pense toujours devoir être le seul, ou en tout cas le suprême intermédiaire, et que le rapport de tous les autres avec Ta Puissance ne peut et ne doit se faire qu’à travers son intermédiaire. Cette triste mesquinerie est plus ou moins consciente, mais elle est toujours là, retardant indéfiniment les choses. Si, même chez les plus grands, il est impossible dans la manifestation intégrale d’échapper à ces lamentables limitations, pourquoi, Seigneur, m’imposer le calvaire de cette étroitesse?… Si Tu veux qu’il en soit ainsi, il faut que Tu brises le dernier voile et que Ta splendeur, dans toute sa pureté, vienne transfigurer le monde!

Accomplis ce miracle ou bien laisse-moi me retirer en Toi.

Le 17 août 1914

Il faut que toutes les erreurs, tous les préjugés, tous les malentendus s’évanouissent dans ce tourbillon de destruction qui emporte le passé… Il faut que la lumière devienne parfaitement pure, libre de toute limitation, afin que Tu puisses T’y manifester pleinement. Seigneur, Tu as la puissance, et Tu réaliseras ce miracle suprême…

En cette conscience, Tu as mis la certitude de la victoire!

Le 18 août 1914

Laisse-moi me tourner vers Toi dans la profonde et silencieuse contemplation ; laisse-moi mettre cet être intégral et ses multiples activités à Tes pieds comme une offrande; laisse-moi arrêter tout le jeu de ces forces, unifier toutes ces consciences, afin qu’une seule persiste, celle-là qui est capable d’entendre Ton ordre et de le comprendre; laisse-moi me replonger en Toi comme dans la mer souverainement bienfaisante, celle qui purifie de toutes les ignorances. Il me semble que je suis descendue très bas dans un insondable abîme de doute et d’obscurité, que je suis exilée de Tes splendeurs éternelles ; mais je sais que dans cette descente est la possibilité d’une ascension plus haute permettant d’embrasser un plus vaste horizon et de toucher d’un peu plus près à Tes cieux infinis. Ta lumière est là, stable et directrice, brillant sans intermittence dans les profondeurs de l’abîme comme dans les splendeurs lumineuses; et la sereine confiance, la calme indifférence, la tranquille certitude habitent la conscience de façon permanente… Je suis comme un bateau qui pendant longtemps goûte les joies du port et qui ouvre ses voiles malgré les sombres nuages chargés d’orage et cachant le soleil, pour se lancer dans le grand inconnu vers des rivages ignorés, vers des contrées nouvelles.

Je suis à Toi, Seigneur, sans restrictions et sans préférences ; que Ta volonté s’accomplisse dans toute sa plénitude rigoureuse; tout mon être y adhère avec une joyeuse acceptation et une calme sérénité.

Je n’ai plus aucune idée sur l’avenir : c’est Toi qui feras naître la conception nouvelle et plus adéquate à Ta loi.

Dans la plus parfaite soumission et la plus entière confiance, j’attends : Ta voix m’indiquant Ta voie.

Le 20 août 1914

Pour apercevoir le but sous un nouvel angle qui puisse utilement éclairer les autres, il faudrait constamment refaire l’expérience de la découverte intérieure et remonter jusqu’à l’extrême limite de la conscience, sans jamais postuler à l’avance quel sera le terme de son voyage.

Mais instinctivement le mental se souvient de l’impression qu’il a reçue d’une ou des précédentes prises de conscience avec le centre ultime et il se dit : « C’est cela qu’on trouve au bout du chemin », sans se rendre compte que le « Cela » qu’il pense est seulement un des innombrables modes de traduire ou même de travestir ce but, et que la conception intellectuelle doit suivre l’expérience et non la précéder.

Refaire innocemment la route comme si on ne l’avait encore jamais parcourue, voilà la vraie pureté, la sincérité parfaite, celle qui permet un progrès ininterrompu, un accroissement, un perfectionnement intégral.

Malgré moi, dans le silence de toute pensée, c’està-dire de toute formule consciente, quelque chose dans mon être, plus profond que les mots, se tourne vers Toi, Seigneur inexprimable, dans une ardente aspiration, Te faisant l’offrande de toutes ces activités, de tous ces éléments, de tous ces modes d’être et implorant pour tout cela la suprême illumination.

… Ô Toi que je ne puis penser mais que je connais avec certitude!

Le 21 août 1914

Seigneur, Seigneur, toute la terre est bouleversée; elle gémit et souffre, elle agonise… il ne faut pas que toute cette douleur se soit abattue sur elle en vain ; permets que tout ce sang versé produise une plus rapide germination de toutes les semences de beauté, de lumière et d’amour, qui doivent s’épanouir et couvrir la terre de leur riche moisson. Du fond de cet abîme d’obscurité, l’être intégral terrestre crie vers Toi pour que Tu lui donnes de l’air, de la lumière; il étouffe, ne lui viendras-Tu pas en aide?

Ô Seigneur, que faut-il faire pour triompher ?

Écoute-nous, car il faut vaincre à tout prix. Brise toutes les résistances : apparais !

Le 24 août 1914

Seigneur, c’est avec une reconnaissance émue que je m’approche de Toi. Tu m’as donné les premiers mots de la connaissance tant désirée, et avec cette connaissance est venue l’effectivité, la puissance réelle dans chaque domaine de réalisation.

Ce n’est qu’un début, ce n’est pas un accomplissement ; mais le chemin s’ouvre visible et droit, il n’y a plus qu’à le suivre; le voile s’est déchiré en réponse à l’effort modeste mais tout-puissant des jours obscurs. Permets, Seigneur, que la route se soit éclairée de même pour tous, et qu’après avoir vu clair en nous-mêmes il n’y ait pas de nouvelles difficultés pour que la connaissance devienne consciente chez les autres. Malgré tout, si grand soit-il, l’être humain est limité, pendant longtemps tout au moins, par le fait qu’il est humain et que, même s’il est en rapport avec l’immensité, cette immensité se traduit dans sa conscience extérieure, sous l’angle de sa personnalité propre. Il lui est très difficile de ne pas avoir en quelque sorte la perspective oblitérée partiellement par son propre point de vue. Mais ces derniers obstacles doivent être surmontés, renversés définitivement, afin qu’ils ne puissent plus surgir à nouveau. Il faut que le chemin soit entièrement libre et que la connaissance entrevue soit fermement établie. Ta grâce est avec nous, Seigneur, et elle ne nous quitte jamais, même quand les apparences sont sombres ; la nuit est parfois nécessaire pour préparer des aurores plus complètes. Mais peut-être cette fois nous as-Tu mis en présence de l’Aurore qui ne cesse point !…

Reçois les offrandes de notre ardente reconnaissance et de notre soumission intégrale.

J’ai su que ce cahier se terminerait sur la clôture d’une phase de l’existence spirituelle. C’est ce qui se passe en effet.

La lumière s’est faite, le chemin s’est ouvert ; avec un salut reconnaissant au passé laborieux, nous allons nous élancer sur la voie nouvelle largement ouverte par Toi devant nous.

Sur le seuil de ce nouveau champ de réalisation, plus vaste et plus conscient, nous nous inclinons devant Toi, Seigneur, dans une soumission, une adoration intégrales. Nous nous donnons à Toi sans réserve.

Une fois de plus c’est Toi qui vis en nous, et Toi seul. Tu es redevenu le Roi de Ton royaume, mais un royaume élargi et complété, un royaume plus digne de Ton Gouvernement !

Le 25 août 1914

Seigneur, que Ta volonté se fasse, que Ton œuvre s’accomplisse. Fortifie notre dévotion, augmente notre soumission, éclaire-nous sur le chemin. Nous T’érigeons au-dedans de nous comme le Maître suprême afin que Tu deviennes celui de la terre entière.

Nos paroles sont encore ignorantes : illumine-les.

Notre aspiration est encore imparfaite : purifiela.

Notre action est encore impuissante : rends-la effective.

Seigneur, cette terre gémit et souffre; le chaos a fait sa demeure de ce monde.

L’ombre est tellement grande que Toi seul peux la dissiper. Viens, manifeste-Toi afin que Ton œuvre s’accomplisse.

Le 26 août 1914

Ô mon doux Maître, Seigneur de Félicité, tous ces mondes de félicité s’interpénétrant et se complétant l’un l’autre, sont une immensité difficile à percevoir dans son ensemble. Donne-nous la connaissance de ces lois et le pouvoir d’éveiller la terre à la compréhension et à la perception de ce but poursuivi si aveuglément…

En toutes choses Tu es le bonheur sans mélange, la bienheureuse félicité… mais cette félicité n’est parfaite que lorsqu’elle est intégrale depuis les manifestations les plus extérieures jusqu’aux profondeurs les plus insondables.

Ô Seigneur, Tu m’as placée sur un seuil d’émerveillement, confirme-moi dans cette connaissance. Établis-moi à ce centre de conscience d’où les activités ne seront plus que l’expression sans mélange de Ta loi.

Dans une puissante et muette adoration j’attends.

Le 27 août 1914

Être l’amour divin puissant, infini, insondable, dans toutes les activités et tous les mondes de l’être… c’est cela que j’implore de Toi, Seigneur; permets que je sois consumée de cet amour divin puissant, infini, insondable dans toutes les activités et tous les mondes de l’être; transforme-moi en ce brasier ardent, afin que l’atmosphère terrestre en soit purifiée.

Oh être Ton Amour infiniment…

Le 28 août 1914

Seigneur, Maître éternel, ma pensée reste muette et impuissante devant Toi, mais mon cœur T’appelle; éveille tout mon être afin qu’entièrement il puisse être pour Toi l’instrument nécessaire, le parfait serviteur.

Oh être Toi, infiniment, en tout, partout, toujours, l’absolu silence et l’absolu mouvement…

N’être plus que l’un contenant le tout, contenu en tout… libre de toute limite et de tout aveuglement.

Triomphateur suprême, triomphe de tous les obstacles.

Le 29 août 1914

À quoi servirait l’homme s’il n’était pas fait pour jeter un pont entre Ce qui est éternellement, mais qui n’est pas manifesté, et ce qui est manifesté, entre toutes les transcendances, toutes les splendeurs de la vie divine et toute l’obscure et douloureuse ignorance du monde matériel ? L’homme est le lien entre Ce qui doit être et ce qui est ; il est la passerelle jetée sur l’abîme, il est le grand X en croix, le trait d’union quaternaire. Son domicile véritable, le siège effectif de sa conscience doit être dans le monde intermédiaire au point de jonction des quatre bras de la croix, là où tout l’infini de l’Impensable vient prendre forme précise pour être projeté dans l’innombrable manifestation…

Ce centre est un lieu d’amour suprême et de conscience parfaite, de pure et totale connaissance. Établis là, Seigneur, ceux qui peuvent, doivent et veulent Te servir véritablement, afin que Ton œuvre puisse s’accomplir, que le pont soit définitivement établi et qu’inlassablement Tes forces puissent se répandre dans le monde.

Le 31 août 1914

Dans ce formidable désarroi et cette terrible destruction, on peut voir la grande œuvre de labour nécessaire, préparant la terre pour une semence nouvelle, celle qui se lèvera en épis merveilleux et donnera au monde la splendide moisson de la race nouvelle… La vision est claire et précise, le chemin de Ta divine loi est si nettement tracé que la paix est revenue s’installer en souveraine dans le cœur des travailleurs : plus de doutes et plus d’hésitations, plus d’angoisses et d’impatiences ; c’est la grande ligne toute droite de l’œuvre qui s’accomplit éternellement, envers et contre tout, en dépit de toutes les apparences contraires, malgré tous les illusoires détours. Et ces individualités physiques, minutes insaisissables dans l’infini devenir, savent qu’elles auront fait faire un pas de plus à l’humanité, immanquablement et sans souci pour les résultats inévitables, quels que puissent être les résultats apparents et momentanés. Ils s’unissent à Toi, ô Maître éternel, ils s’unissent à Toi, ô Mère universelle, et dans cette double identification avec Ce qui est au-delà de toute manifestation et Ce qui est toute la manifestation, ils goûtent la joie infinie de la parfaite Certitude…

Paix, paix, paix, dans tout l’univers…

La guerre n’est qu’une apparence,

Le trouble n’est qu’une illusion :

La paix est là immuablement.

Ô Mère, douce Mère que je suis, Tu es à la fois ce qui détruit et ce qui érige.

L’univers entier vit dans Ton sein de sa vie innombrable et Tu vis dans le moindre de ses atomes immensément.

Et l’aspiration de Ton infinitude se tourne vers Cela qui n’est point manifesté, afin d’implorer toujours une plus complète et plus parfaite manifestation.

Et tout EST, en même temps, dans une triple et clairvoyante, dans une totale Conscience, l’Individuel, l’Universel, l’Infini.

Le 1er septembre 1914

Ô divine Mère, avec quelle ferveur, quel ardent amour, je suis allée vers Toi dans Ta conscience la plus profonde, dans Ton état de sublime amour et de félicité parfaite, et je me suis blottie si étroitement dans Tes bras, T’aimant d’un si intense amour, que je suis devenue Toi définitivement ; alors une voix plus profonde encore s’est fait entendre dans le silence de « notre » muette extase et cette voix a dit : «   Tournetoi vers tous ceux qui ont besoin de Ton amour ». Et tout l’échelonnement des consciences, des mondes successifs est apparu ; les uns étaient splendides et lumineux, ordonnés et clairs ; la Connaissance était là resplendissante, l’Expression harmonieuse et vaste, la Volonté puissante et invincible; puis les mondes s’obscurcissaient dans une multiplicité de plus en plus chaotique; l’Énergie devenait violente et le monde matériel obscur et douloureux. Et quand dans notre amour infini nous avons perçu intégralement l’horrible souffrance du monde de l’ignorance et de la misère, lorsque « nous » avons vu nos enfants engagés dans un sombre conflit, jetés les uns sur les autres par des énergies dévoyées de leur but réel, « nous » avons voulu ardemment que la lumière du divin amour soit manifestée, transfiguratrice, au centre de ces éléments affolés… Alors, pour que la Volonté soit plus puissante encore et plus effective, « nous » nous sommes tournées vers Toi, Suprême impensable, et « nous » avons imploré Ton secours. Et des profondeurs insondables, de l’Inconnu, la réponse est venue formidable et sublime; et « nous » avons SU que la terre EST SAUVÉE.

Le 4 septembre 1914

L’ombre est descendue sur la terre, épaisse, violente, victorieuse… Tout est tristesse, épouvante, destruction dans le monde physique, et la splendeur de Ta lumière d’amour semble obscurcie par un voile de deuil…

Ô douce Mère, je me fonds en Toi, dans un amour immense et dans une supplication intense vers le Seigneur de toute chose pour qu’IL nous montre la route, qu’IL nous trace le chemin de Son œuvre, afin que nous puissions y marcher hardiment.

Le temps presse : il faut, Seigneur, que les puissances divines viennent au secours de la terre angoissée.

Ô Mère, douce Mère, Tu serres tous Tes enfants sur Ta vaste poitrine, et Ton amour les enveloppe tous également.

Je suis devenue le feu purificateur de Ton amour. Ô Seigneur, silencieux Impensable, accepte l’holocauste de ce brasier d’amour afin que Ton règne vienne, que Ta lumière triomphe de l’obscurité et de la mort.

Manifeste Ta puissance. De jour en jour, d’heure en heure nous T’implorons : Ô Seigneur, manifeste Ta puissance!

Le 5 septembre 1914

« Face au danger! » m’as-Tu dit, « pourquoi vouloir détourner ton regard, ou t’enfuir loin de l’action, hors du combat, dans la contemplation profonde de la Vérité. C’est sa manifestation intégrale qui doit être réalisée; c’est sa victoire sur tous les obstacles d’aveugle ignorance et d’obscure hostilité. Fixe le danger bien en face, et il se dissipera devant la Puissance. »

Ô Seigneur, j’ai compris la faiblesse de cette nature la plus extérieure qui est toujours prête à la soumission matérielle et à l’évasion, comme compensation, dans la suprême indépendance intellectuelle et spirituelle. Mais Tu attends de nous l’action, et l’action ne permet pas une semblable attitude. Il ne suffit pas de triompher dans les mondes intérieurs, il faut triompher jusque dans les mondes les plus matériels. Il ne faut pas fuir la difficulté ou l’obstacle, parce que nous avons le pouvoir de le faire en nous réfugiant dans la conscience où il n’y a plus d’obstacles… Il faut regarder le danger bien en face, avec la foi en Ta Toute-Puissance, et Ta Toute-Puissance triomphera.

Donne-moi intégralement un cœur de combattant, Seigneur, et Ta victoire sera certaine.

« Vaincre à tout prix » doit être la devise actuelle. Non pas parce que l’on est attaché à l’œuvre et à ses résultats, non pas parce que l’on a besoin de telle action, non pas parce que l’on est capable de s’évader de toutes les contingences.

Mais parce que Tu nous as ordonné l’action. Mais parce que l’heure est venue de Ton triomphe sur terre. Mais parce que Tu veux la victoire intégrale.

Et dans un amour infini pour le monde… luttons !

Le 6 septembre 1914

Plus haut, toujours plus haut ! Ne soyons jamais satisfaits de ce qui est accompli, ne nous arrêtons à aucune réalisation, marchons toujours, sans arrêt, énergiquement, vers une manifestation toujours plus complète, vers une conscience toujours plus haute et plus totale… La victoire d’hier ne doit être que le marchepied de la victoire de demain, et la puissance de la veille, faiblesse à côté de l’effectivité à venir.

Ô Mère divine, Ta marche est triomphale et ininterrompue. Qui s’unit à Toi, dans l’amour intégral, voyage sans cesse vers des horizons toujours plus vastes, vers une réalisation toujours plus complète, bondissant de cime en cime dans la splendeur de Ta lumière, à la conquête des secrets merveilleux de l’Inconnu et de leur intégrale manifestation.

Ô divine Victorieuse, toute la terre chante Tes louanges, et toutes les forces T’obéiront,

Car le Seigneur a dit : « L’heure est venue »,

Et tous les obstacles seront surmontés.

Le 9 septembre 1914

Le monde est divisé en deux forces contraires qui luttent pour la suprématie, et toutes deux sont également opposées à Ta loi, Seigneur ; car Tu ne veux ni de la stagnation mortelle, ni de la destruction aveugle. C’est dans une constante, progressive et lumineuse transformation que Tu T’exprimes ; et c’est cela qu’il nous faut instaurer sur la terre si nous voulons manifester Ta volonté.

Parfois notre impatience voudrait connaître de suite les moyens de cette manifestation. Mais notre impatience est vaine et ne reçoit pas de réponse. Car la connaissance viendra au moment opportun, au moment de l’action.

Ainsi c’est avec la pensée au repos et la volonté réalisatrice calme et forte que nous attendons le signe que Tu nous donneras.

Le 10 septembre 1914

Ton amour est comme une marée montante, envahissant tout l’être et déferlant sur toutes choses. Seigneur, Ton amour pénétrera tous les cœurs et fera naître en eux la divine flamme qui ne s’éteint point, la divine beauté qui ne s’altère pas, et, au-dessus de tout contraste et de tout contraire, il établira en tous cette immuable Félicité qui est la suprême bonté.

Ta lumière est comme une marée montante, envahissant tout l’être et déferlant sur toutes choses. Seigneur, Ta lumière pénétrera toutes les pensées et fera naître en elles la clarté souveraine qui ne vacille point, la divine clairvoyance qui ne se trompe point, et, au-dessus de tout contraste et de tout contraire, elle établira en tous la splendeur de Ta connaissance qui est la suprême sagesse.

Ta force est comme une marée montante, envahissant tout l’être et déferlant sur toutes choses. Seigneur, Ta force pénétrera toute vie et fera naître en elle la puissance effective qui ne défaille point, le divin pouvoir qui est invincible, et, au-dessus de tout contraste et de tout contraire, elle établira en tous Ton énergie maîtresse qui est la suprême volonté.

Le 13 septembre 1914

Avec ferveur je Te salue, divine Mère, et dans une grande tendresse je m’identifie à Toi. Unie à notre divine Mère, je me tourne vers Toi, Seigneur, et je Te salue dans une muette adoration ; dans une ardente aspiration je m’identifie à Toi.

Puis tout devient merveilleux Silence, l’Être s’absorbe dans le Non-Être, tout est suspendu, arrêté, immuable…

Comment exprimer l’inexprimable?…

Le 14 septembre 1914

Il n’y a plus de moi, plus d’individualité, plus de limites personnelles. Il n’y a plus que l’univers immense, notre sublime Mère, brûlant du feu ardent de la purification en Ton honneur, Seigneur, divin Maître, Volonté souveraine, afin que cette Volonté ne rencontre plus d’obstacles dans sa réalisation.

C’est un immense cantique de fervent amour et d’exultation qui monte vers Toi, Seigneur, et toute la terre dans une inexprimable extase s’unit à Toi.

Que Ton souffle puissant alimente le brasier, afin qu’il devienne de plus en plus vaste et formidable et que toute l’ombre et toutes les résistances aveugles soient absorbées, embrasées, transfigurées en Lumière dans la merveilleuse flamme purificatrice.

Oh la splendeur pacificatrice de Ta purification !

Le 16 septembre 1914

Écoute la voix qui monte, écoute le chant qui s’élève pour saluer Ton Aurore divine.

Que la Loi suprême s’accomplisse; qu’elle soit existence universelle, éternelle, ou réabsorption dans le Non-Être, peu importe. Faut-il choisir entre les deux ? Je ne le puis ; en ma conscience il n’est plus de préférence et une seule volonté persiste : la Tienne, ô Inexprimable.

Et tout l’univers n’est plus qu’un chant de plus en plus vaste et harmonieux s’élevant pour saluer Ton Aurore divine.

Le 17 septembre 1914

Plus aucune impulsion d’activité ne peut venir du dehors ou d’un monde en particulier. C’est Toi, Seigneur, qui mets tout en mouvement des profondeurs de l’être, c’est Ta volonté qui dirige, Ta force qui agit ; et non plus sur le champ limité d’une petite conscience individuelle, mais sur le champ universel d’une conscience qui, dans chaque état d’être s’est unie au tout. Et l’être a, en même temps, la perception consciente de tous les mouvements universels dans leur complexité, et même leur confusion, et la paix silencieuse et parfaite de Ta souveraine immutabilité.

Le 20 septembre 1914

La plume est muette, car la pensée reste silencieuse, mais le cœur aspire vers Toi, Seigneur, T’unissant à notre divine Mère dans un même amour, une même vénération. Et à travers Toi tout l’être est tendu vers l’Inexprimable et au-delà de l’être, au-delà du silence même, cela s’unit à Cela.

Le 22 septembre 1914

Ô Seigneur, Toi qui es au seuil de l’Inconnaissable, je Te salue!

N’est-ce point que Tu Te salues Toi-même dans l’Essence Impensable de l’Être, dans ses profondeurs incommensurables, et jusque dans ses réalisations les plus extérieures, car l’Être c’est Toi, quel que soit son mode d’être, et l’Éternel Impensable c’est Toi aussi dans Ton essence. Et cette conscience intégrale Tu l’as faite nôtre, afin que nous soyons Toi, non seulement en fait, mais consciemment et effectivement. Et ainsi tout est interéchange et salutations pleines d’amour et de joyeuse adoration, dans une ardente aspiration de notre Mère vers Toi et une infinie et puissante réponse de Toi vers notre Mère, et enfin de la totalité de Toi-même vers tout ce qui n’est point encore manifesté, vers tout l’Inconnaissable que nous connaîtrons de plus en plus, de mieux en mieux, mais qui demeurera toujours l’Inconnaissable.

Dans l’absolu silence tout est, actuellement et éternellement ; dans l’universelle manifestation, tout sera dans un perpétuel devenir.

En la perfection de la conscience et de la vie intégrale, l’être chante un cantique d’allégresse pour Ce qui, à la fois, est et sera éternellement.

Salut à Toi, Maître du monde, n’es-Tu point l’intermédiaire entre ce qui est et ce qui sera, tout en étant à la fois ce qui est et ce qui sera.

Ô immensité merveilleuse, perceptible et indéfinissable en même temps, dans une illumination intégrale, je Te salue.

Le 24 septembre 1914

Comme Tu es présente parmi nous, Mère aimée! Il semble que Tu veuilles nous assurer de Ton complet concours, nous montrer que la Volonté qui veut se manifester à travers nous a trouvé des instruments qui peuvent réaliser sa Loi, en la mettant en accord complet avec Tes possibilités actuelles. Et les choses qui paraissaient les plus difficiles, les plus improbables, et peut-être même les plus impossibles, deviennent réalisables intégralement, puisque Ta Présence nous assure que le monde matériel lui-même est préparé pour manifester la forme nouvelle de la Volonté et de la Loi.

Et dans la plénitude joyeuse de l’harmonie parfaite je Te salue, Toi, Tes œuvres et Ton Principe.

Le 25 septembre 1914

Ô divine adorable Mère, avec Ton aide qu’y a-t-il d’impossible? L’heure des réalisations est proche et Tu nous as assuré Ton concours pour accomplir intégralement la suprême Volonté.

Tu nous as accueillis comme les bons intermédiaires entre les Impensables réalités et les relativités physiques, et Ta constante Présence parmi nous est un gage de Ton active collaboration.

Le Seigneur a voulu, et Tu réalises ;

Une Lumière nouvelle poindra sur la terre.

Un monde nouveau naîtra.

Et les choses promises seront accomplies.

Le 28 septembre 1914

La plume est muette pour chanter Ta présence, Seigneur, mais Tu es comme un roi qui a pris entièrement possession de son royaume; Tu organises, classifies, développes et accrois chaque province, Tu éveilles les endormies, rends actives celles qui tendaient vers l’inertie, harmonises le tout, et un jour viendra où cette harmonisation étant achevée, la contrée entière, par sa vie même, sera Ton porteparole et Ta manifestation.

Mais en attendant la plume est muette pour chanter Tes louanges !

Le 30 septembre 1914

Seigneur, Tu as fait tomber les barrières de la pensée et la réalisation est apparue dans toute son ampleur. N’oublier aucun de ses points de vue, mener leur accomplissement de front, sans en négliger aucun, ne permettre à aucune limitation, à aucune restriction d’intervenir sur la route, de retarder notre marche, voilà ce que Tu nous aideras à faire dans Ta suprême intervention. Et tous ceux qui sont Toi-même, Te manifestant dans la perfection de quelque spéciale activité, seront aussi nos collaborateurs, puisque telle est Ta Volonté.

Notre Mère Divine est avec nous et nous a promis l’identification avec la conscience suprême et totale; depuis les profondeurs insondables jusqu’au monde sensoriel le plus extérieur. Et dans tous ces domaines Agni nous assure le concours de sa flamme purificatrice, détruisant les obstacles, embrasant les énergies, stimulant les volontés, afin que la réalisation soit hâtée. Indra est avec nous pour la perfection de l’illumination dans la connaissance; et le divin Soma nous a transformés en son infini, souverain, merveilleux amour, producteur des suprêmes béatitudes…

Ô divine et douce Mère, je Te salue avec une tendresse ineffable et recueillie, avec une confiance sans limite.

Ô splendide Agni, Toi qui es si vivant en moi, je T’appelle, je T’invoque pour que Tu sois plus vivant encore, pour que Ton brasier se fasse plus immense, Tes flammes plus puissantes et plus hautes, pour que tout l’être ne soit plus qu’ardente combustion, bûcher purificateur.

Ô Indra, je Te vénère et T’admire, je T’implore pour que Tu T’unisses à moi, que Tu fasses définitivement tomber toutes les barrières de la pensée, que Tu m’octroies la divine connaissance.

Ô Toi, sublime Amour, à qui je n’avais jamais donné d’autre nom, mais qui es si complètement l’essence de mon être, Toi que je sens vibrer et vivre dans le moindre de mes atomes comme dans l’univers infini et au-delà, Toi qui T’exhales par tous les souffles, Te trouves au centre de toutes les activités, rayonnes à travers toutes les bonnes volontés, Te caches derrière toutes les souffrances, Toi pour qui j’ai un culte sans limite qui va toujours en s’intensifiant, permets que, de plus en plus légitimement, je puisse me sentir Toi-même intégralement.

Et Toi, Seigneur, qui es tout cela réuni et bien plus encore, Toi souverain Maître, extrême limite de notre pensée, qui Te tiens pour nous au seuil de l’Inconnu, fais surgir de cet Impensable quelque splendeur nouvelle, quelque possibilité de réalisation plus haute et plus intégrale, afin que Ton œuvre s’accomplisse et que l’univers fasse un pas de plus vers la sublime identification, la suprême manifestation.

Et maintenant ma plume se fait muette et je T’adore en silence.

Le 5 octobre 1914

Dans le calme silence de Ta contemplation, divin Maître, la Nature se retrempe et se fortifie. Dépassant tout principe d’individualité, elle se plonge dans Ton infinitude qui permet la réalisation de l’Unité dans tous les domaines, sans désordre et sans confusion. L’harmonieuse combinaison de ce qui conserve, de ce qui progresse et de ce qui est éternellement, se fait petit à petit dans un équilibre toujours plus complexe, plus étendu et plus élevé. Et l’interéchange des trois modes de vie permet la plénitude de Ta manifestation.

Beaucoup Te cherchent à cette heure avec angoisse et incertitude. Puissé-je être leur intermédiaire auprès de Toi afin que Ta lumière les illumine et que Ta paix les apaise…

L’être n’est plus qu’un point d’appui pour Ton action, un centre pour Ta conscience.

Que sont devenus les limites et les obstacles ? Tu es le souverain Seigneur de Ton royaume!

Le 6 octobre 1914

Ô douce Mère, il faut m’apprendre à être Toi intégralement et constamment, tout entière consacrée à donner un moyen d’expression de plus en plus parfait à Cela qui veut se manifester…

Tout est calme et serein, plus de luttes, plus d’angoisses, l’aspiration elle-même se fait souverainement paisible dans son immensité, sans rien perdre pourtant de son intensité; et par une curieuse opposition dans la conscience, comme l’envers et l’endroit d’une médaille, l’être perçoit en même temps l’immuable sérénité de l’infinie Réalité où tout est éternellement sans changement possible, et la marche ardente et rapide de tout ce qui devient sans cesse dans un progrès ininterrompu… Et les deux sont également vraies pour Toi, Seigneur.

Le 7 octobre 1914

Oh que la lumière se répande sur la terre et que la paix habite tous les cœurs !… Presque tous ne connaissent que la vie matérielle, lourde, inerte, conservatrice, obscure; et leurs forces vitales sont tellement attachées à cette forme physique d’existence, que livrées à elles-mêmes et hors du corps, elles sont encore uniquement occupées des contingences matérielles si douloureuses et harassantes pourtant… Ceux en qui s’est éveillée la vie mentale sont inquiets, tourmentés, agités, arbitraires, despotiques ; et pris tout entiers dans le tourbillon des transformations et des renouvellements qu’ils rêvent, ils sont prêts à tout détruire sans savoir sur quoi s’appuyer pour construire, et ainsi, avec leur lumière faite d’éclairs aveuglants, ils augmentent encore la confusion, au lieu de la faire cesser.

À tous il manque la paix invariable de Ta souveraine contemplation, la calme vision de Ton éternité immuable.

Et avec l’infinie gratitude de l’être individuel à qui Tu as octroyé cette grâce insigne, je T’implore, Seigneur, pour qu’à la faveur de la tourmente actuelle, au sein de cette extrême confusion, le miracle s’accomplisse, et que Ta loi de suprême Sérénité et d’invariable et pure Lumière devienne perceptible pour tous et gouverne la terre dans l’humanité enfin éveillée à Ta conscience.

Ô doux Maître, Tu as entendu la prière et Tu répondras à l’appel.

Le 8 octobre 1914

La joie contenue dans l’activité est compensée et équilibrée par la joie plus grande peut-être encore contenue dans le retrait de toute activité; quand les deux états alternent dans l’être ou même qu’ils sont simultanément conscients, alors la félicité est complète, car Ta plénitude, Seigneur, est réalisée.

Ô divin Maître, Tu m’as accordé l’infinitude des divines contemplations, la sérénité parfaite de Ton Éternité, et par l’identification avec notre divine Mère, la Toute-Réalisatrice, Tu as permis que je participe à son souverain pouvoir d’être consciente et d’agir…

Dans la toute-puissante félicité de Ton infinitude, je Te salue!

Le 10 octobre 1914

Que l’offrande de l’être se fasse constamment renouvelée et de plus en plus intégrale à la Suprême Réalité, Impensable, Informulable, mais qui, dans le temps, s’exprime éternellement dans une manifestation de plus en plus complète et parfaite. Ô Toi que je ne puis nommer et dont je perçois la volonté dans le suprême silence et la totale soumission, laisse-moi être le représentant de toute la terre, pour qu’unie à ma conscience, elle se donne à Toi sans réserve.

Tu es la paix parfaite et le merveilleux accomplissement ; Tu es tout ce que l’univers est, immuablement, hors du temps, et veut être de plus en plus dans la conscience temporelle et spatiale. Tu es tout ce qui est dans l’infinie immobilité et le divin espoir de tout ce qui veut être… Seigneur, dispense au monde Tes incroyables bienfaits.

Paix, paix sur toute la terre!

Le 11 octobre 1914

Pourquoi cette impression persistante qui tient de la gêne et de l’attente? L’être entièrement tourné vers Toi, vit dans la béatitude de la divine communion ; tout est calme, serein, fort, souverainement paisible; tout est lumière dans les horizons élargis, et, dans la silencieuse contemplation, la dévotion s’est faite plus intense encore. Qu’est-ce donc que cette sensation qui est comme greffée sur l’être et qui prend l’allure d’un avertissement fait à une conscience insuffisamment éveillée dans le domaine matériel ?

Je le demande, Seigneur, et pourtant je sais que s’il est nécessaire que j’en connaisse la raison, Tu me l’as déjà dite et seule mon incapacité me prive de le savoir; ou bien il n’est pas utile ni même favorable que je sache, et dans ce cas rien ne répondra à ma question…

Mais la paix se fait plus souveraine encore, et c’est dans une harmonie infinie que l’être prend sa suprême amplitude.

Ô Seigneur, avec quelle ferveur, je Te salue!

Le 12 octobre 1914

C’est leur peine et leur souffrance que l’être physique éprouvait, Seigneur. Quand se dissoudra l’ignorance? Quand cessera la douleur ? Ô Seigneur, permets que chaque élément de l’univers devienne conscient de son principe, et, sans disparaître, se transforme; que les voiles d’aveuglement égoïste qui Te cachent soient écartés, et que Tu paraisses resplendissant dans la manifestation totale. Tout cela est éternellement dans Ton silence absolu ; mais c’est par la progression infinie que cela se manifeste dans la conscience intégrale.

Le 14 octobre 1914

Ô Divine Mère, Tu es avec nous ; tous les jours Tu m’en donnes l’assurance, et étroitement unies dans une identification qui se fait de plus en plus intégrale et constante, « nous » nous tournons vers le Seigneur de l’univers et Cela qui est au-delà, dans une grande aspiration vers les lumières nouvelles. Toute la terre est dans nos bras comme un enfant malade qu’il faut guérir et pour lequel on a, à cause même de sa faiblesse, une tendresse toute spéciale. Et bercées sur l’immensité des devenirs éternels, étant ces devenirs mêmes, nous contemplons silencieusement et joyeusement l’éternité du Silence immuable où tout est réalisé dans la Conscience parfaite et l’Existence inchangeable, porte merveilleuse de tout l’inconnu qui est par-delà…

Alors le voile se déchire, la Gloire inexprimable se découvre, et tout imprégnées de la Splendeur indicible nous nous retournons vers le monde pour lui apporter la Bonne Nouvelle.

Seigneur, Tu m’as donné le bonheur infini… Quel être, quelle circonstance peut avoir le pouvoir de me le retirer?

Le 16 octobre 1914

Tu veux que je sois comme un canal toujours ouvert, toujours plus large, pour que Tes forces puissent se déverser en abondance dans le monde… Ô Seigneur, que Ta volonté soit faite! Ne suis-je point Ta Volonté et Ta Conscience dans une suprême félicité.

Et l’être s’agrandit incommensurablement pour devenir vaste comme l’univers.

Le 17 octobre 1914

Ô Mère divine, les obstacles seront surmontés, les ennemis seront apaisés ; Tu domineras toute la terre de Ton amour souverain, et les consciences seront illuminées de Ta sérénité.

Telle est la promesse.

Le 23 octobre 1914

Ô Seigneur, l’être intégral est prêt et T’appelle, pour que Tu prennes possession de Ton bien ; à quoi sert l’instrument si le Maître ne veut pas l’utiliser? Et quel que soit le mode de manifestation ce sera bien, depuis le plus modeste, le plus obscur, le plus matériel, le plus limité extérieurement, jusqu’au plus vaste, au plus brillant, au plus puissant, au plus intellectuel.

L’être intégral est prêt et attend, dans un passif silence, que Tu veuilles Te manifester.

Le 25 octobre 1914

Mon aspiration vers Toi, Seigneur, a pris la forme d’une belle rose, harmonieuse, bien épanouie et parfumée. Je Te la tends de mes deux bras dans un geste d’offrande et Te demande : Si ma compréhension est limitée, élargis-la ; si ma connaissance est obscure, éclaire-la ; si mon cœur est sans ardeur, embrasele; si mon amour est médiocre, intensifie-le; si ma sensation est ignorante et égoïste, donne-lui la pleine conscience dans la Vérité; et le « je » qui Te demande ainsi, Seigneur, n’est pas une petite personne perdue dans des milliers d’autres, c’est la terre entière qui aspire vers Toi dans un élan plein de ferveur.

Et dans le silence parfait de la contemplation, tout s’élargit jusqu’à l’infini ; et dans la paix parfaite du silence, Tu parais dans la gloire resplendissante de Ta lumière.

Le 3 novembre 1914

Depuis bien longtemps, Seigneur, la plume s’était faite silencieuse… Pourtant Tu m’as donné des heures d’inoubliable illumination, des heures où l’union s’était faite parfaite entre la Conscience la plus divine et la plus matérielle, des heures où l’identification de l’être individuel avec la Mère universelle et de la Mère universelle avec Toi était si complète que la conscience individuelle percevait simultanément son existence propre, la vie de l’univers intégral et Ton éternité hors de tout changement. La béatitude était à son comble, dans une paix ineffable et infinie, la conscience lumineuse et incommensurable, complexe et pourtant unique, l’existence toute-puissante, souveraine de la mort. Et cela n’est plus un état fugitif, atteint après une longue concentration, évanoui aussitôt que né; c’est un état qui peut durer de longues heures pleines d’éternité, instantanées et interminables en même temps, un état qui se produit à volonté, c’est-à-dire qui est permanent, et avec lequel la conscience la plus extérieure prend contact dès qu’une circonstance le lui permet, dès qu’elle n’est plus occupée à une besogne intellectuelle ou matérielle déterminée. Dans tout travail, constamment, il y a la perception de Ton invariable présence sous Ta double forme de Non-Être et d’Être, mais c’est comme derrière un léger voile que tisse la concentration indispensable sur le travail accompli ; tandis qu’aux heures de solitude, l’être se trouve immédiatement enveloppé d’une atmosphère merveilleusement puissante, limpide, calme, divine; il s’immerge en elle, et alors la vie splendide reprend avec toute son amplitude, toute sa complexité, toute sa sublimité; le corps physique est glorifié, souple, vigoureux, énergique; la mentalité est superbement active dans sa calme lucidité, dirigeant et transmettant les forces de Ta divine Volonté; et tout l’être exulte dans une béatitude sans limite, un amour sans bornes, une puissance souveraine, une connaissance parfaite, une conscience infinie… C’est Toi-même et Toi seul qui vis, jusque dans le moindre atome de la substance corporelle elle-même.

Ainsi les fondements solides de Ton œuvre terrestre se préparent, les soubassements de l’immense édifice se construisent ; dans tous les coins du monde une de Tes divines pierres est posée par la puissance de la pensée consciente et formatrice; et à l’heure des réalisations, la terre ainsi préparée sera prête à recevoir le temple sublime de Ta nouvelle et plus complète manifestation.

Le 8 novembre 1914

Pour la plénitude de la Lumière, nous T’invoquons, Seigneur, fais que s’éveille en nous le pouvoir d’expression…

Tout est muet dans l’être comme en une crypte déserte; mais au sein du silence et de l’ombre, brûle la lampe qui ne s’éteint point, le feu de l’ardente aspiration : Te connaître et Te vivre intégralement.

Les nuits suivent les jours, les aurores se succèdent inlassablement, mais toujours monte la flamme parfumée qu’aucun vent d’orage ne peut faire vaciller. Elle monte de plus en plus ; un jour elle atteint la voûte close encore, le dernier obstacle s’opposant à l’union. Et la flamme est si pure, si droite et si fière que l’obstacle se dissout soudain…

Alors Tu apparais dans toute Ta splendeur, dans l’éblouissement de Ta gloire infinie; la flamme à Ton contact se change en colonne de lumière faisant s’évanouir les ombres à jamais.

Et le Verbe jaillit, révélateur suprême!

Le 9 novembre 1914

Seigneur, nous aspirons à la conscience parfaite…

Tout l’être se rassemble comme une gerbe bien liée, faite de fleurs diverses, mais toutes harmonisées. La volonté fut la main qui rassembla les fleurs et le lien qui lia la gerbe et maintenant c’est elle qui Te la tend en guise d’offrande embaumée. Elle est tendue vers Toi inlassablement, sans une défaillance.

Le 10 novembre 1914

Seigneur, Ta Présence est affermie en moi comme un roc inébranlable et tout l’être exulte de T’appartenir sans la moindre réserve, dans une soumission générale et complète.

Ô Conscience immobile et sereine, Tu veilles aux confins du monde comme un sphinx d’éternité. Et pourtant à certains Tu livres Ton secret.

Ils peuvent devenir Ton vouloir souverain, qui choisit sans préférer, exécute sans désirer.

Le 15 novembre 1914

La seule chose importante est le but à atteindre; le chemin importe peu, et souvent il est préférable de ne pas le connaître à l’avance. Mais ce qu’il faut savoir, c’est si vraiment le moment de l’action divine sur terre est venu, et si l’œuvre conçue dans les profondeurs pourra se réaliser.

De cela, Seigneur, Tu nous as donné l’assurance, une assurance qui a été accompagnée de la plus puissante promesse que la Nature, la Conscience universelle, puisse faire… Ainsi nous avons la certitude que ce qui doit être fait se fera et que nos individualités actuelles sont en réalité appelées à collaborer à cette glorieuse victoire, à cette manifestation nouvelle. Que nous faut-il savoir de plus ? Rien. N’est-ce point avec la plus grande confiance que nous pouvons assister au combat formidable, à la ruée des forces adverses, qui, sans le savoir, servent en définitive à la réalisation de Ton plan. Nous aurions tort de nous inquiéter parce qu’il ne nous est pas donné de savoir comment cela sert Ton plan, et par quel moyen Tu triompheras de toutes les résistances ; car Ton triomphe est si parfait que chaque obstacle, chaque mauvais vouloir, chaque haine dressée contre Toi est une promesse de victoire plus vaste, plus complète encore.

À la somme des résistances, on peut mesurer l’étendue que Tu veux donner à l’action de ce qui, de Tes forces pures, vient se manifester sur terre. Ce qui s’oppose est justement ce sur quoi ces forces ont mission d’agir; c’est la plus sombre haine qui doit être touchée et transformée en paix lumineuse.

Si l’individualité humaine que Tu as choisie comme Ton centre d’action et Ton intermédiaire rencontre peu d’obstacles, peu d’incompréhensions et peu de haines, c’est que Tu lui as confié une mission limitée et peu intense. C’est dans le cercle étroit des bonnes volontés déjà préparées qu’elle agira et non sur la masse de la substance terrestre chaotique et confuse.

Ô divin Maître, cette connaissance que Tu m’as donnée, fais-la partager à nous tous, afin que la paix de la conviction règne dans nos cœurs ; et que nous puissions dans le calme de Ta souveraine certitude, faire face le front haut à tout ce qui, attiré inconsciemment vers la transfiguration, se précipite dans une aveugle ignorance, croyant pouvoir détruire l’Amour Transfigurateur.

Le 16 novembre 1914

Tu es comme le vent sur la mer, repoussant la barque au rivage tant qu’elle n’est pas chargée de tous les biens nécessaires pour faire la longue traversée. Tu ne veux point qu’on s’embarque à la légère : Tes serviteurs doivent être prêts à toute éventualité, doivent être capables de répondre à toutes les demandes, de satisfaire à tous les besoins.

Le 17 novembre 1914

Hélas, sublime Mère, quelle doit être Ta patience! Chaque fois que Ta volonté consciente tente de se manifester pour redresser les erreurs, hâter la marche incertaine de l’individu égaré par sa propre illusion de connaissance, tracer la voie sûre et lui fournir la force d’y marcher sans broncher, presque toujours il Te repousse comme une fastidieuse et inclairvoyante conseillère. Il veut bien T’aimer théoriquement d’un amour vague et inconsistant, mais son mental orgueilleux Te refuse sa confiance et préfère errer tout seul que d’avancer guidé par Toi !

Et Tu réponds, toujours souriante dans Ton inlassable bienveillance : « Cette faculté intellectuelle, qui rend l’homme orgueilleux et l’induit en erreur, est celle-là même qui peut aussi, une fois éclairée et purifiée, le mener plus loin, plus haut que la nature universelle, à la communion directe et consciente avec notre Seigneur à tous, Ce qui est au-delà de toute manifestation. Cette intelligence divisante qui lui permet de se séparer de moi, lui permet aussi d’escalader rapidement les hauteurs à gravir, sans que sa marche soit enchaînée et retardée par la totalité de l’univers, qui, dans son immensité et sa complexité, ne peut réaliser une si prompte ascension. »

Ô Divine Mère, toujours Ta parole réconforte et bénit, apaise et illumine, et Ta main généreuse relève un pan du voile cachant la connaissance infinie.

Comme elle est calme, noble et pure, la splendeur de Ta contemplation parfaite.

Le 20 novembre 1914

Oh je voudrais, Seigneur, être devant Toi toujours comme une page toute blanche, afin que Ta volonté s’inscrive en moi sans difficulté et sans mélange.

Le souvenir même des expériences passées doit être parfois balayé de la pensée afin de ne pas entraver ce travail de perpétuelle reconstruction, qui, seul dans le monde relatif, permet Ta parfaite manifestation.

Souvent on se cramponne à ce qui fut, craignant de perdre le résultat d’une précieuse expérience, d’abandonner une vaste et haute conscience, de retomber dans un état inférieur.

Pourtant que peut-il craindre celui qui est à Toi? Et ne peut-il pas marcher l’âme épanouie, le front illuminé, sur le chemin que Tu lui traces, quel qu’il soit, même si ce chemin est tout à fait incompréhensible pour sa raison limitée.

Ô Seigneur, brise les vieux cadres de pensée, abolis les expériences passées, dissous la synthèse consciente si Tu le juges nécessaire, pour que s’accomplisse de mieux en mieux Ton œuvre, pour que se perfectionne Ton service sur terre.

Le 21 novembre 1914

Seigneur, Tu m’as donné Ta Puissance, pour que Ta Paix et Ta Joie règnent sur le monde.

Et cet être n’est plus qu’un embrassement de paix enveloppant toute la terre, un océan de joie déferlant sur toute chose.

Ô toi qui es plein de haine, la rancune sera effacée de ton cœur, comme la mer efface l’empreinte sur le sable.

Ô vous qui vous nourrissez de vengeance, la paix entrera dans vos cœurs, comme elle entre dans l’âme de l’enfant que berce sa mère.

Car la divine Mère universelle a tourné son regard vers la terre et l’a bénie.

Le 4 décembre 1914

Après de longs jours de silence, entièrement occupés par le travail extérieur, il m’est enfin donné de reprendre ces pages et de continuer avec Toi, Seigneur, cette conversation qui m’est si douce…

Mais Tu as rompu toutes mes habitudes, parce que Tu veux me préparer à la libération de toute forme mentale. Certaines formes mentales plus particulièrement puissantes ou adaptées au tempérament sont des guides sûrs vers les expériences souveraines. Mais une fois les expériences faites, Tu veux qu’elles soient en elles-mêmes libres de l’esclavage d’aucune forme mentale, si haute ou si pure soit-elle, afin de pouvoir s’exprimer dans la forme nouvelle la plus vraie, c’est-à-dire la plus conforme à l’expérience.

Alors Tu as brisé toutes mes formes de pensée, et je me suis trouvée devant Toi dépourvue de toute construction mentale, aussi ignorante sur ce point que l’enfant qui vient de naître; et dans l’obscurité de ce néant s’est encore trouvée la paix souveraine de quelque chose qui ne s’exprime plus en mots, mais qui EST. Et j’attends sans impatience et sans crainte que Tu reconstruises Toi-même, du sein des profondeurs insondables, la forme intellectuelle qui Te paraîtra la plus conforme à Te manifester dans cet instrument pétri de soumission et d’ardente foi.

Et devant cette immense nuit pleine de promesse, je me sens, plus que je ne me suis jamais sentie, libre et vaste, infiniment…

Et dans une suprême béatitude je Te rends grâces, Seigneur, pour la merveilleuse faveur que Tu m’as accordée : celle d’être devant Toi comme un enfant qui vient de naître!

Le 10 décembre 1914

Écoute, Seigneur, … dans le silence du profond recueillement ma prière monte, ardente, vers Toi.

N’est-ce point une grande folie de s’identifier à une forme de pensée, à une construction mentale, si vaste et puissante qu’elle soit, au point d’en faire le centre vital de son être, de son expérience et de son activité? La vérité est éternellement en dehors de tout ce que nous pouvons en penser ou en dire. S’efforcer de trouver l’expression la plus conforme, la mieux adaptée à cette vérité, est certes une œuvre utile, indispensable même pour l’intégralité de son propre développement et de celui de l’humanité entière; mais il faut toujours se sentir libre vis-à-vis de cette expression, avoir son centre de conscience au-dessus d’elle, dans la réalité qui, malgré la grandeur, la beauté, la perfection d’une formule mentale, échappera toujours à toute formule. Le monde n’est pas selon ce que nous en pensons. L’importance de l’idée que nous nous en faisons, réside dans la conséquence qu’elle a pour notre attitude vis-à-vis de l’action ; et cette attitude peut dépendre d’une inspiration beaucoup plus profonde, plus vraie, plus immuable, que celle qui provient d’une construction mentale, si puissante soit-elle. Sentir en soi la volonté de traduire pour les hommes la Vérité éternelle en une forme plus complète, plus haute et plus juste que toutes celles qui l’ont précédée, est bien ; mais à condition de ne pas identifier son « moi » à cette œuvre au point d’être son esclave et de perdre vis-à-vis d’elle toute indépendance et tout contrôle de soi. C’est une activité et rien de plus, quelle que puisse être son importance au point de vue terrestre; mais il ne faut pas oublier qu’elle est relative comme toutes les activités et que nous ne devons pas la laisser troubler notre paix profonde et ce calme immuable qui, seul, permet aux forces divines de se manifester à travers nous sans déformation.

Ô Seigneur, ma prière ne se formule pas, mais Tu l’entends.

Le 12 décembre 1914

Il faut à chaque instant savoir tout perdre pour tout gagner ; se dépouiller du passé comme d’un corps mort pour renaître à une plénitude plus grande… C’est ainsi que s’exprime la constante aspiration de l’être intérieur qui, tourné vers Toi, veut Te réfléchir comme dans un miroir de plus en plus pur ; et Ton immuable Béatitude se traduit en lui par une force propulsive de progrès d’une intensité incomparable; et cette force se transforme dans l’être le plus extérieur en une volonté calme et assurée qu’aucun obstacle ne saurait vaincre.

Ô divin Maître, avec quel ardent amour je suis Ton serviteur! Avec quelle pure, immobile, infinie joie je suis Toi-même en tout ce qui est au-delà de toute existence en forme.

Et les deux consciences s’unissent dans une plénitude sans égale.

Le 15 décembre 1914

Seigneur, Tu m’as donné la paix dans la force, la sérénité dans l’action et le bonheur immuable au sein de toutes les circonstances.

Le 22 décembre 1914

C’est pour la Vérité, Seigneur, que je T’implore.

Remets en activité ce mental qui s’est fait muet pour T’être soumis, donne-lui la connaissance de Ta volonté.

Il fut accueillant et permit à tous les possibles de prendre forme en lui ; alors pour faire cesser le conflit de leurs tendances contraires, il a refusé la porte à ces visiteurs importuns en disant : « Je n’ai pas besoin de vivre de façon active, de savoir quelle est Ta volonté, Seigneur, pourvu que je laisse passer sans le déformer, le rayon de Ta lumière éternelle. » Ainsi fut fait et la volonté devint soumise, droite, précise et forte. Mais maintenant Tu veux que le mental sache, et Tu lui as dit : «   Éveille-toi et prends conscience de la Vérité. » Alors le mental a répondu avec joie, et maintenant il se tourne vers le soleil resplendissant de la souveraine Vérité en l’appelant à lui pour le manifester.

Tu veux, l’une après l’autre, faire tomber toutes les barrières, et que l’être prenne l’amplitude intégrale de toutes ses possibilités de manifestation.

Que tous les désirs terrestres s’assemblent en moi, Seigneur, afin que Tu puisses les considérer, et que Ta volonté puisse s’appliquer de façon précise, nette, définitive, dans le moindre détail comme dans l’ensemble.

Ainsi la venue des jours attendus sera hâtée…

Tout l’être exulte d’une joie intense et d’une plénitude sans égale.

1915




Le 2 janvier 1915

Toute idée, si puissante, si profonde soit-elle, qui est répétée trop souvent, exprimée de façon trop constante devient fade, insipide, sans valeur… Les plus hauts concepts se déflorent ainsi après quelque temps et l’intelligence qui s’est complu dans les spéculations transcendantes sent tout d’un coup un impérieux besoin d’abandonner tous les raisonnements et toute sa philosophie pour contempler la vie d’un regard émerveillé d’enfant, pour ne plus rien savoir de toute sa science passée, fût-elle même une science souverainement divine…

Il est vrai de dire que les divisions du temps sont purement arbitraires, que la date assignée au renouvellement de l’année varie suivant les latitudes, les climats, les habitudes et qu’elle est purement conventionnelle. Ceci est l’attitude mentale qui sourit aux enfantillages des hommes et veut se laisser guider par les vérités plus profondes. Et puis tout d’un coup le mental lui-même sent son impuissance à les traduire exactement et renonçant à toute sagesse de ce genre, il laisse s’élever le chant du cœur qui aspire et pour qui toute circonstance est une occasion d’aspiration plus profonde, plus vaste et plus intense… L’année d’Occident se renouvelle : pourquoi ne pas en profiter pour vouloir avec une ardeur renouvelée que ce symbole devienne une réalité et que les choses qui furent, lamentablement, fassent place à celles qui doivent être, glorieusement ?…

Nous croyons toujours pouvoir Te définir, T’enserrer dans nos formules mentales ; mais si vastes, si complexes, si synthétiques soient-elles, Tu resteras toujours l’Inexprimable, même pour celui qui Te connaît et Te vit… Car on peut Te vivre sans pouvoir T’exprimer ; on peut être et réaliser Ton infini sans pouvoir Te définir ni T’expliquer ; et Tu resteras toujours l’éternel mystère, digne de tous les émerveillements ; non pas seulement dans Ta Transcendance impensable et même inconnaissable, mais dans Ta manifestation universelle, dans tout ce que nous sommes intégralement. Et toujours les formes de pensée succéderont aux formes, toujours plus pures, plus hautes, plus compréhensives, mais jamais aucune d’elles ne sera jugée suffisante pour donner seulement une idée de ce que Tu es. Et chaque fait nouveau sera un nouveau problème plus merveilleux et mystérieux que tous les précédents. Pourtant devant son ignorance et son impuissance l’être mental reste lumineux, souriant et calme comme s’il possédait la connaissance suprême : celle d’être Toi innombrablement, invariablement, infiniment, tout simplement.

Le 11 janvier 1915

Plus que jamais l’aspiration de l’être mental est montée vers Toi avec une grande ferveur… La perception de l’infini et de l’éternité est toujours présente. Mais c’est comme si Tu avais voulu me sevrer de toute joie religieuse, de toute extase spirituelle, pour me plonger dans les circonstances les plus étroitement matérielles. Partout, Seigneur, est Ta parfaite félicité, et rien ne peut me retirer le don grandiose que Tu m’en as fait ; en tout lieu et en toute circonstance elle est avec moi, elle est moi comme je suis Toi. Mais tout cela n’est rien à côté de ce qui devrait être. Tu veux que, du sein de cette lourde et obscure matière, je fasse jaillir le volcan de Ton Amour et de Ta Lumière; Tu veux que, rompant toutes les vieilles conventions de langage, s’élève un Verbe propre à T’exprimer et qui ne fut jamais entendu ; Tu veux que l’union se fasse intégrale entre les plus petites choses d’en bas et les plus vastes, les plus sublimes d’en haut ; et c’est pourquoi, Seigneur, me sevrant de toute joie religieuse et de toute extase spirituelle, me privant de toute liberté pour me concentrer sur Toi exclusivement, Tu m’as dit «   Travaille comme un homme ordinaire au sein des êtres ordinaires ; apprends à n’être rien de plus qu’eux dans tout ce qui se manifeste; associe-toi à leur manière d’être intégrale; car au-delà de tout ce qu’ils connaissent, de tout ce qu’ils sont, tu portes en toi le flambeau de la splendeur éternelle qui ne vacille pas, et, en t’associant à eux, c’est cela que tu apporteras au milieu d’eux. As-tu besoin de jouir de cette lumière, pourvu que tu la répandes ? Est-il nécessaire que tu sentes vibrer en toi mon amour, pourvu que tu le donnes ? Faut-il que tu goûtes intégralement les béatitudes de ma présence, pourvu que tu lui serves d’intermédiaire auprès de tous ? »

Que Ta volonté soit faite, Seigneur, intégralement !

Elle est mon bonheur et ma loi.

Le 17 janvier 1915

Maintenant, Seigneur, les choses sont changées. Le temps du repos et de la préparation est passé. Tu as voulu que, de serviteur passif et contemplatif, je devienne serviteur actif et réalisateur ; Tu as voulu que l’acceptation joyeuse soit transformée en combat joyeux, et que dans un effort constant et héroïque contre tout ce qui s’oppose dans le monde à l’accomplissement de Ta loi dans son expression actuellement la plus pure et la plus haute, je retrouve le même équilibre paisible et immuable, qui se possède dans la soumission à Ta loi telle qu’elle s’accomplit à présent, c’est-à-dire sans entrer en lutte directe avec tout ce qui s’oppose à elle, tirant de toute circonstance le meilleur et agissant par la contagion, l’exemple, l’infusion lente.

Dans un combat partiel et limité, mais représentatif de la grande lutte terrestre, Tu mets à l’épreuve ma puissance, ma décision et mon courage, pour voir si je puis être vraiment Ton serviteur. Si le résultat de la bataille montre que je suis digne d’être l’intermédiaire de Ton action régénératrice, alors Tu étendras le champ d’action. Et si je me montre toujours à la hauteur de ce que Tu attends de moi, un jour viendra, Seigneur, où Tu seras sur la terre, et la terre tout entière se lèvera contre Toi. Mais Tu prendras la terre dans Tes bras et la terre sera transformée.

Le 18 janvier 1915

Seigneur, écoute ma prière…

En moi Tu es tout-puissant, souverain Maître de ma destinée, conducteur de ma vie, vainqueur de tous les obstacles, triomphateur des volontés préconçues et des partis pris du mental. Peut-être pour être toutpuissant au dehors, as-Tu besoin de l’intermédiaire de mon mental organisateur et formateur des moyens d’action ; mais si Tu peux rendre l’instrument parfait, comment douter que l’œuvre s’accomplisse! Il faut chasser bien loin toutes les ombres mauvaises qui suggèrent le contraire, et, pleine d’une inébranlable confiance dans Ton infinie miséricorde, je T’adresse cette prière :

Transforme Tes ennemis en amis,

Change l’obscurité en lumière,

Que dans cette lutte héroïque et immense, dans cette lutte sublime de l’amour contre la haine, de la justice contre l’injustice, de l’obéissance à Ta suprême loi contre la révolte, je puisse peu à peu rendre l’humanité digne d’une paix plus sublime encore, où toutes les dissensions intestines ayant cessé, l’effort humain tout entier s’unisse pour atteindre à la réalisation de plus en plus parfaite et intégrale de Ta divine volonté et de Ton progressif idéal.

Le 24 janvier 1915

Seigneur, je suis restée longuement silencieuse devant Toi, dans une de ces prosternations intérieures pleines d’ardente adoration et qui aboutissent à une suprême identification… Et comme toujours Tu m’as dit : «   Tourne ton regard vers la terre. » Et j’ai vu tous les chemins largement ouverts et rayonnants d’une lumière calme et pure.

Dans une muette adoration, tout imprégnée de Ta volonté, je me suis tournée vers la terre.

Le 15 février 1915

Seigneur de Vérité, par trois fois je T’ai invoqué avec une grande ferveur, implorant Ta manifestation.

Puis selon son habitude, l’être intégral T’a fait son entière soumission. À ce moment la conscience a perçu l’être individuel, mental, vital et physique, qui était entièrement recouvert de poussière et cet être s’est prosterné devant Toi, le front touchant la terre, poussière dans la poussière, en Te disant : « Ô Seigneur, cet être fait de poussière se prosterne devant Toi demandant à être consumé du feu de la Vérité afin de ne plus manifester que Toi. » Alors Tu lui as dit : « Lève-toi, tu es pur de toute poussière. » Et d’un seul coup, subitement, toute la poussière s’est détachée comme un manteau qui tombe à terre, et l’être parut debout, tout aussi substantiel, mais resplendissant d’une éblouissante lumière.

À bord du Kamo Maru. Le 3 mars 1915

C’est l’âpre solitude… et toujours cette forte impression d’avoir été précipitée, tête baissée, dans un enfer d’obscurité. À aucun moment de ma vie, dans aucune circonstance, jamais il ne m’a semblé vivre dans un milieu aussi totalement contraire à tout ce dont j’ai conscience comme vrai, à tout ce qui est l’essence même de ma vie. Parfois lorsque l’impression et le contraste se font particulièrement intenses, je ne puis éviter que la soumission intégrale se teinte de mélancolie, et que le calme et muet colloque avec le Maître intérieur se transforme pour un instant en une invocation presque suppliante : « Qu’ai-je fait, Seigneur, pour que Tu me jettes ainsi dans la sombre nuit? » Mais de suite, l’aspiration se fait plus ardente : «   Épargne à cet être toute défaillance, permets qu’il soit l’instrument docile et clairvoyant de Ton œuvre quelle qu’elle soit. »

Pour le moment la clairvoyance manque : jamais l’avenir ne fut plus voilé. Il semble que nous nous avancions vers un mur haut et impénétrable pour tout ce qui concerne les destinées individuelles. Quant aux destinées nationales et terrestres, elles apparaissent plus nettement. Mais de celles-là, il est inutile de parler : l’avenir les révélera clairement aux yeux de tous, même des plus aveugles.

Le 4 mars 1915

Toujours l’âpre solitude… mais elle n’est pas douloureuse, au contraire. En elle se révèle plus clairement l’infini et pur amour dans lequel la terre entière est immergée. Par cet amour, tout vit et s’anime; les pires ombres deviennent comme translucides pour laisser passer ses effluves, et la plus intense douleur se transforme en puissante félicité.

Chaque tour d’hélice sur l’océan profond semble m’entraîner plus loin de ma destinée véritable, de celle qui exprime le mieux le Vouloir divin ; chaque heure qui passe semble me replonger davantage dans ce passé avec lequel j’avais rompu, certaine d’être appelée à de nouvelles et plus vastes réalisations ; tout paraît me tirer en arrière vers un état de choses totalement contraire à la vie de mon âme qui règne incontestée sur les activités extérieures ; et, malgré la tristesse apparente de la situation individuelle, la conscience est si fortement établie dans un monde qui déborde de toutes parts les limites personnelles, que l’être entier exulte dans une constante perception de puissance et d’amour.

Demain, dans le fait matériel, est obscur et illisible; aucune lumière, si faible soit-elle, ne révèle à mon regard confondu l’indication, la présence du Divin. Mais quelque chose dans la conscience profonde se tourne vers l’Invisible et Souverain Témoin et lui dit : «   Tu me plonges, Seigneur, dans les plus opaques ténèbres ; c’est donc que Tu as établi en moi si fortement Ta lumière que Tu sais qu’elle résistera à cette périlleuse épreuve. M’aurais-Tu choisie pour descendre dans le tourbillon de cet enfer comme Ton porte-flambeau ? Jugerais-Tu que mon cœur est assez fort pour ne pas défaillir, ma main assez ferme pour ne pas trembler ? Et pourtant l’être individuel se sait impuissant et faible; lorsque Tu ne manifestes pas Ta Présence, il est plus démuni que la majorité de ceux qui T’ignorent ou Te négligent. En Toi seul est sa force et sa capacité. S’il Te plaît de Te servir de lui, rien ne sera trop difficile à accomplir, aucune tâche trop vaste et complexe. Mais si Tu Te retires, il ne reste plus qu’un pauvre enfant capable seulement de se blottir dans Tes bras, et de s’y endormir de ce doux sommeil sans rêves où plus rien n’existe que Toi. »

Le 7 mars 1915

Il est passé le temps du doux silence mental, si paisible et si pur, à travers lequel se faisait sentir la volonté profonde qui s’exprimait dans sa toute-puissante vérité. Maintenant la volonté ne se perçoit plus et le mental redevenu nécessairement actif, analyse, classe, juge, choisit, réagit constamment, comme agent transformateur, sur tout ce qui s’impose à l’individualité élargie au point d’être en rapport avec un monde infiniment vaste, complexe et mélangé d’ombre et de lumière comme tout ce qui appartient à la terre. C’est l’exil hors de tous les bonheurs spirituels, et, de toutes les épreuves, Seigneur, c’est certes la plus douloureuse que Tu puisses imposer. Surtout le retrait de la Volonté qui semble être un signe de si totale désapprobation. Forte est l’impression croissante du rejet ; il faut toute l’ardeur d’une foi inlassable pour que la douleur n’envahisse pas irrémédiablement la conscience extérieure ainsi abandonnée à elle-même…

Mais elle ne veut pas désespérer, elle ne veut pas croire au malheur irréparable; elle attend avec humilité, dans l’effort et la lutte obscurs et cachés, que le souffle de Ta joie parfaite la pénètre à nouveau. Et, peut-être, chacune de ses modestes et secrètes victoires est-elle une aide véritable apportée à la terre…

S’il était possible de sortir définitivement de cette conscience extérieure, de se réfugier dans la conscience divine… Mais cela Tu l’as interdit, et Tu l’interdis constamment : pas de fuite hors du monde; le fardeau d’ombre et de laideur doit être porté jusqu’au bout, même si l’aide divine semble s’être retirée; au sein de la nuit il faut rester et marcher, même sans boussole, sans phare, sans guide intérieurs…

Je ne veux même pas implorer Ta miséricorde, car ce que Tu veux pour moi, je le veux aussi ; et toute mon énergie se tend uniquement pour avancer, avancer toujours, un pas après l’autre, malgré la profondeur des ténèbres et les obstacles du chemin ; quoiqu’il arrive, Seigneur, c’est avec un amour fervent et invariable que Ta décision sera accueillie. Et même si Tu as trouvé l’instrument impropre à Te servir, l’instrument ne s’appartient plus, il est Tien… Tu peux le détruire ou le magnifier ; mais lui n’existe pas en lui-même et ne veut et ne peut rien sans Toi…

Le 8 mars 1915

D’une façon générale, l’état est celui d’une calme et profonde indifférence; l’être n’éprouve ni désir ni répulsion, ni enthousiasme ni dépression, ni joie ni peine. Il regarde la vie comme un spectacle auquel il ne prendrait que la plus petite part ; il perçoit les actions et les réactions, les conflits de forces, comme à la fois appartenant à son être qui déborde de toutes parts la petite individualité passagère, et tout à fait étrangers à cette individualité.

Mais de temps en temps un grand souffle passe, un grand souffle fait de douleur, d’angoissant isolement, de pauvreté spirituelle; on dirait l’appel désespéré de la terre abandonnée par le Divin… et c’est une peine silencieuse autant que cruelle, soumise, sans révolte, une peine sans désir de l’éviter ou d’en sortir et pleine d’une infinie douceur où se joignent étroitement la souffrance et la félicité; quelque chose d’infiniment vaste, grand, profond ; trop grand et trop profond peut-être pour être compris des hommes… quelque chose qui contient le germe de demain…

Lunel, Le 19 avril 1915

Un besoin impérieux m’a poussée à reprendre ce confident de mes recherches et de mes efforts d’âme.

Toutes les circonstances extérieures sont changées, venant donner un net démenti au rêve d’idéal qui voulait être vécu jusque dans les activités matérielles. L’heure n’est pas encore venue pour les joyeuses réalisations dans le fait physique extérieur. L’être corporel est replongé dans la terne et monotone nuit dont il avait voulu s’extraire trop hâtivement ; et Ta volonté réalisée, Seigneur de Vérité, est venue dire au mental constructeur : «   Tu ne conçois pas que cela soit vrai, et pourtant cela est. » Le mental, de bonne grâce, a reconnu qu’il s’était trompé et a fait sa soumission parfaite à tout ce que Tu veux qui soit. L’être vital est tranquillement satisfait en toutes les circonstances. Le sentiment vit dans une paix égale et pure; tout l’être est inondé de Ta vaste, Ton éternelle lumière; Ton amour le pénètre et l’anime. Et pourtant l’impression que le fait extérieur est un mensonge ne s’est pas effacée, et le corps, malgré son incontestable bonne volonté, est si profondément secoué qu’il n’arrive pas à rattraper son équilibre de santé.

Toute la vie terrestre de cet être, depuis son début jusqu’à la minute présente, lui fait l’effet d’un rêve irréel, très loin de lui, n’ayant presque plus aucun contact avec lui ; tout ce mécanisme extérieur n’est plus qu’une mécanique qu’il fait mouvoir parce que telle est la volonté de sa Réalité centrale, mais qui ne l’intéresse pas plus, peut-être même moins parfois, que le mécanisme voisin, ou même le mécanisme inconnu, le produit de la terre de demain. Mais cette terre elle-même lui est étrangère, et, comme il n’a pas conscience d’autre chose, sauf de l’Éternel Silence, toute vie en forme lui paraît lointaine et presque irréelle; il lui semble étrange qu’on puisse désirer quelque chose puisqu’elle n’est pas, ou préférer une chose à une autre puisqu’aucune ne sont. Mais en même temps il ne voit pas pourquoi il se refuserait à un acte quel qu’il soit, puisqu’ils sont tous également irréels, et il ne sent nulle nécessité de fuir un monde qui n’est pas et ne saurait être un fardeau, puisque son existence est tellement inexistante.

Le tout donne une sorte d’impression de vide qui serait plein d’une lumière, d’une paix, d’une immensité, échappant à toute forme et à toute définition. C’est le néant, mais un néant qui est réel et qui peut durer éternellement, car il est, tout en ayant l’immensité parfaite de ce qui n’est pas… Pauvres mots qui s’essayent à dire ce que le silence même ne saurait exprimer.

L’état qui essaie ainsi de se définir en termes maladroits, s’est installé progressivement depuis quelques semaines, et, chaque jour qui passe l’établit de façon plus définitive, plus profonde, pour ainsi dire plus irrémédiable. Sans l’avoir voulu, cherché ni désiré, l’être s’enfonce en lui de plus en plus, perdant de plus en plus aussi conscience de lui-même, dans une Conscience qui n’est plus individuelle, et dont l’immobilité est inexprimable; dans une Conscience dont il n’est plus possible de se distinguer.

Le 24 mai 1915

Un jour, Seigneur, Tu appris à mon mental qu’il pouvait agir pleinement comme moyen de manifestation de Ta divine vérité, comme intermédiaire de Ton éternelle volonté, sans être limité dans ses constructions réalisatrices par le champ étroit des possibilités de l’être extérieur.

Jusque-là ce mental, sauf de rares exceptions, avait l’habitude de ne sortir de la muette extase, de la silencieuse contemplation devant Ton inexprimable infini que pour concentrer son effort sur le centre d’action représenté par l’être extérieur ; et c’était une sorte d’esclavage dans un cadre trop étroit ; il y avait contradiction entre les puissances de réalisation mentale et l’instrument à travers lequel elles s’efforçaient de se faire jour ; le résultat le plus immédiat était le gaspillage et la limitation des énergies mentales, qui, ne trouvant pas satisfaction dans l’activité, retournaient tout naturellement à l’immersion en Ton éternité.

Soudainement Tu as mis fin à ce désordre; Tu as libéré le mental de sa dernière entrave; Tu lui as appris à être actif librement à travers toutes les formes et non plus exclusivement en celles qu’il considérait jusque-là comme siennes, c’est-à-dire comme son moyen naturel d’expression.

L’être vital avait depuis longtemps déjà réalisé cette libération et savait vivre la plénitude des sensations et des émotions en toutes les formes capables de manifester la vie. Mais l’être mental n’avait pas appris encore à animer, à organiser, à illuminer consciemment toutes les vies indifféremment. Tu as fait tomber les barrières, Tu lui as ouvert les portes de Ton infinie manifestation.

En peu de jours la conquête nouvelle s’est affermie, affirmée. Et ce que Tu attends du centre de conscience que mon être intégral constitue actuellement sur terre, s’est développé clairement devant lui : Être la vie en toutes les formes matérielles, la pensée organisant et utilisant cette vie en toutes les formes, l’amour élargissant, éclairant, intensifiant, unissant tous les éléments divers de cette pensée, et ainsi, par une identification totale avec le monde manifesté, pouvoir intervenir avec toute-puissance dans ses transformations.

D’autre part, par la soumission parfaite au Principe Suprême, devenir consciente de la Vérité, et de la Volonté éternelle qui la manifeste. Étant, par cette identification, le serviteur fidèle et l’intermédiaire sûr de la divine Volonté, et unissant cette identification consciente du Principe à l’identification consciente de son devenir, pétrir, modeler consciemment l’amour, le mental et la vie du devenir selon la Loi de Vérité du Principe.

C’est ainsi que l’être individuel peut être l’intermédiaire conscient entre la Vérité absolue et l’univers manifesté, et intervenir dans la marche lente et incertaine du Yoga de la nature pour lui donner le caractère rapide, intense et sûr du Yoga divin.

C’est ainsi, qu’à certaines époques, la vie terrestre intégrale semble franchir miraculeusement des étapes, qui, en d’autres temps, demanderaient des millénaires pour être parcourues.

Actuellement, Seigneur, l’état de soumission parfaite et consciente à Ta volonté éternelle est, autant que je peux savoir, constant, invariable derrière tout acte, tout mouvement, mental, vital ou matériel. Ce calme imperturbable, cette félicité profonde, paisible, invariable, qui ne me quittent pas, n’en sont-ils point la preuve?

L’identification passive, c’est-à-dire réceptive, avec la vie, la pensée et l’amour, en toutes les formes manifestées, est un fait accompli et qui paraît la conséquence inévitable de la soumission à la Vérité pure.

Mais les moments où la conscience est effectivement la vie animant et pétrissant toutes les formes matérielles, l’intelligence organisant la vie, et l’amour illuminant l’intelligence, d’une façon active et pleinement consciente, à la fois dans l’ensemble et le moindre détail, dans un sens d’infinie plénitude et de pouvoirs précis, sont encore intermittents, quoique se faisant de plus en plus fréquents et durables.

C’est à ces moments-là que les deux consciences sont simultanées et se fondent en une seule, presque indescriptible, inexprimable, où s’unissent l’Immuable Éternité et l’Éternel Mouvement. C’est à ces momentslà que l’œuvre actuelle commence à s’accomplir.

Marsillargues, Le 31 juillet 1915

Faut-il, jouant le jeu du serviteur, de l’instrument, me tourner vers Toi, Seigneur, et T’adresser un hymne d’adoration ; faut-il, m’identifiant à Toi dans la Réalité éternelle et la Béatitude infinie, parler aux hommes de la paix et de la joie qu’ils ignorent… Les deux attitudes sont simultanées, les deux consciences sont parallèles, et, dans cette étroite et indissoluble union, se trouve la Plénitude.

Les Cieux sont conquis définitivement, et rien, ni personne, n’aurait le pouvoir de me les retirer. Mais la conquête de la terre est encore à faire; elle se poursuit au sein de la tourmente; et, même atteinte, elle ne sera encore que relative; les victoires dans ce monde ne sont que des étapes menant progressivement vers des victoires plus glorieuses encore; et ce que Ta Volonté fait concevoir à mon esprit comme le but à atteindre, la conquête à réaliser, n’est qu’un simple élément de Ton plan éternel ; mais, dans la parfaite union, je suis ce plan et cette Volonté, et je goûte la félicité suprême de l’infini, tout en jouant avec ardeur, précision, énergie, dans le monde de la division, le jeu spécial que Tu m’as confié.

Ta puissance en moi est comme la source féconde et forte qui gronde derrière le rocher, accumulant ses énergies pour briser l’obstacle et jaillir librement à l’extérieur, se déversant sur la plaine pour la féconder. Quelle sera l’heure de ce jaillissement? Lorsque le moment sera venu, elle jaillira, et le temps n’est rien dans l’Éternité. Mais quels mots pourront dire l’immensité de joie apportée par cette accumulation intérieure, cette concentration profonde, de toutes les forces dociles à la manifestation de Ta Volonté de demain, se préparant à déferler sur le monde, noyant dans leurs flots souverains tout ce qui s’obstine à vouloir être toujours l’expression de Ta volonté d’hier, afin de prendre possession de la terre en Ton Nom et de Te l’offrir comme une image plus complète de Toi-même.

Tu as dit que la terre mourrait, et elle mourra à ses vieilles ignorances.

Tu as dit que la terre vivrait, et elle vivra dans le renouveau de Ta Puissance.

Quels mots diront jamais la splendeur de Ta Loi et la magnificence de Ta Gloire! Quels mots exprimeront la perfection de Ta Conscience et la félicité infinie de Ton Amour!

Quels mots chanteront Ta Paix ineffable et célébreront la majesté de Ton Silence et la grandeur de Ta toute-puissante Vérité!

Tout l’univers manifesté ne suffit point à dire Tes splendeurs et à raconter Tes merveilles, et dans l’éternité du temps, c’est à cela qu’il s’essaie de plus en plus, de mieux en mieux, éternellement.

Paris, Le 2 novembre 1915

(Après quelques moments consacrés à ranger des objets familiers.)

Comme une forte brise courant sur la mer couronne d’écume ses innombrables vagues, ainsi un grand souffle passant sur la mémoire réveilla la multitude des souvenirs. Le passé intense, complexe, touffu, revécut en un éclair, sans avoir rien perdu de sa saveur, de sa richesse.

Puis tout l’être fut soulevé d’un grand élan d’adoration ; et rassemblant tous ses souvenirs comme une abondante moisson, c’est à Tes pieds, Seigneur, qu’il les déposa en offrande.

Car à travers toute sa vie, sans le savoir ou en le pressentant, c’est Toi qu’il a cherché; dans toutes ses passions, tous ses enthousiasmes, tous ses espoirs et toutes ses déceptions, toutes ses souffrances et toutes ses joies, c’est Toi qu’il voulait ardemment. Et maintenant qu’il T’a trouvé, maintenant qu’il Te possède dans la Paix et la Félicité suprêmes, il s’émerveille qu’il ait fallu tant de sensations, d’émotions, d’expériences pour Te découvrir.

Mais tout cela qui fut une lutte, une tourmente, un effort perpétuel, est devenu, par la grâce souveraine de Ta Présence consciente, une fortune inestimable dont l’être se réjouit de pouvoir Te faire don. La flamme purificatrice de Ton illumination en a fait des joyaux de prix déposés comme un vivant holocauste sur l’autel de mon cœur.

Les erreurs sont devenues des échelons et les recherches aveugles des conquêtes. Ta gloire transforme les défaites en victoires d’éternité, et toutes les ombres ont fui devant Ta radieuse clarté.

C’est Toi qui fus le mobile et le but, c’est Toi qui es l’ouvrier et l’œuvre.

L’existence individuelle est le cantique perpétuellement renouvelé que l’univers adresse à Ton inconcevable Splendeur.

Le 7 novembre 1915

, 3 heures.

En dehors de tout signe extérieur, de toute circonstance particulière, les minutes s’écoulaient si majestueusement, dans un si solennel silence intérieur, un calme si profond et si vaste, que les larmes ont coulé abondamment. Depuis deux jours on dirait que la terre traverse une crise décisive; il semble que la grande, la formidable partie qui se joue entre les résistances matérielles et les puissances spirituelles, est proche d’une conclusion, ou en tout cas, qu’un élément d’une importance capitale a fait, ou va faire, son apparition dans le jeu.

Que les individualités comptent peu à de semblables heures ! Elles sont comme des fétus de paille emportés par le souffle qui passe, tournoyant un instant au-dessus du sol, pour y être rejetés ensuite et réduits en poussière. Et les individualités, qui se sentent ainsi si précaires, si dépourvues d’importance, souffrent et gémissent, agonisent douloureusement. Pour elles, l’attente même est une menace perpétuelle, tout parle de dangers et de destructions…

Mais quelle grandeur, quelle beauté souveraine se trouvent au fond de cette angoisse extérieure toute faite d’étroit égoïsme; quelle splendeur contient cette attente, religieuse à force de recueillement, dès que les limites de l’aveuglement personnel sont tombées et que la conscience individuelle a pris son essor dans l’immensité pour s’unir à Ta conscience éternelle.

Le monde douloureux s’est agenouillé devant Toi, Seigneur, en muette supplication ; la matière torturée se blottit à Tes pieds, son dernier, son unique refuge; et en T’implorant ainsi, elle T’adore, Toi qu’elle ne connaît ni ne comprend ! Sa prière s’élève comme le cri d’un agonisant ; ce qui disparaît sent confusément la possibilité de revivre en Toi ; la terre attend Ton arrêt dans une prosternation grandiose. Écoute, écoute : sa voix T’implore et Te supplie… Quel sera Ton décret, quelle est Ta sentence? Ô Seigneur de vérité, le monde individuel bénit Ta vérité qu’il ignore encore, mais qu’il appelle, et à laquelle il adhère de toute l’énergie joyeuse de ses forces vives.

La mort a passé vaste et solennelle et tout s’est tu religieusement durant son passage.

Une beauté surhumaine a paru sur la terre.

Quelque chose de plus merveilleux que la plus merveilleuse félicité a fait pressentir sa Présence.

Le 26 novembre 1915

La conscience tout entière étant immergée dans la contemplation divine, l’être intégral jouissait d’une suprême et vaste félicité.

Puis le corps physique fut saisi, d’abord dans ses membres inférieurs, ensuite dans sa totalité, par un tremblement sacré qui fit tomber peu à peu, même dans la sensation la plus matérielle, toutes limites personnelles. L’être s’agrandit progressivement, méthodiquement, rompant toute barrière, brisant tout obstacle pour contenir et manifester une Force, une Puissance croissant sans cesse en immensité et en intensité; c’était comme une dilatation progressive des cellules jusqu’à la complète identification avec la terre : le corps de la conscience éveillée était le globe terrestre se mouvant harmonieusement dans l’espace éthéré. Et la conscience savait que son corps globaire se mouvait ainsi dans les bras de la Personnalité universelle et elle se donnait, s’abandonnait à Elle dans une extase de paisible félicité. Alors la conscience sentit que son corps était absorbé dans le corps de l’univers et ne faisait plus qu’un avec lui et la conscience devint la conscience de l’univers, immobile en sa totalité, mouvant infiniment en sa complexité interne. La conscience de l’univers s’élança vers le Divin dans une ardente aspiration et une soumission parfaite et elle vit, dans la splendeur de la Lumière Immaculée, l’Être resplendissant debout sur un serpent à multiples têtes dont le corps s’enroulait infiniment autour de l’univers. Et l’Être dans un geste éternel de triomphe maîtrisait et créait à la fois le serpent et l’univers issu de lui : dressé sur le serpent, il le dominait de toute sa puissance victorieuse, et le même geste qui foudroyait l’hydre enveloppant l’univers le faisait naître éternellement. Alors la conscience, devenue cet Être, perçut que sa forme changeait encore une fois, absorbée dans quelque chose qui n’était plus une forme et qui contenait toutes les formes, quelque chose qui, immuable, voit, l’Œil, le Témoin. Et ce que Cela voit, est. Puis le dernier vestige de forme disparut et la conscience elle-même fut absorbée dans l’Inexprimable, l’Indicible.

Le retour vers la conscience du corps individuel se fit très lentement dans une constante et invariable splendeur de Lumière, de Puissance, de Félicité et d’Adoration, par gradations successives, mais directement, c’est-à-dire sans passer de nouveau par les formes universelle et terrestre. Et ce fut comme si la modeste forme corporelle était devenue le revêtement direct et immédiat — sans intermédiaire — de l’Éternel et Suprême Témoin.

1916




Le 15 janvier 1916

Ô Toi que je puis appeler mon Dieu, Toi qui es la forme personnelle de l’Éternel Transcendant, Cause, Source et Réalité de mon être individuel, Toi qui, à travers les siècles, les millénaires as lentement, subtilement pétri cette matière, pour qu’un jour elle puisse consciemment s’identifier à Toi, n’être plus que Toi, Toi qui m’es apparu dans toute Ta splendeur divine — cet être individuel avec toute sa complexité s’offre à Toi dans un acte d’adoration suprême; tout entier il aspire à s’identifier à Toi, à être Toi, être Toi éternellement, à s’immerger à jamais dans Ta Réalité. Mais est-il prêt pour cela ? Ton œuvre est-elle totalement accomplie? Ne contient-il plus aucune ombre, aucune ignorance, aucune limitation ? PourrasTu enfin prendre définitivement possession de lui et dans la plus sublime, la plus intégrale transformation, l’extraire à jamais du monde de l’Ignorance pour le faire vivre dans le monde de la Vérité?

Ou plutôt Tu es moi-même dépouillée de toute erreur et de toute limitation. Suis-je devenue ce vrai « moi » intégralement dans tous les atomes de l’être? Effectueras-Tu une foudroyante transformation ou sera-ce encore une action lente, où cellule après cellule doit être arrachée à sa nuit et à sa limite?…

Tu es le Souverain prêt à prendre possession de Ton royaume; ne trouves-Tu pas Ton royaume encore assez prêt pour Te l’associer définitivement, pour faire corps avec lui ?

Le grand miracle de la Vie Divine intégrale et individuelle va-t-il enfin être accompli ?

Le 22 janvier 1916

Tu as pris possession intégralement de ce misérable instrument, et s’il n’est pas encore assez perfectionné pour que Tu puisses parachever sa transformation, sa transmutation, Tu es à l’œuvre dans chacune de ses cellules pour le pétrir, l’assouplir, l’éclairer, et dans l’ensemble de l’être pour le classer, l’organiser, l’harmoniser; tout est en mouvement, tout est en changement ; Ta divine action se fait sentir, comme une inexprimable source de feu purificateur, circulant à travers tous les atomes. Et cette source a apporté dans l’être une extase plus merveilleuse que toutes celles qu’il avait jamais senties : ainsi à Ton action répond l’aspiration de ce sur quoi Tu travailles et cette aspiration est d’autant plus ardente que l’instrument s’est vu tel qu’il est dans toute son infirmité!

Ô Seigneur, je T’implore : hâte le jour béni où le divin miracle s’accomplira, hâte le jour de la réalisation du Divin sur la terre.

Le 23 janvier 1916

Ô Toi divin habitant de cette forme grossière, Tu vois qu’elle est un amoncellement de limites : ne veux-Tu pas briser toutes ces limites afin qu’elle puisse participer à Ton infini ? Tu vois qu’elle est pleine d’obscurités : ne veux-Tu pas, de Ta lumière resplendissante, dissoudre ces obscurités, afin qu’elle puisse participer à Ta clarté? Tu vois qu’elle est chargée d’ignorantes impuretés : ne veux-Tu pas, de Ton feu d’amour dévorant, consumer toutes ces impuretés, afin que l’être dans son intégralité puisse ne faire plus qu’un, en toute conscience avec Toi?

Ne trouves-Tu pas que, pour la terre et l’humanité, cette sombre et douloureuse expérience d’égoïste séparativité, a assez duré? Dans l’univers, l’heure n’at-elle pas sonné où cette phase de développement pourra être remplacée par une autre, dominée par la pure et vaste conscience de Ton Unité?

Sans arrêt, à chaque instant, mon invocation s’élève vers Toi, et je T’appelle : Seigneur, Seigneur, prends possession de Ton royaume, illumine-le de Ton éternelle Présence, fais cesser la cruelle erreur dans laquelle il vit en se croyant séparé de Toi, alors que, dans sa réalité et son essence, il est Toi-même.

Brise, brise les dernières résistances, consume les dernières impuretés, foudroie cet être s’il le faut, mais qu’il soit transfiguré!

Tokyo, Le 7 juin 1916

De longs mois se sont écoulés où rien ne pouvait être dit, car ce fut une période de transition, de passage d’un équilibre à un autre, plus vaste et plus complet. Les circonstances extérieures furent multiples et nouvelles, comme si l’être avait besoin d’accumuler beaucoup de perceptions et d’observations pour donner une base plus étendue et complexe à son expérience. Mais, tout entier dans cette expérience, il n’avait pas le recul nécessaire pour la voir dans son ensemble, savoir ce qu’elle était et surtout vers quoi elle tendait.

Subitement, le 5 juin, le voile s’est déchiré, et la lumière s’est faite dans la conscience.

Lorsque je T’ai contemplé sous Ta forme individuelle, Seigneur d’éternité, et que je T’ai imploré pour que Tu prennes possession de Ton royaume de chair, Tu as remis en mouvement, en activité, cette forme vitale, qui, pour les nécessités du développement et de l’unification, vivait depuis des années dans une passivité réceptive et harmonieuse, mais étrangère à toute manifestation active de Ta volonté.

Cette remise en activité impliquait toute une nouvelle adaptation de l’instrument vital, car sa tendance naturelle est toujours de se remettre en action avec ses habitudes et ses modes anciens. Cette période d’adaptation fut longue, pénible, parfois obscure, quoique, par derrière, la perception de Ta Présence et la parfaite soumission à Ta Loi soient immuables et assez fortement conscientes pour qu’aucun trouble ne puisse ébranler l’être.

Petit à petit, l’être vital s’est habitué à retrouver l’harmonie dans l’action la plus intense, comme il l’avait trouvée dans la soumission passive. Et une fois que cette harmonie a été suffisamment instituée, la lumière s’est faite de nouveau dans toutes les parties de l’être, et la conscience de ce qui s’est passé est devenue complète.

Maintenant au sein de l’action, l’être vital a retrouvé la perception de l’Infini et de l’Éternité. Il peut apercevoir et vivre Ta Beauté Suprême à travers toutes les sensations et toutes les formes. Dans chaque sensation même, étendue, active, pleinement développée à éprouver les sensations contraires au même moment, toujours il Te perçoit.

Il n’ignore pas pourtant que ce n’est qu’une étape et s’incline devant Toi en profonde adoration pour Te dire : «   Seigneur, Tu as repris Ton instrument en main et as voulu l’utiliser pour l’action. L’instrument connaît son imperfection et son impureté, et implore de Ta Miséricorde qu’Elle le perfectionne et le purifie, afin que, de jour en jour, il puisse, dans une disparition progressive de toutes ses préférences et de toutes ses limites, Te manifester plus intégralement. »

Le 28 novembre 1916

Tu m’as fait relire ces balbutiements d’enfant car ce sont les essais maladroits d’expression d’un mental encore en bas âge et tout cela m’a paru loin, très loin, revêtu du charme et de la pureté des expériences de l’enfance candide et enthousiaste. Et pourtant devant Toi, Seigneur éternel, je n’ai point vieilli et je ne suis pas plus avancée; l’expression d’aujourd’hui ne sera pas supérieure à celle d’autrefois. Le mental est toujours aussi pauvre et maladroit. Et qu’aurait-il de si remarquable à exprimer? Aucune expérience sensationnelle : toutes les expériences paraissent maintenant simples et naturelles. Aucune idée nouvelle puissante ou exceptionnelle, aucune de ces idées qui vous remplissent de la joie de la découverte : toutes les idées, sous quelque forme qu’elles se présentent, paraissent maintenant de vieilles connaissances à qui on fait un salut amical en passant, mais de qui on n’attend plus rien d’imprévu. Aucune analyse psychologique, scrupuleuse et détaillée, découvrant quelque repli interne encore inexploré : les complications internes n’existent plus en elles-mêmes; elles sont les reflets fidèles et impartiaux de tous les mouvements psychologiques environnants ; et décrire ce qui se passe dans l’être serait à la fois touffu et monotone comme de décrire le monde dans ses tâtonnements, ses errements, presque exclusivement subconscients.

Pauvreté, pauvreté! Tu m’a placée dans un désert aride et dénudé, et pourtant ce désert m’est doux comme tout ce qui vient de Toi, Seigneur. Dans cette grisaille terne et incolore, dans cette lumière cendrée, sans éclat, je goûte la saveur des espaces infinis; la brise 350 pure du large, le souffle puissant des libres hauteurs remplissent toujours mon cœur et pénètrent ma vie; toutes les barrières sont tombées, au-dedans et autour de moi ; et je me sens comme l’oiseau ouvrant ses ailes pour un essor incontesté. Mais l’oiseau reste perché sur le rocher, les ailes éployées dans le ciel gris ouaté, attendant pour s’élancer que survienne quelque chose qu’il attend sans le connaître. N’ayant plus de lien qui enchaîne son vol, il ne songe plus à s’envoler. Conscient de sa liberté, il n’en jouit point, et reste comme les autres, parmi les autres, posé sur le sol au sein du sombre et dense brouillard.

Le 4 décembre 1916

Puisque Tu l’as permis, Seigneur, je recommence à venir Te retrouver quotidiennement en m’extrayant pendant quelques courts instants d’une activité dont je connais, tout en la faisant, la complète relativité. Tu m’avais replongée dans l’action et la conscience ordinaire, et maintenant Tu m’accordes de pouvoir régulièrement reprendre mon essor vers Toi, pour planer un peu dans l’immuable Silence et la Conscience éternelle.

Tu as voulu, Seigneur, que l’être s’élargisse, s’agrandisse. Il ne pouvait le faire sans rentrer, au moins partiellement et temporairement, dans l’ignorance et l’obscurité.

C’est cette ignorance et cette obscurité qu’il vient déposer à Tes pieds maintenant comme la plus modeste des épreuves. Je ne Te demanderai pas de m’octroyer de façon continue la Conscience que Tu m’accordes en ces moments de paisible et pure communion. Je Te demanderai seulement de rendre ces moments-là encore plus paisibles et plus purs, de fortifier et d’éclairer la conscience toujours plus, afin qu’elle puisse retourner vers son ouvrage quotidien avec une force et une connaissance renouvelées.

Tu me rappelles par ces courts instants d’identification extatique que le pouvoir de m’unir à Toi consciemment Tu me l’as accordé. Et la divine et musicale harmonie s’empare de l’être tout entier.

Mais les sons s’unissent dans la tête comme derrière un voile et aucun mot ne sort aujourd’hui de la plume…

Le 5 décembre 1916

Tu m’as accordé la grâce de Ton repos, dans lequel toutes les limites individuelles se dissolvent, dans lequel on est en tout, et plus nettement encore, tout est en soi. Mais le mental, immergé dans cette divine extase, ne peut trouver encore aucun pouvoir d’expression.

(Notation pratique de l’expérience)

«   Tourne-toi vers la terre. » L’habituelle injonction se fit entendre dans le silence de l’immuable identification. Alors la conscience devint celle de l’Un en tout. «   Partout et en tous ceux en qui tu peux voir l’unique, s’éveillera la conscience de cette identité avec le Divin. Regarde »… Ce fut une rue japonaise brillamment illuminée de gaies lanternes pittoresquement agrémentées de couleurs vives. Et à mesure que ce qui était conscient avançait dans la rue, le Divin apparaissait visible en chacun et en tout. Une des légères maisons devint transparente pour laisser voir une femme assise sur le tatami dans un somptueux kimono violet brodé d’or et de couleurs vives. La femme était belle et devait avoir entre trentecinq et quarante ans. Elle jouait sur un samisen doré. À ses pieds se trouvait une jeune enfant. Et dans la femme aussi le Divin fut visible.

Le 7 décembre 1916

Seigneur, c’est à juste titre que je pourrais dire que je n’ai ni Yoga ni vertus, car je suis complètement dépouillée de ce qui fait la gloire de tous ceux qui veulent Te servir. En apparence ma vie est la plus ordinaire et la plus banale qui soit ; et intérieurement qu’est-elle? Rien qu’une calme tranquillité sans variation ni imprévu ; le calme d’un quelque chose qui est réalisé et qui ne se cherche plus, qui n’attend plus rien de la vie et des choses, qui agit sans en escompter aucun profit et en sachant parfaitement que cette action ne lui appartient aucunement, ni dans son impulsion, ni dans son résultat ; qui veut, en ayant conscience que, seule, la Volonté suprême veut en lui ; un calme tout fait d’une incontestable certitude, d’une connaissance sans objet, d’une joie sans cause, d’un état de conscience en soi qui n’appartient plus au temps. C’est une immobilité qui se meut dans le domaine de la vie extérieure, sans pourtant lui appartenir, ni chercher à s’en échapper. Je n’espère rien, n’attends rien, ne désire rien, n’aspire à rien, et par-dessus tout je ne suis rien ; et pourtant le bonheur, un bonheur calme et sans mélange, un bonheur qui s’ignore lui-même et n’a pas besoin de se regarder être, est venu habiter la demeure de ce corps. Ce bonheur c’est Toi, Seigneur, et ce calme c’est Toi, Seigneur, car ce ne sont point des facultés humaines et les sens des hommes ne peuvent ni les apprécier ni les goûter. Ainsi c’est Toi, Seigneur, qui habites ce corps, et c’est pourquoi cette corporelle demeure se trouve si pauvre et si terne pour un si merveilleux occupant.

Le 8 décembre 1916

Tel fut ce matin notre colloque, Seigneur :

Tu éveillas l’être vital avec la baguette magique de Ton impulsion et Tu lui dis : «   Éveille-toi, tends l’arc de ta volonté, car bientôt viendra l’heure de l’action. » Soudain réveillé, l’être vital se souleva, s’étira, et secoua la poussière de sa longue torpeur ; il s’aperçut à l’élasticité de ses membres qu’il était toujours vigoureux et apte à agir. Et c’est avec une ardente foi qu’il répondit au souverain appel : «   Me voici, que veux-Tu de moi, Seigneur? » Mais avant qu’aucune autre parole fût prononcée, le mental intervint à son tour, et, après s’être incliné en signe d’obéissance devant le Maître, lui parla ainsi : «   Tu sais, Seigneur, que je Te suis soumis, et que de mon mieux je tâche d’être l’intermédiaire fidèle et pur de Ta suprême Volonté. Mais lorsque je tourne mon regard vers la terre, je vois que le champ d’action des hommes, quelque grands qu’ils soient, est toujours terriblement réduit. Un homme qui, dans son mental, et même dans son être vital, est vaste comme l’univers, ou au moins comme la terre, dès qu’il se met à agir, est enfermé dans les étroites limites d’une action matérielle, très bornée dans son champ et ses résultats. Qu’il soit fondateur de religion ou transformateur politique, celui qui agit devient une mesquine petite pierre dans l’édifice général, un grain de sable dans l’immense dune des activités humaines. Je ne puis donc voir aucune action réalisable qui vaille que l’être tout entier se concentre sur elle et en fasse sa raison d’être. L’être vital se plaît à l’aventure; mais faut-il le laisser se jeter dans quelque aventure lamentable, indigne d’un instrument conscient de Ta Présence? » — «   Ne crains rien, » fut la réponse. «   Il ne sera permis à l’être vital de se mettre en mouvement, il ne te sera demandé d’apporter tout l’effort de tes facultés organisatrices, que lorsque l’action proposée sera assez vaste et complète pour que toutes les qualités de l’être soient pleinement et utilement employées. Ce que sera exactement cette action, tu le sauras quand elle viendra à toi. Mais je te préviens dès maintenant, pour que tu t’apprêtes à ne pas la repousser. Je te préviens aussi, ainsi que l’être vital, que le temps de la petite vie tranquille, uniforme et paisible, sera passé. Ce sera l’effort, le danger, l’imprévu, l’insécurité, mais aussi l’intensité. Tu fus construite pour ce rôle. Après avoir accepté pendant de longues années de l’oublier complètement, parce que le moment n’était pas venu, et aussi parce que tu n’étais pas prête, maintenant éveille-toi à la conscience que c’est bien véritablement ton rôle, que c’est pour cela que tu fus créée. »

L’être vital, le premier, s’éveilla à la conscience, et, avec l’enthousiasme qui lui est propre, s’écria : « Je suis prêt, Seigneur, Tu peux compter sur moi ! » Le mental, plus faible et timoré, quoi qu’aussi docile, ajouta : « Ce que Tu veux, je le veux. Tu sais bien, Seigneur, que je T’appartiens entièrement. Mais pourrai-je être à la hauteur de la tâche, aurai-je le pouvoir d’organiser ce que l’être vital a la capacité de réaliser? » — « C’est à te préparer à cela que je travaille en ce moment ; c’est pour cela que tu subis une discipline d’assouplissement et d’enrichissement. Ne te mets en peine de rien : le pouvoir vient avec 358 la nécessité. Ce n’est pas parce que, en même temps que l’être vital, tu t’es confinée dans de toutes petites activités alors qu’il était utile qu’il en fût ainsi, pour laisser aux choses qui devaient être préparées le temps de se préparer, ce n’est pas pour cela, dis-je, que tu n’es pas capable de vivre hors de ces petitesses dans un champ d’action en rapport avec ta stature véritable. Je t’ai désignée de toute éternité pour être mon exceptionnel représentant sur la terre, non pas seulement d’une façon invisible et cachée, mais d’une façon apparente aux yeux de tous les hommes. Et ce que tu fus créée pour être, tu le seras. »

Comme toujours, Seigneur, lorsque la voix des profondeurs se fut tue, Ta sublime et toute-puissante bénédiction m’enveloppa intégralement.

Et pour un moment, le Maître et l’instrument ne firent plus qu’un : l’Unique, éternel, infini.

Le 9 décembre 1916

C’est longtemps après être sortie de la contemplation que je me rends compte de ce qu’elle a été.

Encore une fois ce soir je suis entrée dans cet état où la conscience se disperse en une multitude d’éléments divers, centres de conscience individuels et collectifs, pour y accomplir une action ou plutôt autant d’actions que ces éléments en comportent.

Par éclairs, tel ou tel point apparaît subitement de façon précise, puis s’efface pour faire place à un autre. Chaque élément de conscience qui agit est clairement conscient de son action ; mais une conscience d’ensemble paraît être à la fois impossible à cause de l’extrême complexité qu’elle comporterait, et inutile pour l’accomplissement du travail lui-même.

Le 10 décembre 1916

Certaines faiblesses apparentes Te sont parfois plus utiles pour Ton œuvre, Seigneur, qu’une perfection par trop visible. La perfection manifestée paraît ne pouvoir être l’apanage que de celui qui s’est à la fois retiré du monde et de l’œuvre dans le monde. Mais pour celui que Tu as choisi comme un de Tes ouvriers sur terre, je vois bien que certaines faiblesses, certaines imperfections (pourvu qu’elles ne soient qu’apparentes et non réelles), sont à Tes yeux plus utiles, et par conséquent plus parfaites que la perfection même. Et renoncer à la perfection sous sa forme apparente, fait partie d’un intégral renoncement à l’ignorance du soi séparé.

Est-ce pour cela, Seigneur, que Tu ne me donnes que rarement l’extase de la complète identification et de la parfaite conscience?

Je fus gâtée par Toi autrefois : Tu me faisais vivre si constamment en Ta Présence… Mais maintenant il semble que Tu veuilles m’apprendre à connaître l’invariable félicité même dans l’obscurité, et à ne pas avoir de préférence entre la conscience et l’inconscience.

Être, hors de tout désir, plongée dans l’état de ceux qui vivent du désir… étrange!

Mais le plus étrange est que cela me laisse parfaitement calme, paisible et contente, et que dans cette ombre je perçois une grande puissance; et qu’au fond de cette nuit, les sublimes harmonies célestes peuvent aussi être entendues.

Chaque nouveau pas dans Ton Royaume, Seigneur, est une cause nouvelle d’émerveillement !

Le 12 décembre 1916

Mon mental s’est inquiété d’être si constamment tourné vers de si petites choses, de se mouvoir dans un cercle si étroit de pensées pratiques et immédiates.

Il a appris à Te voir en tout, Seigneur, et dans la moindre chose il T’aperçoit et jouit de Toi. Mais tout en jouissant de Toi ainsi et en Te reconnaissant dans les choses et les activités les plus futiles aussi bien que dans les plus vastes et les plus nobles, il se demande pourquoi les unes prévalent sur les autres. Maintes fois il a essayé de réagir contre cette tendance depuis plusieurs mois, mais toujours en vain ; est-ce parce que Tu trouves que c’est bien ainsi, est-ce parce qu’il est incapable d’être autrement ? Il T’a posé la question, et, comme toujours, Ton sourire est venu le réconforter; mais la réponse précise ne s’est point fait entendre.

Maintenant pour ce mental, la moindre chose devient un mystère insondable, et tout est une cause constamment renouvelée d’émerveillement.

Le 14 décembre 1916

Je Te salue, Seigneur, et m’incline devant Toi. Mais je n’écrirai point, car Tu viens de me dire, en réponse à une question concernant la présente méditation : «   Nous avons eu une conversation privée que même tes propres oreilles physiques ne doivent point entendre. »

Le 20 décembre 1916

Les jours ont passé, orageux et troublés en apparence, mais calmes et forts dans leur réalité reflétant Ta divine volonté; ils ont passé, déroulant, découvrant, développant une fois de plus toute la splendeur imprévue et variée de Ton inlassable jeu divin. Et quel émerveillement d’assister à cela quand on perçoit l’entrecroisement infini des mouvements produits par Ta volonté éternelle; quand on sait que tout cela est de toute éternité et que c’est seulement dans nos imparfaites facultés que cela devient une succession ininterrompue de faits, dont nous sommes les acteurs bénévoles et ignorants. Nous agissons avec l’inconscience et l’aveuglement apparents de ceux qui ne savent point, et pourtant je sais, et, tout en étant acteur, je suis témoin aussi. Mais je ne suis pas encore assez pure pour que Tu dévoiles à mes yeux la totalité des effets et des résultats ; c’est seulement partiellement et imparfaitement que je les connais avant l’acte et qu’il m’est permis d’agir avec la connaissance du pourquoi, avec la pleine illumination sur ce que Tu attends de moi. Quand aurais-je, Seigneur, cette pureté? Mais pour cela aussi je n’ai plus d’impatience et je n’implore plus. Je vois à quel point Tes splendeurs sont obscurcies et voilées dans ce misérable et pauvre instrument; mais Toi, Tu sais pourquoi il en est ainsi ; et de ses ombres et de ses faiblesses, Tu Te sers aussi pour Tes fins éternelles.

Mon âme est en prière et s’incline avec amour devant ce qu’elle peut comprendre et connaître de Toi. Mon âme est en prière et s’abandonne à Toi dans une de ces sublimes ferveurs qui s’achèvent en identification. Mon âme est en prière… et mon corps aussi ; et ma pensée se tait dans une muette extase.

(Communication reçue à 5 heures ½ du soir après la méditation)

« Comme tu me contemples, je te parlerai ce soir. Je vois dans ton cœur un diamant environné de lumière d’or. C’est à la fois pur et chaud, de quoi manifester l’impersonnel amour ; mais pourquoi laisses-tu ce trésor enfermé dans cette sombre châsse doublée de pourpre intense? L’enveloppe la plus extérieure est d’un bleu foncé sans lumière, un vrai manteau de ténèbres. On dirait que tu crains de faire voir ta splendeur. Apprends à rayonner et ne crains pas l’orage : le vent nous emporte loin des rives, mais nous fait voir le monde. Serais-tu économe de tendresse? Mais la source d’amour est infinie. Crains-tu d’être incomprise? Mais où as-tu vu que l’homme puisse comprendre le Divin ? Et si la vérité éternelle trouve en toi de quoi se manifester, que peut t’importer le reste? Tu es comme le pèlerin sortant du sanctuaire; debout sur le seuil en face de la foule, il hésite avant de révéler son précieux secret, celui de sa suprême découverte. Écoute, moi aussi j’hésitai pendant des jours, car je pouvais prévoir et ma prédication et ce qui s’ensuivrait : l’imperfection de l’expression, et l’imperfection plus grande encore de la compréhension. Et pourtant je me suis tourné vers la terre et les hommes et je leur ai apporté mon message. "Tourne-toi vers la terre et les hommes", n’est-ce point l’ordre que toujours dans ton cœur tu entends : dans ton cœur, car c’est lui qui porte un message béni pour ceux qui ont soif de compassion. Dorénavant rien ne peut attaquer le diamant. Il est inattaquable dans sa constitution parfaite et le doux rayonnement qui s’élance de lui peut changer bien des choses dans le cœur des hommes. Tu doutes de ton pouvoir et crains ton ignorance? c’est cela justement qui enveloppe ta puissance de ce sombre manteau de nuit sans étoiles. Tu hésites et tu trembles comme au seuil d’un mystère, car maintenant le mystère de la manifestation t’apparaît comme plus terrible et plus insondable que celui de l’Éternelle Cause. Mais il te faut reprendre courage et obéir à l’injonction profonde. C’est moi qui te le dis car je te connais et t’aime comme tu m’as connu et aimé autrefois. Je suis apparu clairement à ton regard pour que tu ne doutes nullement de ma parole. Et à tes yeux aussi, j’ai fait voir ton cœur pour que tu puisses voir ainsi ce que la Vérité suprême a voulu qu’il soit, pour que tu découvres en lui la loi de ton être. La chose te paraît encore bien difficile : un jour viendra où tu te demanderas comment si longtemps il put en être autrement. »

(çakya-mouni)

Le 21 décembre 1916

Seigneur, Tu m’as parlé par la bouche d’un de ceux qui T’ont le mieux connu ; sans doute pour me faire mieux comprendre Ta leçon, (étais-je donc sourde à Ta suggestion directe?). Et encore maintenant je ne puis comprendre comment faire. Tu sais quel serait mon bonheur si par Ta grâce je pouvais être transformée intégralement en un foyer d’amour divin — cet amour qui est la première et la plus haute manifestation de Ta Vérité éternelle, cet amour qui est à la fois l’expression la plus complète, dans ce monde, de Ta Vérité, et le chemin le plus direct pour y conduire les consciences humaines égarées. Au temps où j’aspirais, désirais et demandais, que de fois ne T’ai-je point demandé la grâce de cet état comme étant le plus conforme à mon idéal actuel d’action. Et en ce temps-là il me semblait qu’au jour où je serais purifiée de toute préférence égoïste, tu choisirais cet être individuel terrestre comme instrument de Ta manifestation d’amour sur la terre. Et maintenant que Tu me le demandes, plus que jamais je sens mon impuissance. Pendant si longtemps j’ai cru savoir ce qu’était l’amour ; et maintenant que je ne vois plus rien qui ne puisse être appelé amour, je ne vois plus rien non plus qui puisse être spécialement appelé amour. Et comment être cette chose que je ne puis plus définir, cet état que je ne puis plus distinguer? Et pourtant Tu m’as fait voir hier que je tenais enfermé sous une sombre enveloppe un de Tes dons les plus précieux et les plus puissants… Seigneur, tout mon être aspire à obéir à Ta voix, à se conformer à Ta Loi ; mais il ne sait pas dans sa conscience extérieure, il n’a pas compris ce que Tu attends de lui. Il sent bien qu’actuellement son amour est un état passif et que Tu veux le faire naître à un état actif ; mais comment passer de l’un à l’autre, cela lui échappe. Il sait que cet état d’amour actif doit être constant et impersonnel, c’est-à-dire tout à fait indépendant des circonstances et des personnes, puisqu’il ne peut et ne doit être concentré sur aucune en particulier ; et en cela il ressemblera à l’actuel état d’amour passif, qui est pur, invariable et impersonnel. Mais ce qu’il ne sait encore, c’est, en restant dans ses qualités de pureté, d’invariabilité et d’impersonnalité qui sont maintenant inhérentes à son être, comment se remettre en activité.

C’est pour cela que ce soir j’ai imploré le Seigneur Mitra qui symbolise si parfaitement Ta vérité d’amour, en lui demandant de venir à mon aide pour éclairer mon ignorance, dissoudre mes doutes, vaincre mes hésitations, dissiper les derniers obstacles et prendre possession de cet instrument physique afin qu’il devienne ce que Tu attends de lui.

Mais mon verbe est timide et ma voix malhabile et je ne sais si le Seigneur Mitra entendit ma prière.

Le 24 décembre 1916

Seigneur, sans permettre à mon mental d’avoir conscience de ce qui allait se passer, et de comment cela allait se passer, Tu m’as fait pressentir ce soir ce que Tu attends de moi, pressentir seulement car c’est un premier pas bien timide sur la route merveilleuse que Tu as entr’ouverte devant moi. Ce fut comme le flot montant qui gonfle, gonfle toujours plus la rivière, avant qu’elle ne déborde pour tout recouvrir de ses eaux bienfaisantes. Et cette fois c’est le cœur qui se gonflait ainsi, sous la pression des puissances d’amour que Tu faisais couler en lui ; et l’être tout entier s’est pris à aimer, à aimer toujours plus, sans but défini, rien et tout à la fois, ce qu’il connaît et ce qu’il ignore, ce qu’il voit et ce qu’il n’a jamais vu ; et petit à petit, cet amour potentiel est devenu un amour effectif, prêt à se déverser sur tout et sur tous, en ondes bienfaisantes, en un actif rayonnement… Ce fut un début, un très faible début. Mais j’ai su, Seigneur, que c’est cela que Tu veux. Comme toujours Ta Volonté est une Grâce infinie qui inonde l’être de Tes divines délices et le transporte au-dessus des mesquines contingences vers la Gloire de Tes célestes demeures.

Être ce que Tu veux, c’est être divin !

Le 25 décembre 1916

(Ce que j’ai entendu dans le silence et noté hier soir.)

« En renonçant à tout, même à la sagesse et à la conscience, tu as pu préparer ton cœur au rôle qui lui fut assigné : le rôle le plus ingrat en apparence, celui de la source qui laisse toujours son flot couler en abondance pour tous, mais vers qui jamais aucun flot ne peut remonter : elle tire sa force inépuisable des profondeurs et n’a rien à attendre du dehors. Mais tu pressens déjà quelle sublime félicité accompagne cette inépuisable expansion d’amour ; car l’amour se suffit à lui-même et n’a nul besoin de réciprocité; ceci est vrai même de l’amour individuel, combien plus vrai par conséquent de l’amour divin qui reflète de si noble façon l’infini.

«   Sois cet amour en toute chose et partout, toujours plus largement, toujours plus intensément et le monde entier deviendra à la fois ton œuvre et ton bien, ton champ d’action et ta conquête. Lutte avec persistance pour faire tomber les dernières limites qui ne sont plus que de frêles barrières devant l’expansion de l’être, pour vaincre les dernières obscurités qu’éclaire déjà la Puissance Illuminatrice. Lutte pour conquérir et pour triompher; lutte pour surmonter tout ce qui fut jusqu’à ce jour; pour faire jaillir la Lumière nouvelle, l’Exemple nouveau dont le monde a besoin. Lutte avec opiniâtreté contre tous les obstacles extérieurs ou intérieurs. C’est la perle de grand prix qui est proposée à ta Réalisation. »

Le 26 décembre 1916

Toujours la parole que Tu me fais entendre dans le silence est encourageante et douce, Seigneur. Mais je ne puis voir en quoi cet instrument est digne de la grâce que Tu lui fais, ni comment il sera capable de réaliser ce que Tu attends de lui. Tout en lui paraît si petit, si faible, si quelconque, sans intensité, sans force et sans ampleur, en comparaison de ce qu’il devrait être pour pouvoir endosser ce rôle écrasant. Mais je sais que ce que le mental pense est de peu d’importance; il le sait lui-même et attend, passif, le développement de Ton décret.

Tu me dis de lutter sans cesse : je voudrais avoir cette ardeur indomptable qui a raison de toute difficulté. Mais Tu as mis dans mon cœur une paix si souriante, que je crains de ne savoir même plus lutter… Les choses (facultés et activités) se développent en moi comme les fleurs s’épanouissent, spontanément et sans effort, dans la joie d’être et de croître, la joie de Te manifester quel que soit le mode de Ta manifestation. Et s’il y a lutte, elle est si facile et si douce qu’on ne peut guère lui donner ce nom. Mais que ce cœur est petit pour contenir tant d’amour ! Et que cet être vital et physique est faible pour le bien pouvoir distribuer! Ainsi Tu m’a placée au seuil de la voie merveilleuse, mais mes pieds auront-ils la force de me faire avancer sur elle?… Tu me réponds que je plane et que j’aurais tort de vouloir marcher… Ô Seigneur, que Ta miséricorde est infinie! Une fois encore Tu m’as prise dans Tes bras tout-puissants et Tu m’as bercée sur Ton cœur insondable, et ce cœur m’a dit : «   Ne te tourmente point, sois confiante comme un enfant : n’es-tu point moi-même cristallisé pour mon œuvre?… »

Le 27 décembre 1916

Ô mon bien-aimé Seigneur, ce cœur est incliné devant Toi et ces bras se tendent vers Toi, implorant que Tu veuilles bien embraser cet être tout entier de Ton sublime amour, afin qu’il puisse rayonner sur le monde. Mon cœur est grand ouvert dans ma poitrine, il est ouvert et tourné vers Toi, il est ouvert et vide afin que Tu puisses le remplir de Ton amour divin ; il est vide de toute autre chose que Toi, et Ta présence l’emplissant tout entier le laisse vide pourtant, puisqu’il peut contenir encore toute l’infinie variété du monde manifesté.

Ô Seigneur, ces bras se tendent suppliants vers Toi et ce cœur est largement ouvert devant Toi pour que Tu en fasses le réservoir de Ton amour infini.

«   Aime-moi en toute chose, partout et en tout être, » telle fut Ta réponse. En me prosternant je Te demande de m’en donner le pouvoir…

Le 29 décembre 1916

Ô mon doux Seigneur, apprends-moi à être Ton instrument d’amour.

Le 30 décembre 1916

Pourquoi, Seigneur, mon cœur me paraît-il si froid et sec ?

Je sens vivre, je vois vivre mon âme au-dedans de mon être, et mon âme Te voit, Te reconnaît et T’aime en toute chose, en tout ce qui est ; elle est pleinement consciente de cela, et comme l’être extérieur lui est soumis, il est conscient aussi ; le mental sait et n’oublie jamais ; l’être vital purifié ne connaît plus les attractions et les répulsions, et, de plus en plus, il goûte la joie de Ta Présence en tout et toujours. Mais le cœur semble s’être endormi d’un sommeil d’épuisement, et l’âme ne trouve plus en lui une activité suffisante pour répondre pleinement à son impulsion. Pourquoi ? Était-il si pauvre que la lutte l’ait ainsi épuisé, ou si profondément blessé qu’il s’en trouve tout ankylosé? Et pourtant il voudrait répondre à l’appel intérieur ; il le veut avec une foi et une ardeur qui n’ont jamais vacillé; mais il semble comme le vieillard qui sourit, bienveillant, au jeu de la jeunesse mais ne peut y prendre part. Et pourtant il est plein de joie et de confiance, il déborde de reconnaissance pour tous les trésors d’affection que la nature lui a généreusement prodigués ; il voudrait, en échange de ces dons précieux, répandre en flots inépuisables la liqueur dorée de la tendresse qui ranime et fortifie, égaye et console, la vraie liqueur de vie pour les êtres humains. Il voudrait et essaye… mais comme ce qu’il fait est pauvre à côté de ce qu’il rêve de faire; mais comme ce qu’il peut est médiocre à côté de ce qu’il espère, car il espère toujours. Il sait que Ton appel ne se fait jamais entendre en vain ; et les splendeurs que Tu lui as fait entrevoir, il ne doute pas qu’un jour il ne puisse les réaliser.

Qui est-ce qui ouvrira les portes de cette écluse fermée?

Mon cœur aime humainement, et humainement, il me semble qu’il aime avec force, constance et pureté. Mais c’est divinement que Tu veux qu’il aime dans un déploiement sans limite de Ta souveraine puissance; et cela est encore pour lui l’irréalisé.

Qui est-ce qui ouvrira les portes de cette écluse fermée?…

1917




Le 4 janvier 1917

Seigneur, Tu me combles de tous Tes bienfaits. Maintenant que cet être n’attend plus rien, ne désire plus rien de la vie, la vie lui apporte ses trésors les plus précieux, ceux que tous les hommes convoitent. Dans tous les domaines individuels, Tu me combles de Tes bienfaits, mentalement, psychiquement, et même matériellement. Tu m’as placée dans l’abondance, et l’abondance me paraît aussi naturelle que la disette, et ne me cause pas une plus grande joie, car souvent, dans la disette, la vie spirituelle fut pour moi plus intense et consciente; mais je perçois fort bien cette abondance, et mon être individuel, que Tu combles ainsi de bienfaits, se prosterne devant Toi avec une inexprimable gratitude.

Ta bonté est sans pareille et Ta miséricorde infinie.

Le 5 janvier 1917

L’amour n’est rien autre que le lien qui réunit et maintient ensemble toutes les fleurs de Ton divin bouquet. C’est un rôle effacé, modeste, méconnu, un rôle essentiellement impersonnel, et qui, seulement dans cette impersonnalité, peut trouver toute son utilité.

C’est parce que, de plus en plus, je deviens ce lien, ce trait d’union, rassemblant les fragments épars de Ta conscience, et permettant à ces fragments, en les groupant, de reconstituer de mieux en mieux Ta conscience, unique et multiple à la fois, qu’il m’a été possible de voir clairement ce qu’est l’amour dans le jeu des forces universelles, quelle est sa place et sa mission ; il n’est point une fin en lui-même, mais il est Ton suprême moyen. Actif, partout, entre tout, partout il est voilé par cela même qu’il unit, et qui, subissant son effet, parfois ignore même sa présence.

Ô Seigneur, Ta douceur est entrée dans mon âme, et Tu as rempli tout mon être de joie.

Et dans cette joie je T’ai fait une prière, afin qu’elle parvienne jusqu’à Toi.

Le 6 janvier 1917

Tu as rempli mon être d’une paix ineffable et d’un repos sans pareil… Sans pensée ni volonté personnelles, je me laisse bercer passivement par Ton infini.

Le 8 janvier 1917

Tu as fait le silence dans mon cœur et ma tête; mais aucune voix ne s’est élevée des profondeurs de ce silence. Seule la paix a régné en hôte doux et bienfaisant.

Le 10 janvier 1917

Veux-Tu donc m’apprendre que tout effort qui aurait mon propre être pour but serait inutile et vain ? Seule l’action ayant le rayonnement de Ta Grâce pour mobile s’accomplit avec facilité et succès. Quand la volonté s’exerce dans l’extériorisation, elle est puissante et efficace; quand elle tente de s’exercer dans l’intériorisation, elle est sans force et sans effet… Ainsi toute action entreprise pour le progrès personnel devient de plus en plus infructueuse, et par suite de plus en plus rare. En raison contraire, l’action au dehors semble gagner en effectivité tout ce que celle au dedans a perdu. Ainsi, Seigneur, Tu prends l’instrument tel qu’il est, et s’il doit s’affiner, ce sera à l’ouvrage.

Le 14 janvier 1917

« Que les malheureux deviennent heureux, que les méchants deviennent bons, que les malades deviennent bien portants ! » Ainsi s’est formulée en moi l’aspiration concernant la manifestation de Ton divin Amour à travers cet instrument. Ce fut comme une demande, une demande que l’enfant fait à son père avec la certitude qu’elle lui sera accordée. Car la certitude était en moi lorsque j’ai demandé : cela m’a paru si simple et si facile; je sentais si bien en moi comment cela est possible. Croître de joie en joie, de beauté en beauté, n’est-ce point plus naturel et plus productif aussi, que de toujours souffrir et peiner dans une lutte ignorante et subie à contrecœur? Si Tu permets au cœur de s’épanouir librement au contact de Ton divin Amour, cette transformation est facile et se fait d’elle-même.

Ne permettras-Tu pas cela, Seigneur, comme un gage de Ta miséricorde?

C’est avec la confiance d’un enfant que mon cœur T’implore ce soir.

Le 19 janvier 1917

Et les heures s’évanouissent comme des rêves invécus…

Le 23 janvier 1917

Tu as rempli mon être d’un amour, d’une beauté et d’une joie si complets et si intenses, qu’il m’a paru impossible que cela ne se communiquât pas. C’était comme un foyer ardent, d’où le souffle de la pensée emportait au loin des flammèches, qui, dans le secret des cœurs, allaient allumer d’autres incendies tout pareils, les incendies de Ton divin Amour, Seigneur, de cet Amour qui pousse et entraîne irrésistiblement les êtres humains vers Toi. Ô mon doux Seigneur, fais que cela ne soit pas seulement une vision de ma conscience extasiée, mais bien une réalité effectivement transformatrice des êtres et des choses !

Fais que cet amour, cette beauté et cette joie qui inondent tout mon être à peine assez fort pour supporter leur intensité, inondent pareillement la conscience de tous ceux que j’ai vus, de tous ceux à qui j’ai pensé, et de tous ceux aussi à qui je n’ai point pensé et que je n’ai point vus… Fais que tous s’éveillent à la conscience de Ta Félicité infinie!

Ô mon doux Seigneur, remplis leur cœur de joie, d’amour et de beauté.

Le 25 janvier 1917

Ô Amour rayonnant qui emplis et mets en fête tout mon être, es-Tu reçu, es-Tu donné? Nul ne peut dire, car Tu Te reçois et Tu Te donnes à Toi-même, étant souverainement actif et réceptif, à la fois en toute chose, en tout être.

Le 29 janvier 1917

Dans le monde des formes un manquement à la Beauté est une faute aussi grande qu’un manquement à la Vérité dans le monde des idées. Car la Beauté est le culte que la Nature rend au Maître suprême de l’univers ; la Beauté est le langage divin dans la forme. Et une conscience du Divin qui ne se traduirait pas extérieurement par une compréhension et une expression de la Beauté serait une conscience incomplète.

Mais la vraie Beauté est aussi difficile à découvrir, à comprendre et surtout à vivre qu’aucune autre expression du Divin ; cette découverte et cette expression exigent autant d’impersonnalité et d’abdication de l’égoïsme que celles de la Vérité ou de la Félicité. La Beauté pure est universelle et il faut être universel pour la voir et la reconnaître.

Ô Seigneur de Beauté, que de fautes j’ai commises contre Toi ; que de fautes je commets encore… Donne-moi la parfaite compréhension de Ta Loi afin que je n’y faillisse plus. L’amour serait incomplet sans Toi, Tu es un de ses plus parfaits ornements, Tu es un de ses plus harmonieux sourires. Parfois j’ai méconnu Ton rôle, mais au fond de mon cœur je T’ai toujours aimé; et les plus arbitraires, les plus radicales doctrines n’ont pu éteindre le feu du culte que, dès mon enfance, je T’avais voué.

Tu n’es point ce qu’un vain peuple Te pense, Tu n’es point attaché exclusivement à telle ou telle forme de la vie : il est possible de T’éveiller, de Te faire resplendir en toute forme; mais il faut pour cela avoir découvert Ton secret…

Ô Seigneur de Beauté, donne-moi la parfaite compréhension de Ta Loi, afin que je n’y faillisse plus, afin que Tu deviennes en moi l’harmonieux couronnement du Seigneur de l’Amour.

Le 27 mars 1917

(Communication dialoguée reçue pendant la méditation)

« Voici : tu vois la forme vivante et les trois images inanimées. La vivante est revêtue de violet ; les trois autres sont faites de poussière, mais blanchie et purifiée. C’est dans le calme du silence que la forme vivante peut, en pénétrant les trois autres, les unir pour les transformer en un vêtement vivant et agissant. »

Ô Seigneur, Tu sais que je Te suis soumise, et que mon être adhère avec une joie paisible et profonde à tout ce que Tu lui donnes !

« Je sais ton adhésion, mais je veux augmenter ta conscience, et pour cela éveiller ce qui dort encore en toi. Ouvre tes yeux à la lumière, et, dans le miroir limpide du mental, se réfléchira ce que tu dois savoir. »

Seigneur, tout est silencieux en mon être et attend…

« Cogne à la porte de la conscience et la porte te sera ouverte. »

La rivière coule limpide et argentine; son flot ininterrompu descend du ciel vers la terre. Mais que veux-Tu me dire que je doive comprendre?

«   Ton silence n’est point encore assez profond : quelque chose remue dans ton esprit…

« Le feu de l’âme doit se voir à travers les voiles de la manifestation ; mais ces voiles doivent être nets et précis comme des mots tracés sur un écran lumineux. Et tout cela doit être conservé dans la pureté de ton cœur, comme la prairie ensemencée est ensevelie et protégée sous la neige.

«   Maintenant que tu as semé les grains dans le champ, que tu as tracé les signes sur l’écran, tu peux retourner dans ton calme silence, tu peux remonter dans ta calme retraite pour te retremper dans la conscience plus profonde et plus vraie. Tu peux oublier ta personnalité et retrouver le charme de l’universel.

« Que la paix soit sur toi en ces heures de repos ; mais n’oublie pas le réveil qui sonnera bientôt.

«   Tu souriras pourtant à ton destin qui parle.

«   Ton cœur utilisera la force qui revient.

«   Tu seras le bûcheron qui attache le fagot.

«   Tu seras le grand cygne aux ailes éployées, qui purifie les yeux par sa blancheur nacrée, qui réchauffe les cœurs de son blanc duvet.

«   Tu les conduiras tous vers leur destin suprême.

«   Tu as vu le foyer, et tu as vu l’enfant. L’un attirait l’autre : tous deux étaient contents ; l’un parce qu’il brûlait, l’autre parce qu’il avait chaud.

«   Tu le vois dans ton cœur ce foyer triomphant ; toi seule peux le porter sans qu’il soit destructeur. Si les autres y touchaient, ils seraient consumés. Ne les laisse donc point trop près s’en approcher. L’enfant doit savoir qu’il ne doit pas toucher à la flamme éclatante qui l’attire tant. De loin elle le réchauffe et illumine son cœur; de trop près, en cendres elle le réduirait.

« Un seul dans ce cœur peut sans crainte résider; car il est le rayon qui l’a bien allumé. Il est la salamandre qui dans le feu renaît.

« Un autre est au-dessus, ne craignant nulle brûlure : c’est le phénix immaculé, l’oiseau venu du ciel, qui sait y retourner.

« L’un est le Pouvoir de réalisation.

« L’autre est la Lumière.

«   Et le troisième la Conscience souveraine. »

Ô Seigneur, je T’écoute et je suis prosternée : Tu m’as ouvert la porte; Tu m’as ouvert les yeux, et un peu de la nuit a été éclairée…

Le 30 mars 1917

Il y a une royauté souveraine à ne point s’occuper de soi. Avoir des besoins, c’est affirmer sa faiblesse; réclamer quelque chose prouve que l’on manque de cette chose. Désirer, c’est être impuissant, c’est reconnaître ses limites, avouer son incapacité à les surmonter.

Sans autre point de vue que celui d’une légitime fierté, l’homme, par noblesse, devrait renoncer à tout désir. Quelle humiliation de demander quelque chose pour soi-même à la Vie et à la Conscience Suprême qui l’anime. Quelle humiliation pour nous, quelle offensante ignorance pour Elle. Car tout est à notre portée et seules les limites égoïstes de notre être nous empêchent de jouir de tout l’univers, aussi complètement et concrètement que de notre propre corps et de son entourage immédiat.

Telle devrait être aussi l’attitude vis-à-vis des moyens d’action.

Toi qui résides dans mon cœur et diriges tout par Ta suprême Volonté, Tu m’as dit, il y a un an, de couper tous les ponts et de me jeter tête baissée dans l’Inconnu, comme César lorsqu’il franchit le Rubicon : c’était le Capitole ou la Roche Tarpéienne.

Tu celas à mes yeux le résultat de l’acte. Encore maintenant Tu le maintiens secret; et pourtant Tu sais que mon égalité d’âme reste la même devant la grandeur ou bien la misère.

Tu voulus que pour moi l’avenir fût incertain, et que j’avance avec confiance sans même savoir où mènera la route.

Tu voulus que je m’en remette entièrement à Toi du soin de mon destin et que j’abdique totalement toute préoccupation personnelle.

C’est sans doute que mon chemin doit être vierge même pour ma pensée.

Le 31 mars 1917

Chaque fois qu’un cœur tressaille à Ton souffle divin un peu plus de beauté semble née sur la terre, l’air s’embaume d’un doux parfum, tout devient plus amical.

Quelle puissance est la Tienne, Ô Seigneur de tout être, qu’un atome de Ta joie suffise à effacer tant d’ombres et de douleurs, qu’un rayon de Ta gloire puisse ainsi éclairer le caillou le plus terne, la conscience la plus noire.

Tu m’as comblée de Tes faveurs, Tu m’as dévoilé bien des secrets, Tu m’as fait goûter bien des joies inattendues, inespérées, mais aucune de Tes grâces ne peut égaler celle que Tu m’octroies quand un cœur tressaille à Ton souffle divin…

À ces heures bénies la terre tout entière chante un hymne d’allégresse, l’herbe frissonne de plaisir, l’air vibre de lumière, les arbres dressent vers le ciel leur prière plus ardente, le chant des oiseaux devient un cantique, les vagues de la mer se gonflent d’amour, le sourire des enfants raconte l’infini, les âmes des hommes apparaissent dans leurs yeux.

Dis-moi : m’accorderas-Tu le pouvoir merveilleux de faire naître cette aurore dans les cœurs attentifs, d’éveiller les consciences à Ta sublime Présence, dans ce monde si triste et si démantelé de susciter un peu de Ton vrai Paradis ? Quels bonheurs, quelles richesses, quelles puissances terrestres peuvent égaler ce don souverain ?…

Ô Seigneur, jamais en vain je ne T’ai imploré, car c’est Toi-même en moi qui Te parles à Toi-même…

Goutte à goutte Tu laisses tomber en une pluie fécondante la flamme vivante et rédemptrice de Ton amour tout-puissant. Lorsque ces gouttes de lumière éternelle tombent doucement sur notre monde d’obscure ignorance, on dirait qu’une à une pleuvent sur la terre les étoiles dorées du sombre firmament.

Et tout s’agenouille en muette dévotion devant ce miracle toujours renouvelé.

Le 1er avril 1917

Tu montras à mon âme muette et attentive toute la splendeur des paysages féeriques : les arbres en fête et les sentiers déserts qui semblent escalader le ciel.

Mais de mon destin Tu ne m’as pas parlé. Faut-il qu’à ce point il me soit voilé?…

Encore et partout je vois des cerisiers ; Tu as mis dans ces fleurs une vertu magique : elles semblent parler de Ta Présence unique; elles apportent avec elles le sourire du Divin.

Mon corps est au repos et mon âme s’épanouit : quel charme as-Tu mis en ces arbres fleuris ?

Ô Japon, c’est ta parure de bonne volonté en fête, c’est ton offrande la plus pure, c’est le gage de ta fidélité; c’est ta manière de dire que tu reflètes le ciel.

Et maintenant voici un pays magnifique, de hautes montagnes couvertes de pins et des vallées toutes cultivées. Et les petites roses roses qu’apporte ce Chinois, sont-elles une promesse pour l’avenir proche?

Le 7 avril 1917

Une grande concentration s’est emparée de moi et je me suis aperçue que je m’identifiais avec une fleur de cerisier; puis à travers cette fleur avec toutes les fleurs de cerisier; puis descendant plus profondément dans la conscience, en suivant un courant de force bleutée, je devins tout à coup le cerisier lui-même, dressant vers le ciel, comme autant de bras, ses innombrables branches chargées de leur offrande fleurie. J’entendis alors distinctement la phrase suivante :

«   Ainsi tu t’es unie à l’âme des cerisiers et tu as pu de la sorte constater que c’est le Divin qui fait au ciel l’offrande de cette prière de fleurs. »

Lorsque je l’eus écrit, tout s’effaça ; mais maintenant le sang du cerisier coule dans mes veines, et avec lui une paix et une force incomparables; quelle différence y a-t-il entre le corps humain et le corps d’un arbre? Aucune vraiment, et la conscience qui les anime est bien identiquement la même.

Puis le cerisier m’a glissé à l’oreille :

« C’est dans la fleur de cerisier qu’est le remède des maladies de printemps. »

Le 9 avril 1917

Une fois qu’on a franchi le seuil du royaume de Ta Toute-Connaissance, chaque fois que l’on revient vers le monde mental, toute pensée qu’on y a paraît un problème merveilleux et insondable auquel on n’avait jamais pensé auparavant.

Au-dessus aucune question ne se pose; dans le calme silence tout est su de toute éternité. En dessous tout est nouveau, inconnu, inattendu.

Et les deux réunis dans une conscience unique donnent un émerveillement confiant, générateur de Paix, de Lumière et de Joie.

Le 10 avril 1917

Mon cœur s’est endormi jusqu’au tréfonds de l’être…

Toute la terre se meut et s’agite en un perpétuel changement ; toute vie jouit et souffre, fait effort, lutte, conquiert, se détruit et se reforme.

Mon cœur s’est endormi jusqu’au tréfonds de l’être…

Dans tous ces éléments innombrables et variés je suis la Volonté qui met en mouvement, la Pensée qui agit, la Force qui réalise, la Matière qui est mue.

Mon cœur s’est endormi jusqu’au tréfonds de l’être…

Plus de limites personnelles, plus d’action individuelle, plus de concentration séparatiste créant le conflit, plus qu’une seule infinie Unité.

Mon cœur s’est endormi jusqu’au tréfonds de l’être…

Le 28 avril 1917

Ô mon divin Maître, Toi qui m’es apparu ce soir dans toute Ta rayonnante splendeur, Tu peux en un instant rendre cet être-ci parfaitement pur, lumineux, translucide, conscient, Tu peux le libérer de ses dernières taches d’ombre, Tu peux le délivrer de ses dernières préférences, Tu peux… mais ne l’as Tu point fait ce soir, lorsque Tu le pénétras de Tes effluves divins et de Ton inexprimable clarté? Peut-être… car en moi est une Force surhumaine toute faite de calme et d’immensité. Permets que de cette cime je ne retombe point et que toujours la Paix règne en maître dans mon être; non pas seulement dans les profondeurs dont elle est souveraine depuis fort longtemps, mais dans les moindres activités du dehors, dans les moindres replis du cœur et de l’action.

Je Te salue, Seigneur, Libérateur des êtres !

«   Tenez voici des fleurs et des bénédictions; voici les sourires de l’amour divin ; il est sans préférence et sans répulsion… Il s’écoule vers tous en un flot généreux, et ne reprend jamais ses dons merveilleux. »

Et les bras étendus en un geste d’extase, la Mère éternelle déverse sur le monde la rosée incessante de son plus pur amour…

Akakura. Le 13 juillet 1917

Un jour j’écrivis :

«   Mon cœur s’est endormi jusqu’au tréfonds de l’être… » Endormi seulement ? Je ne puis le croire. Je pense qu’il s’est apaisé, peut-être pour toujours. Du sommeil on se réveille, de l’apaisement on ne retombe pas. Et depuis ce jour-là je n’eus à constater aucune rechute. À la place de quelque chose de très intensément concentré et qui fut longtemps tumultueux par intermittences, une immensité tellement vaste et calme et sans trouble est venue remplir l’être; ou plutôt l’être s’est fondu en cela ; car comment ce qui est sans limite, pourrait-il être contenu dans une forme?

Et ces grandes montagnes aux lignes sereines que je vois de ma fenêtre s’échelonnant majestueusement jusqu’à l’horizon, sont en parfaite harmonie avec le rythme de cet être que remplit une paix infinie. Seigneur, aurais-Tu pris possession du royaume? Ou plutôt de cette partie du royaume, car le corps est encore obscur et ignorant, lent à répondre, sans plasticité. Sera-t-il un jour purifié comme le reste? Et Ta victoire sera-t-elle alors totale? Peu importe. Cet instrument est ce que Tu le veux et sa félicité est sans mélange.

Tokyo. Le 24 septembre 1917

Tu m’as soumise à une dure discipline; degré après degré, j’ai gravi l’échelle qui mène jusqu’à Toi ; et, au sommet de l’ascension, Tu m’as fait goûter les joies parfaites de l’Identification. Puis, obéissant à Ton ordre, degré après degré, je suis redescendue vers les activités et les consciences extérieures, rentrant en contact avec ces mondes que j’avais quittés pour Te découvrir. Et maintenant que je suis redescendue jusqu’en bas de l’échelle, tout est si terne, si médiocre, si neutre, en moi et autour de moi, que je ne comprends plus…

Qu’attends-Tu donc de moi ; et à quoi servait cette lente et longue préparation, si c’est pour aboutir à un résultat que la majorité des êtres humains atteignent sans avoir été soumis à aucune discipline?

Comment se peut-il, qu’après avoir vu tout ce que j’ai vu, expérimenté tout ce que j’ai expérimenté, après avoir été menée jusqu’au sanctuaire le plus sacré de Ta Connaissance et de Ta Communion, Tu fasses de moi un instrument aussi complètement banal dans des circonstances aussi ordinaires ? Vraiment, Seigneur, Tes fins sont insondables et dépassent mon entendement…

Pourquoi aussi, alors que Tu as déposé dans mon cœur le pur diamant de Ta parfaite Félicité, permetsTu à la surface de refléter les ombres qui viennent du dehors, et ainsi de laisser insoupçonné et il semble, inefficace, le trésor de Paix que Tu m’as octroyé? En vérité tout cela est bien mystérieux et confond ma compréhension.

Pourquoi, m’ayant donné ce grand silence intérieur, permets-Tu à la langue de tant s’exercer et à la pensée de s’occuper de si futiles choses ? Pourquoi ?… Je pourrais indéfiniment questionner, et probablement toujours en vain.

Je n’ai qu’à m’incliner devant Ton décret et à accepter sans mot dire ma condition.

Je ne suis plus qu’un spectateur regardant le dragon du monde dérouler ses anneaux sans fin.

Sans date

(Quelques jours après)

Seigneur, que de fois, faiblissant devant Ton ordre, je T’ai prié : «   Épargne-moi ce calvaire de la conscience terrestre; laisse-moi m’immerger dans Ta suprême unité. » Mais ma prière est lâche, je le sais, car elle demeure stérile.

Le 15 octobre 1917

J’ai crié vers Toi, Seigneur, dans mon désespoir et Tu as répondu à mon appel.

J’aurais tort de me plaindre des circonstances de mon existence, ne sont-elles point conformes à ce que je suis ?

Parce que Tu m’as menée jusqu’au seuil de Ta splendeur et que Tu m’as fait jouir de Ton harmonie, je pensais avoir atteint le but ; mais à vrai dire Tu as regardé l’instrument dans la pleine clarté de Ta Lumière et Tu l’as replongé dans le creuset du monde, afin qu’il soit à nouveau refondu et purifié.

À ces heures d’extrême et angoissée aspiration, je me sens, je me vois entraînée par Toi avec une rapidité vertigineuse sur le chemin de la Transformation et tout l’être vibre du conscient contact avec l’Infini.

C’est ainsi que Tu me donnes la patience et la force afin de surmonter la nouvelle épreuve.

Le 25 novembre 1917

Ô Seigneur, à une heure de cruelle détresse, parce que dans la sincérité de ma foi j’ai dit : « Que Ta volonté soit faite », Tu es venu revêtu de Ta gloire. À Tes pieds alors je me suis prosternée, puis sur Ton sein j’ai trouvé abri. Tu as rempli mon être de Ta divine clarté et Tu l’as inondé de Ta félicité. Tu m’as réaffirmé Ton alliance et m’as assuré de Ta constante Présence. Tu es l’ami sûr qui ne faillit point, le Pouvoir, le Soutien et le Guide. Tu es la Lumière qui dissipe les ténèbres et le Conquérant qui assure la victoire. Depuis que Tu es là, tout s’est clarifié; dans mon cœur affermi, Agni s’est rallumé; et sa splendeur rayonne embrasant l’atmosphère en la purifiant…

Mon amour pour Toi, si longtemps comprimé, a jailli de nouveau, puissant, irrésistible, souverainement décuplé par l’épreuve subie. Il a trouvé la force dans la réclusion, la force d’émerger à la surface de l’être, de s’imposer en maître à la conscience entière, d’engloutir toute chose en son flot débordant…

Tu m’as dit : « Je reviens pour ne plus te quitter. »

Et le front sur le sol, j’ai reçu Ta promesse.

1918-1937




Le 12 juillet 1918

Soudain, devant Toi, toute ma fierté est tombée. J’ai compris à quel point, devant Toi, il était futile de vouloir se surmonter soi-même… et j’ai pleuré, j’ai pleuré abondamment, sans contrainte, les plus douces larmes de ma vie… Ah oui, comme elles furent reposantes, calmantes et douces, ces larmes que j’ai versées devant Toi sans honte ni contrainte! Était-ce comme une enfant dans les bras de son père? Mais quel Père! Quelle sublimité, quelle magnificence, quelle immensité de compréhension ! Et quelle puissance, quelle plénitude dans la réponse! Oui, ces pleurs étaient comme une rosée sainte. Est-ce parce que ce n’était point sur ma propre peine que je pleurais? Ah, quelles douces, quelles bienfaisantes larmes qui ont ouvert mon cœur sans contrainte devant Toi, ont fait fondre en un miraculeux instant tout ce qui restait d’obstacles pouvant me séparer de Toi !

Peu de jours auparavant j’avais su, j’avais entendu : «   Si tu pleures sans contrainte et sans fard devant Moi, bien des choses changeront, une grande victoire sera gagnée. » Et c’est pourquoi lorsque les larmes sont montées de mon cœur vers mes yeux, je suis venue m’asseoir devant Toi pour les laisser couler en offrande, pieusement. Et que l’offrande fut douce et réconfortante!

Et maintenant, encore que je ne pleure plus, je Te sens si proche, si proche que tout mon être en frémit de joie.

Laisse-moi balbutier mon hommage :

Dans ma joie d’enfant j’ai crié vers Toi :

Ô Toi, le Suprême, l’Unique Confident qui sais d’avance tout ce qu’on Te dira, puisque Tu en es l’auteur. Ô Toi, le Suprême, l’Unique Ami qui nous acceptes et nous aimes et nous comprends tels que nous sommes, puisque c’est Toi-même qui nous fis ainsi.

Ô Toi, le Suprême, l’Unique Guide qui ne contredis jamais notre volonté supérieure, puisque c’est Toi-même qui veux en elle, ce serait folie de chercher ailleurs qu’en Toi à être écouté, compris, aimé, guidé, puisque Tu es toujours là pour le faire et que Tu ne nous failliras jamais.

Tu m’as fait connaître les joies suprêmes, les joies sublimes de la parfaite confiance, de la pleine sécurité, du total abandon sans réserve ni fard, sans effort ni contrainte.

Et joyeuse comme une enfant, j’ai souri et pleuré à la fois devant Toi, ô mon Bien-Aimé…

Le 10 octobre 1918

Ô mon Seigneur bien-aimé, quelle douceur de penser que c’est pour Toi et Toi seul que j’agis ! C’est à Ton service que je suis ; c’est Toi qui décides et ordonnes et mets en mouvement, diriges et accomplis l’action. Quelle paix, quelle tranquillité, quelle suprême félicité sont données par la perception, la sensation de cela ? Car il suffit d’être docile, plastique, soumis, attentif, afin de Te permettre d’agir librement ; il n’y a plus d’erreurs, de fautes, de manques, d’insuffisance possibles, puisque ce que Tu as voulu, Tu le fais et Tu le fais tel que Tu l’as voulu…

Accepte la flamme ardente de ma gratitude et de ma joyeuse et pleinement confiante adhésion.

Mon Père m’a souri et m’a prise dans ses bras puissants. Que pourrais-je craindre? Je me suis fondue en Lui, et c’est Lui qui agit et vit en ce corps que Lui-même a formé pour s’y manifester.

Oiwaké. Le 3 septembre 1919

Comme l’homme n’a pas voulu du repas que j’avais préparé avec tant d’amour et de soin, alors j’ai invité le Dieu à le prendre.

Et mon Dieu, Tu as accepté mon invitation et Tu es venu T’asseoir à ma table; et en échange de ma pauvre et humble offrande Tu m’as octroyé la finale libération ! Mon cœur si lourd encore ce matin d’angoisse et de souci, ma tête si surchargée de responsabilité, ont été délivrés de leur fardeau. Ils sont légers et joyeux maintenant comme depuis longtemps l’était mon être intérieur. Et mon corps Te sourit de bonheur comme auparavant Te souriait mon âme!

Et dès lors, n’est-ce pas ? Tu ne me la retireras plus cette Joie, ô mon Dieu ; car cette fois, je pense, la leçon a suffi et j’ai gravi le calvaire des successives déceptions assez haut pour atteindre à la Résurrection ! Il ne me reste plus de tout ce passé qu’un formidable amour qui me donne le cœur pur d’un enfant et la pensée légère et libre d’un dieu.

Pondichéry. Le 22 juin 1920

Après m’avoir octroyé la joie dépassant toute expression, ô mon Seigneur bien-aimé, Tu m’as envoyé l’épreuve, la lutte, et je lui ai souri à elle aussi, comme à l’un de Tes précieux messagers. Autrefois je redoutais le conflit, il froissait en moi l’amour de la paix et de l’harmonie. Mais maintenant, ô mon Dieu, je l’accueille avec joie : il est une des formes de Ton action, un des meilleurs moyens pour remettre en lumière des éléments de l’œuvre qui autrement eussent pu être oubliés ; il apporte avec lui une perception d’ampleur, de complexité et de puissance. Et de même que je T’ai vu, resplendissant, susciter le conflit, de même c’est Toi aussi que je vois débrouiller l’enchevêtrement des événements et des tendances contradictoires, et finalement remporter la victoire sur tout ce qui s’essaie à voiler Ta Lumière et Ta Puissance; car de tout cela, c’est une plus parfaite réalisation de Toi-même qui doit surgir.

Le 6 mai 1927

Il faut savoir donner sa vie et aussi sa mort, donner son bonheur et aussi sa souffrance, dépendre pour toute chose et en toutes choses du Divin Dispensateur de toutes nos possibilités de réalisation, qui seul peut décider et décidera si nous serons heureux ou non, si nous vivrons ou non, si nous participerons à la réalisation ou non.

Dans l’intégralité et l’absolu de cet amour, de ce don de soi, réside la condition essentielle de la paix parfaite, base indispensable d’une béatitude ininterrompue.

Le 28 décembre 1928

Il y a un Pouvoir dont aucun gouvernement ne peut disposer, un Bonheur qu’aucun succès terrestre ne peut procurer, une Lumière qu’aucune sagesse ne peut posséder, une Connaissance qu’aucune philosophie, aucune science ne peut acquérir, une Béatitude dont la satisfaction d’aucun désir ne peut faire jouir, une soif d’Amour qu’aucune relation humaine ne peut assouvir, une Paix qui ne peut se trouver nulle part, même dans la mort.

Ce sont le Pouvoir, le Bonheur, la Lumière, la Connaissance, la Béatitude, l’Amour et la Paix qui sont l’effet de la Grâce Divine.

Le 24 novembre 1931

Ô mon Seigneur, mon doux Maître, pour accomplir Ton Œuvre j’ai sombré dans les profondeurs insondables de la matière, j’ai touché du doigt l’horreur de l’inconscience et du mensonge — lieu d’oubli, obscurité suprême! Mais dans mon cœur était le Souvenir, et de mon cœur jaillit l’appel qui parvint jusqu’à Toi : «   Seigneur, Seigneur, Tes ennemis semblent triompher de toute part ; le mensonge est le souverain du monde; la vie sans Toi est une mort, un enfer perpétuel ; le doute y a pris la place de l’Espérance et la révolte celle de la Soumission ; la Foi y est tarie, la Gratitude n’est pas née; les passions aveugles, les instincts meurtriers, la faiblesse coupable ont voilé, étouffé Ta douce loi d’Amour. Seigneur, permettras-Tu à Tes ennemis, le mensonge, la laideur, la souffrance, de triompher ? Seigneur, donne l’ordre de vaincre et la Victoire se produira. Je sais que nous sommes indignes, je sais que le monde n’est pas prêt. Mais je crie vers Toi dans ma foi absolue en Ta Grâce et je sais que Ta Grâce nous sauvera. »

Ainsi, ma prière s’élança vers Toi ; et des profondeurs de l’abîme, je Te vis dans Ta rayonnante splendeur ; Tu parus et Tu dis : «   Ne perds pas courage, sois ferme et confiante : JE VIENS. »

Le 23 octobre 1937

(Prière pour ceux qui veulent servir le Divin)

Gloire à Toi, Seigneur, triomphateur de tous les obstacles.

Permets que rien en nous ne fasse obstacle à Ton œuvre.

Permets que rien ne retarde Ta manifestation.

Que Ta volonté soit faite en toute chose et à tout moment.

Nous sommes devant Toi pour que Ta volonté s’accomplisse en nous, dans tous les éléments, toutes les activités de notre être, depuis les hauteurs suprêmes, jusqu’aux moindres cellules de notre corps.

Permets que nous Te soyons entièrement et éternellement fidèles.

Nous voulons être complètement sous Ton influence, à l’exclusion de toute autre.

Permets que nous n’oubliions jamais de T’être profondément et intensément reconnaissants.

Permets que nous ne gaspillions jamais rien de toutes les choses merveilleuses que Tu nous donnes à chaque instant.

Permets que tout en nous collabore à Ton œuvre, que tout soit prêt pour Ta réalisation.

Gloire à Toi, Seigneur, Réalisateur Suprême.

Donne-nous une foi ardente, active, absolue, inébranlable en Ta VICTOIRE.

Appendix




Four Letters by Sri Aurobindo












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