A selection of Satprem's letters to Yolande Lemoine along with some relevant notes
Satprem reprend la plume.
Juin 92
Que fait Yolande ? Bonjour Yolande ! Satprem laboure cette vieille terre rebelle et crépusculaire, il dit bonjour à Yolande – il va, il va, patient et sûr, vers le rivage d’une nouvelle terre. C’est difficile, c’est merveilleux – ça veut, c’est là. Ce qui reste des « humains » soubresaute et parle les dix milles langues de sa Babel électronique – ça coule, ça coule dans une obscurité peu gracieuse. Mais c’est … ouvrir le ventre de cette vieille pourNuit et lui faire rendre son secret millénaire, ce pour quoi nous avons traversé toutes ces peines.
J’ai voulu dire cela encore une fois, une dernière fois, quand il reste encore des intelligences lucides – mais lucides ou non, nous allons inéluctablement vers ce Secret déraciné par Sri Aurobindo et par Mère – nous sommes dedans, chaotiquement et la bouche bée.
J’ai donc ouvert la bouche encore et écrit un tout petit livre, simple, clair, pour dire des choses impossibles et que je voulais garder secrètes1, mais… le temps presse. Pauvre Robert Laffont qui se désespère de son « auteur » si peu lu (306 exemplaires de « La Révolte de la Terre » en 1991 – cette terre si peu révoltée ! mais qui se révolte tout de même de ces petits bonshommes insalubres). Si Yolande peut aider et remédier à ce silence des Pontifes de la Presse, Robert Laffont sera très heureux et Satprem se dira qu’un peu de clarté et d’espoir peut encore entrer dans les consciences – l’espoir, l’espoir, qui sait la Merveille qui nous attend sous nos décombres ? Et qui veutencore passer avant que la Nuit ne se referme ? Je souhaite à Yolande le sourire calme et vaste que donnent les années.
Avec mon sourire fidèle.
Satprem
Mon dernier enfant doit sortir en septembre. Il s’appelle « Évolution II ».
1 Satprem, , Robert Laffont, Paris, 1992.Évolution II
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P.S. : Je pense souvent à Jeh et vais lui écrire.
(Lettre à J.R.D. Tata)
3 août 92
Cher et très estimé ami,
Si je pouvais aller vous voir sur la pointe des pieds et incognito, j’irais volontiers, j’aimerais beaucoup vous voir ainsi que Sujata, car je garde profondément dans le cœur l’être chaleureux et noble que j’ai rencontré. Il y a si peu « d’hommes » de nos jours !
Mais… je veux justement travailler pour ouvrir une porte physique à ce changement de l’Homme, et toutes nos panacées et charités ne servent à rien – il faut aller plus profondément, à la racine de notre vieux Désastre, qui est chaque jour plus désastreux. C’est un travail qui exige d’être isolé, inconnu. C’est très difficile pour un corps animal de devenir ce qui n’existe pas encore, et de faire entrer un nouveau principe de vie physique dans les couches profondes et bourbeuses de cette pauvre terre.
Mais que peut-on faire d’autre pour cette grande Misère ? J’ai essayé de dire cela et de donner quelques signes de piste dans un dernier livre que j’ai appelé « Evolution II ».
Ce que je dire, selon ma propre expérience concrète, peuxc’est que notre matière recèle d’autres possibilités, c’est que notre manière de vie dite « humaine » recèle et recouvre d’autres forces physiques et d’autres ressorts que ceux de notre « science », qui est une science de la mort. La Vie n’a pas encore commencé sur la terre !
Ce que je touche et vis (difficilement) dans mon corps, bientôt d’autres corps le toucheront et le vivront… après quelque purification assez générale et radicale. Notre évolution bouge et nos maux recèlent notre propre guérison et notre propre levier de l’avenir.
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En attendant, de sinistres pantins et tricheurs peuplent la scène du monde, mais c’est pour un temps seulement et ils préparent leur propre défaite et la découverte de ce que nous sommes vraiment sous cette triste zoologie.
Je prie pour l’Inde tout particulièrement, ce pays si riche d’âme et si dévoyé par ses politiciens.
Sujata et moi, nous sommes avec vous de tout notre cœur et avec notre profonde estime pour ce que vous êtes.
Sous les fracas et les décombres, l’Avenir vient à nous.
(Lettre de J.R.D. Tata à Satprem)
22.10.92
Bombay House
Fort, Bombay 400 023
Très cher ami,
Depuis que j’ai lu votre si bonne lettre du 3 août à mon retour d’Amérique le premier octobre, je me « tracasse » de ne pas avoir répondu jusqu’à aujourd’hui.
Je ne sais comment m’en excuser ou vous avouer la raison !
Vous savez combien je vous aime et vous admire mais malgré cela, comment vous avouer sans me rendre ridicule le mal que j’ai à comprendre la profondeur du travail que vous faites sur vous-même.
Non seulement je ne le comprends pas mais malgré toute mon affection et ma foi en vous je n’arrive pas à croire en moi-même que vous pourrez jamais atteindre le but de votre immense effort, qui est en somme de transformer physiquement et spirituellement le corps et l’esprit et même le système physique et nerveux de la race humaine, un but auquel ni Aurobindo ni Mère, ni vous jusqu’ici avez réussi à atteindre.
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Hélas mon très cher Satprem je suis resté sans l’éducation qui aurait peut-être ouvert les portes de mon âme envers vous.
Pardonnez-moi, cher Ami, que je continue quand même d’aimer et d’admirer.
Je vous embrasse très affectueusement et Sujata, espérant que vous êtes tous les deux en bonne santé, et que je pourrai vous voir une fois avant de mourir ! car j’ai déjà quatre-vingt ans ou presque !
Votre ami de toujours,
Jeh
P.S. : Je pars en voyage après-demain, ne m’écrivez pas avant novembre 1992.
Déc. 92
Chère Yolande,
Je pense à vous. Les années passent mais plus le temps semble nous assaillir, plus on est proche de son propre cœur, où tout est plein, ouvert et pour toujours.
J’aimerais bien vous dire mon affection, à vous et à notre ami, mais il faut que j’aille aussi loin que possible dans ce travail – si plein d’espoir. Ne vous désolez pas des « publicités » – Sri Aurobindo et Mère feront leur propre publicité (!) radicale et la vieille espèce sombrera dans son propre chaos tandis qu’un air divin traversera nos ruines. Tout est sûr, la terre nouvelle est en route.
Je souhaite pour vous la paix du cœur, cette chaleur dedans qui comble. Vous avez aidé et si vous touchez votre propre cœur profond, tranquille, vous accueillerez ce qui vient.
Avec vous.
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