A selection of Satprem's letters to Yolande Lemoine along with some relevant notes
Enfin Kotagiri dans les Nilgiris, « les montagnes bleues », une autre respiration …
2 avril 78
Harwood Longwood Shola Kotagiri 643217 (Nilgiris) Inde
Chère Yolande,
Nous sommes enfin dans ce nouveau lieu, rafraîchis, après ces années de lutte et de peines, quatre années… C’est une paix pleine d’oiseaux, embrassée par la forêt. Une création nouvelle va se dessiner ici. J’ai le sentiment que Kotagiri va rayonner tranquillement et invisiblement. Après ces années où j’ai été abreuvé de petitesses et de méchancetés, mais surtout de petitesses par ces gens qui voulaient enfermer Mère dans une Boite Postale de Pondichéry, nous allons, ici, mettre Mère sur sa vraie base, internationale et terrestre, sans dogmes et sans business. Les Instituts commencent à prendre forme, en Inde et au Canada, bientôt en Suisse, en Italie et en Allemagne. Lentement, tous les fils du réseau de Mère vont s’entrecroiser à travers les continents. Chacun est un relais. Chacun est un diffuseur. Nous n’avons pas besoin de « grouper » les gens dans une nouvelle Eglise mais de susciter d’innombrables centres, d’innombrables petits feux de Mère qui porteront la Vibration dans leur monde et à leur niveau particulier : chacun est un ambassadeur ou une ambassadrice de Mère – vous en savez quelque chose !
Nous allons donc avoir, ici, à Kotagiri, une « Presse de Mère » avec les dernières machines électroniques et ordinateur de composition. Cette machine peut composer les 12 derniers volumes de l’Agenda en quelques mois ! Nous préparerons ainsi tous nos livres, en français, en anglais, en italien, en allemand… sur un film qu’il suffira après de tirer et d’imprimer. Ici donc, à Kotagiri, nous allons matérialiserMère pour tous les pays du monde, poser l’empreinte dans l’atmosphère terrestre. Notre première équipe comprendra
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Roger et Patricia (deux américains d’Auroville qui sont déjà ici, à Harwood, avec nous, et qui s’occupent avec Anne de la traduction anglaise des livres de Mère et de l’Agenda. Roger est un écrivain américain de talent, et surtout d’avenir, qui va poser les bases de l’Institut en Amérique), puis Luc, Anne et Robert qui vont bientôt nous rejoindre. Robert s’occupera surtout de la manipulation hautement technique de la machine. Enfin, Sujata et moi – soit 7. Plus tard, les éléments italiens ou d’autres pays viendront pour s’occuper de l’édition de Mère dans leur propre langue. Ce sera une sorte de plaque tournante d’où rayonneront ceux qui iront former l’Institut ici et là dans les divers pays. Un microcosme de Mère. Il faut venir ici pour voir et comprendre la merveille de cet endroit, à la fois tout proche du monde dit civilisé et complètement protégé par la forêt. Une maison dans une grande clairière à flanc de montagne, enveloppée par la forêt primitive. Des quantités d’oiseaux, des faisans, des biches, des singes aussi, et le silence sans trépidation au fond – un vaste silence tranquille. Plus haut au-dessus de la maison, des bois de mimosas et d’eucalyptus. Vous viendrez, n’est-ce pas ? Vous êtes tout invitée quoique ce soit encore le camping pour le moment. Il y a un terrain d’aviation à 50 km seulement, à Coimbatore, puis on monte en taxi à travers une montagne merveilleuse, à 2000 m. d’altitude, un petit chemin qui serpente à travers les plantations de thé, et vous y êtes. C’est plus facile que de venir à Pondichéry et l’atmosphère est pure – le Samadhi… nous voulons essayer d’ouvrir cette tombe au lieu de brûler des bâtons d’encens dessus. Nous voulons Mère vivante qui ramènera Sri Aurobindo, comme Satyavan, de la mort. Nous voulons la fin de la mort, non la perpétuation des tombeaux sacrés. Nous voulons, enfin, l’espèce nouvelle, non la cristallisation de la vieille espèce sous quelques auréoles douteuses et commerciales. Nous voulons un monde nouveau : c’est cela que nous allons FAIRE – pas méditer, les jambes croisées, mais triturer la Matière et triturer les consciences. Peut-être
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écrirai-je quelque chose de nouveau ici. C’est un lieu créateur, le lieu où l’on IMPRIME la nouvelle conscience dans la Matière. Voilà le programme.
À Paris, vous êtes notre précieuse ambassadrice. La France est la première à se mettre en branle. Il faut continuer, développer le mouvement, être toujours à l’écoute et en avant. Je voudrais beaucoup que vous soyez membre de notre Institut. Je crois que le temps de Brincourt n’est pas venu – il n’ose pas se compromettre. Il est très gentil et je l’aime beaucoup, mais il faut du courage pour se mettre du côté du nouveau monde. Par contre, je crois que le moment est venu pour vous, si vous le voulez bien. J’ai très confiance en vous, il faut que votre « voix » soit là et votre vibration qui fait si bien passer le Courant. Je crois que le moment est très justement venu parce que nous allons devoir réorganiser le fonctionnement de l’Institut avec le départ de notre précieux Luc. Non pas que Luc, ni moi, allions abandonner le mouvement, mais notre lieu de travail et de préparation silencieuse et concentrée, est ici, à Kotagiri, et d’ici, selon les circonstances et les nécessités, nous ferons des voyages-éclair en France, aux USA ou ailleurs, lorsqu’il y aura une action précise à faire.
Ainsi Maryse et Thérèse de Saint-Phalle ne doivent pas s’inquiéter de notre absence et notre isolement qui ne sont qu’apparents. Il faut un lieu où l’on se re-charge et « charge » l’atmosphère dans le silence – c’est de ce silence que l’Action doit jaillir. Alors nous serons tout à fait efficaces. J’imagine d’ailleurs très bien que Thérèse ou Maryse ou celles qui propagent le Feu, pourraient venir se retremper ici ou se rallumer. Peu à peu les choses vont prendre forme et s’organiser, sans jamais perdre le point de vue terrestre et intercontinental, pourrais-je dire.
Voilà, nous sommes en route pour une grande aventure.
Ma profonde affection et confiance
Satprem
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26 avril 78
Pas de nouvelles de vous. J’espère que le moral est bon ? Pourquoi ne venez-vous pas vous rafraîchir ici ? Vous serez accueillie à bras ouverts et avec grande joie. Il y a des forêts merveilleuses. Notre camping actuel n’est pas très confortable, mais il y a toujours un superbe club anglais, à quelques kilomètres. Luc m’a dit que vous viendriez en mai ? Si vous pouvez en profiter pour nous ramener quelques bandes, ou plutôt copies de bandes parce que je veux garder en sécurité à Paris les originaux, cela tomberait à pic pour la préparation du tome II de l’Agenda. Je voudrais que Luc ramène à Paris le texte tout prêt pour que ça sorte à Paris à la rentrée d’octobre. Un travail formidable. Mère a l’air de se répandre irrésistiblement à travers les frontières. Et l’ennemi le sait, il est désespéré : les derniers incidents d’Auroville sont devenus très physiques (Frédérick et deux autres, blessés et hospitalisés – plusieurs S.A.S.1 arrêtés par la police. Le vent tourne. Plus ils frappent, plus ils sont perdus.) J’ai récemment écrit à notre cher ami pour que nous organisions la première réunion des « trustees » d’Auromitra (les amis d’Auroville) à Bombay. Les choses vont vite dans le monde. C’est une course entre l’Agenda et les forces de mort qui voudraient arrêter ou détruire le nouveau monde. Sans en avoir l’air, un nouveau monde est NÉ.
Nous sommes ensemble pour . ça
1 La S.A.S. est la Sri Aurobindo Society.
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Avril 1978
Conférence sur le désarmement ?1
Le navire est plein d’explosifs. Il y a ceux qui croient qu’il va sauter – est-ce que le bateau évolutif a jamais sauté dans autre chose que dans une nouvelle espèce ?
Il y a ceux qui veulent enlever quelques kilos de dynamite. Est-ce que quelques dents de dinosaure changent le programme du dinosaure ?
Qu’est ce qui changera le programme de l’homme ? La destinée du navire ?
Un seul vaisseau, un seul pays, une poignée d’hommes qui au lieu d’additionner des plus et des moins et toute l’arithmétique mentale de la vieille espèce en voie d’explosion se décideront à tenter la trouée de la conscience sur la prochaine espèce évolutive.
C’est la conscience humaine qui est en train d’exploser, c’est le programme humain qui est en train de changer – c’est une crise évolutive.
Il faut trouver la conscience dans l’atome et le pouvoir qui a propulsé les espèces. Il faut trouver le point de rupture du vieux monde évolutif.
Exploser dedans, ou exploser dehors.
La seule bombe de la conscience. Le lendemain d’Hiroshima, ou le lendemain de Darwin.
1 Lettre écrite par Satprem à l’attention de M. Valéry Giscard d’Estaing, alors Président de la République, à l’occasion de la conférence sur le désarmement qui allait se tenir quelques jours ou semaines plus tard à l’ONU.
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Kotagiri, 2.6.78
D’abord un sourire. Voilà, en fait depuis des mois, j’ai l’impression que le sourire manque à Yolande. Mais la vraie chaleur, elle est toute dedans : c’est là le vrai chez-soi, le seul – le seul, tout le reste faillit, Yolande, tout craque. Là, ça ne craque pas, c’est toujours plein, toujours content. Peut-être en effet, est-ce un certain « chez-soi » qui vous manque. Je vous engueule, c’est vrai, je suis impossible, c’est dix fois vrai, mais j’ai une vraie, profonde affection pour vous et j’aimerais vous communiquer mieux cette chaleur qui est dedans et qui console de tout. Les appuis extérieurs font toujours défaut – pas . N’est-ce pas, il y a une certaine façon figée qui dit : ça« c’est le Divin qui fait tout » – et c’est vrai, il fait tout, mais… Il y a une sorte de participation intime qui change tout et met une chaleur réelle dans cette maison de cristal. Quelquefois, j’ai l’impression que le cristal de Yolande est trop cristallin ! Excusez-moi, je cherche à tâtons à vous haler sur une rive plus souriante. Ce n’était pas tout à fait comme cela il y a quelques mois : on dirait que cela s’est durci récemment. La vie est difficile, mais il y a , il faut que ça devienne une chaleur intime. çaVoilà.
Il faut jeter toutes les frustrations et les déceptions dans le Feu – mais un feu doux, tendre, avec des kilomètres de distances douces tout autour. Alors on est sur l’Ile sereine pour toujours.
Puisse Yolande prendre son virage dans le soleil souriant.
Je vous aime profondément.
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30.9.78
Je sens votre pensée. Vous êtes proche par le cœur. Je connais une Yolande, tout au fond, qui est comme une grande prairie fraîche et qui sent bon. (Si seulement on pouvait oublier tout ce que la naissance et la société nous ont collé sur le dos et redevenir ça, tout simplement. Mais je crois bien que nous allons vers ça – Mère nous y emmène au galop et, en chemin, coupe un peu brutalement tout ce qui nous retient aux vieilles habitudes).
J’avance dans le tome III, au galop aussi. Je veux sortir trois volumes cette année 1979, si rien ne vient se mettre en travers. Luc organise et réorganise – tous les éléments finissant par trouver leur place exacte. Et Kotagiri commence aussi à trouver son visage – en fait, Harwood n’était pas ma place, si vous veniez à Land’s End maintenant vous comprendriez mieux. Je crois que quelque chose de très important et de très silencieux est en train de se bâtir ici, comme un catalyseur ou un « précipitateur », une haute fenêtre avec une vue active sur le monde.
Rien à dire. Beaucoup à faire.
Nous sommes ensemble et très proches.
Avec ma tendresse et celle de Sujata.
20.10.78
Ça, c’est une bonne nouvelle ! Et si vous veniez avec notre ami, ce serait une double joie – vous savez que je le vois souvent dans mes « rêves » (il me montre des choses, me fait visiter certains endroits, comme s’il me faisait participer à ses activités, et c’est toujours plein d’affection – il m’a même offert
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une fois un verre d’une couleur dorée, comme du champagne, c’était doux et délicieux !).
Pas le temps de vous écrire en détail, mais nous nous verrons bientôt – en plein travail.
Et tâchez de ne pas passer comme un météore, il faut assimiler un peu les choses… Si vous pouviez avoir trois jours de complet abandon dans « rien », vous en sortiriez avec quelque chose d’autre.
Je vous embrasse.
J’ai une curieuse impression que vous avez dû appar-répétéetenir à ma famille dans une vie passée récente, comme une sœur.
16 November 1978
Dear Sujata,
Thank you for your letter of October 12 which I found on my return from a business trip abroad. It was therefore impossible for me to accompany Yolande and her French friends to Kotagiri when she visited Satprem and you. Busy as I am, it was in any case unlikely that I would have been able to do so.
Hoping you are well and with my love to you both.
Yours affectionately,
Jeh
P.S. : I was happy to receive from Yolande a copy of the first issue of the Agenda. My congratulations to Satprem.
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22.11.78
Je sentais votre chagrin au fond lorsque vous êtes venue si brièvement. Ce que je sais, c’est que le Vrai est impérissable, même s’il semble momentanément oublié ou effacé – ça revient. C’est la seule chose qui dure en ce monde.
Vous auriez besoin d’un peu de silence intérieur, il est temps pour vous de descendre plus au-dedans. Votre action en sera d’autant plus forte.
J’ai dû écrire une lettre à Thierry parce que les choses ne sont pas toutes comme il les a dites. C.P.N. et Kireet se sont 1personnellement donnés beaucoup de mal pour lui donner les informations dont il avait besoin – il était très ignorant du « background » historique de Nehru et Indira. Bref, Kireet s’est décarcassé et avec beaucoup de cœur (il a un côté enfant que j’aime beaucoup). Alors il est très peiné des réactions de Thierry. Si C.P.N. et moi n’étions pas intervenus, Thierry aurait dû passer par toutes les formalités du secrétariat d’Indira et dû signer les engagements – pour l’aider, parce avantqu’il venait tard et pressé, on a voulu couper les formalités, d’où les malentendus de la dernière minute. Mais il ne faudrait pas oublier que C.P.N. est un grand gentleman, comme Tata, et qu’un peu de courtoisie et de gratitude exprimée par Thierry serait la moindre des choses. Nous autres occidentaux, nous avons toujours l’air de « profiter » des gens.
Vous verrez ci-joint mon mot à Thierry (une copie), qui n’a toujours pas envoyé à Delhi le double des conversations enregistrées, comme promis.
Et j’espère beaucoup que Thierry n’a pas parlé à Tata pour dire des choses désagréables sur Kireet, car cela compliquerait beaucoup le travail que C.P.N. et Auromitra ont entrepris – a-t-il dit quelque chose à Tata ?
1 Kireet Joshi (10.8.1931-14.9.2014), philosophe, écrivain et professeur, nommé conseiller au gouvernement de l’India à New Delhi par Indira Gandhi; plus tard, il a été au Gujarat le conseiller du Premier Ministre actuel de l’Inde, Narendra Modi. Voir aussi www.kireetjoshiarchives.com
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Je me sens très embarrassé car c’est sur ma recommandationque Thierry a été admis chez Indira et sur ma recommandation que C.P.N. et Kireet se sont donné tout ce mal. J’espère que tout finira courtoisement, entre gentlemen. Cet esprit occidental qui cherche à « profiter » ne devrait plus exister.
Simplement, veillez à mettre un peu d’huile dans les rouages et à convaincre Thierry qu’une lettre de courtoisie et gentille pour Kireet et C.P.N. serait la moindre des choses. Je perds beaucoup de temps avec ces questions.
Voilà, Yolande, bon courage. Revenez nous voir plus tranquillement, vous êtes chez vous ici.
Avec ma fraternelle tendresse.
Votre pilote est très gentil et Marie-Noëlle (sa femme) a une âme ensoleillée – à deux ils peuvent aller vers une vie plus vraie.
29.XII.78
Quelques lignes en hâte pour vous dire ma tendresse et ma confiance. Vous êtes une sœur. On travaille à bouchées doubles, ou sextuples plutôt – six livres à sortir de Kotagiri cette année : le 1er tome de l’Agenda anglais, les 2ème et 3ème volumes de « Mère » en anglais et 3 volumes d’Agenda (1962, 63 et 64). Notre équipe travaille dans la joie et l’harmonie. Quelque chose de très solide est en train de se former ici au milieu du chaos accéléré. J’ai même écrit il y a quelques jours à notre ami pour lui demander de m’aider à trouver en Inde une machine « offset » d’occasion.
L’Institut de Delhi va maintenant prendre toute son ampleur – et peu à peu notre réseau de Mère va s’organiser à travers le monde. Yolande est un anneau précieux de cette chaine de lumière. Le nouveau monde est à la porte, il cogne sourdement contre les vieilles fondations.
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À vous, toute ma tendresse. Et la prochaine fois, restez un peu avec nous !
Je n’oublie pas Thérèse.
1979, la grande lézarde par où se faufile le monde nouveau.
8.3.79
Je vous ai si peu vue mais vous êtes dans mon cœur comme une sœur et je vous aime profondément.
Cher Jacques, à tout hasard je vous envoie une copie de ma dernière lettre par Yolande. Le temps passe. Je pense à vous. S.
12.5.79
Je n’ai pas écrit depuis longtemps – trop de travail.
Je termine le tome IV de l’Agenda, (le tome III doit sortir bientôt à Paris), puis il faut sortir le tome V pour décembre… Il y a du pain sur la planche.
Et la traduction anglaise doit être prête pour août aux États-Unis – il faut que je revoie tout ça.
Notre équipe grandit : N vient nous rejoindre, elle est attendue aujourd’hui.
Je me suis décidé à faire un « enregistrement » pour Jaigu1qui voulait faire quelque chose pour la sortie du tome III.
Je me suis mis tout seul devant un micro, j’ai essayé… Ce n’est pas facile de parler dans le vide ! Je ne sais pas si ce sera utilisable. Avez-vous écouté ? Sujata travaille beaucoup sur
1 Yves Jaigu (6.1.1924-5.4.2012), Résistant au cours de la Deuxième Guerre Mondiale; à l’époque, Directeur de France-Culture.
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l’anglais. Et Yolande ? Le monde se décompose d’une façon accélérée, c’est suffocant.
Une grâce d’être ici. Quand venez-vous nous voir un peu tranquillement ?
Nous pensons à vous avec beaucoup d’affection.
11 juillet 79
J’ai bien tardé à vous écrire – il y a beaucoup de travail. Nous essayons d’être prêts à temps pour que Carole ramène le premier tome anglais de l’Agenda… alors nous irons à « l’assaut » des États-Unis, comme en France il y a deux ans (déjà !).
Je suis très content du travail que vous avez fait avec Anne Denieul – j’ai beaucoup d’estime pour Anne. J’espère qu’elle en a fini avec les vieux fantômes qui venaient la troubler1. Oui nous n’oublierons certainement pas notre ami le 29 juillet. Savez-vous que j’ai dû avoir recours à lui – et comme d’habitude il répond instantanément avec une efficacité si affectueuse.
Nous avons en effet eu deux visites de la police ici (la dernière – la plus sérieuse – il y a quelques jours). Ces Messieurs de Pondichéry ont donc fini par découvrir notre adresse et maintenant ils essaient de démolir notre travail. Ainsi le Bureau des Étrangers de Pondichéry a envoyé une note au Bureau des Étrangers à Ootacamund en disant ceci (j’ai eu, ou plutôt Luc a eu le texte de la note entre les mains) : « Etant donné la proximité du Camp militaire de Wellington, vous voudrez bien vous renseigner sur les activités de cet Institut de Kotagiri ». Vous voyez ! Malheureusement, dans ce pays qui a l’espionnite aiguë, ce genre d’insinuation est comme magique. Enfin… Ils sont d’une bassesse ! Notre ami vole à notre secours. L’ennui c’est que tout le système est pourri, du
1 Allusion à l’un des livres d’Anne Denieul, , Paris, Per-Le sorcier assassinérin, 1981.
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haut en bas, et que les décisions d’en haut sont détournées en route.
Donc la bataille continue. Voilà une très bonne nouvelle : revenez-nous voir plus longtemps en septembre, un long séjour, on vous attend avec beaucoup d’affection. Portez vous bien.
Mon amitié à Anne Denieul.
Avec vous.
30.9.79
J’ai beaucoup tardé à vous répondre, excusez-moi, c’est une avalanche de travail. L’article de Brincourt m’a vraiment surpris, je ne m’attendais pas à cette ouverture. Je lui ai écrit d’ailleurs aussitôt , l’une en réponse à la sienne, et deux lettresl’autre après avoir lu son article – les a-t-il reçues ? C’est un excellent travail pour l’Œuvre.
Ce que vous faites avec Anne Denieul est bien utile. Il faut parler de Mère de tous les côtés et dans tous les coins.
J’ai écrit une « légende » ou un conte1 (sur Mère, bien entendu, mais sans la nommer). Je ne sais pas ce que ça vaut, je vais peut-être l’envoyer chez Laffont si Luc (qui est en train de le lire) me dit que cela vaut la peine. C’est très difficile de tirer sur la terre un peu de beauté de là-haut. Je ne sais pas si j’y ai réussi. Enfin on essaie ce que l’on peut.
J’espère beaucoup vous voir avec ou sans prétexte, avec ou sans Thierry, parce que je vous aime bien et vous estime dans ce que vous êtes. Quand venez-vous ? Pas de nouvelles de Bombay mais intérieurement le fil reste solide. On s’occupe à Delhi de mettre au point les démarches auprès du Marché Commun. Courage. Je suis avec vous très très affectueusement et profondément.
1 Satprem, , Paris, Robert Laffont, 1980.Gringo, conte
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25 octobre 1979
J’ai donc écrit une lettre pour Giscard sous une impulsion qui probablement vient d’ailleurs. Je ne sais pas. J’ai une sorte d’impression que c’est ainsi voulu par Mère et par Sri Aurobindo. En fait, je n’arrive plus à écrire quoi que ce soit sous ma propre impulsion.
Cette lettre, je ne l’ai fait lire à personne sauf à Sujata. Ci-joint, je vous en donne une copie pour vous et pour celui ou celle qui voudra bien essayer de remettre cette lettre au Président, afin que vous sachiez de quoi il s’agit et que vous jugiez de l’opportunité.
Avec ma fidèle affection.
(Cette lettre de Satprem au Président Giscard d’Estaing sur l’état du monde fut remise à celui-ci en mains propres à New York par le journaliste Thierry de Scitivaux qui venait d’interviewer en Inde Indira Gandhi. En écho à ce texte Giscard évoque dans son discours à l’O.N.U. « la venue de l’étrange troisième millénaire ».) (Y.L.)
Le 25 octobre 1979
Monsieur le Président de la France
Monsieur Valéry Giscard d’Estaing
Monsieur le Président,
Il était d’usage, autrefois, que les rois cherchent le conseil des sages. Il n’y a plus beaucoup de sages, il est vrai, ni de rois, mais des hommes qui obéissent à des forces sans très bien savoir pourquoi ni ce qui est en jeu vraiment – la politique a remplacé la vision.
Je ne suis pas ce sage, mais j’ai vécu pendant dix-neuf ans auprès d’un sage et j’ai connu celui qui, au début, de ce siècle,
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annonçait « l’évolution nouvelle » : Sri Aurobindo, et celle que l’on appelle « Mère », une Française, la compagne de Sri Aurobindo, dont j’ai été le confident. Parce que j’étais à vingt ans dans un camp de concentration, nu et ravagé, j’ai eu besoin de réponses vraies – des réponses dans la Matière. Après cela, on a un autre regard.
C’est de la Chine dont je veux vous parler, parce que Sri Aurobindo en a parlé et parce que Mère m’en a beaucoup parlé – ils savaient.
Je vis dans l’Inde, en dehors du monde, et pourtant tout près du cœur du monde. Je ne suis d’aucun pays vraiment
,sauf d’un Pays de douceur et de lumière – mais là où est cette Lumière je sais la reconnaître. Et je sais qu’il y al’âme de la France, elle est lumineuse et perceptible. Elle existe, elle a une force d’action dans le monde – si l’on veut et sait s’en servir. C’est au représentant de cette âme que je m’adresse.
Depuis M. Nixon, j’ai vu – Mère a vu et Sri Aurobindo avait vu – 1’atmosphère de la terre peu à peu gagnée par une influence maléfique qui déjà s’était incarnée dans l’hitlérisme. Cette force-là sait prendre tous les visages, tous les sourires, et toutes les idéologies lui sont bonnes pour arriver à son dessein cruel et sans merci. Le vrai danger, c’est que nous ne savons pas où est le danger.
Ce danger, ce n’est pas la Russie ; c’est la Chine. Et c’est avec une sorte d’angoisse que j’ai vu peu à peu ce pays jeter ses tentacules et surtout développer un véritable pouvoir hypnotique sur la conscience des nations occidentales. J’insiste : c’est vraiment un pouvoir hypnotique. Il faudrait qu’au moins un homme, une nation comprenne et arrête cette vague avant qu’elle ne s’empare complètement de la terre. C’est la « qualité » même de ce pouvoir qui devrait alerter ceux qui ont encore l’esprit clair. La France a l’esprit clair.
Inversement, on peut voir cette Chine (ou plutôt la force qui est derrière) exercer son hypnose sur la Russie par la négative et littéralement hanter ce pays par l’inévitabilité d’une guerre. Si, nous, Occidentaux, jouons le jeu fatal de cette force
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et acculons – je dis bien acculons – la Russie au désespoir et à la solitude, il est inévitable que cette Russie, encerclée par la meute chinoise, américaine et occidentale, se livre a quelque acte désespéré – qui profitera à qui ? L’Histoire de la Chine et de ses millions d’hommes n’est pas un mythe. Hyper intelligente, armée de notre technologie, cette nation fourmillante écrasera la terre.
Par contrenotre hantise russe est un mythe périmé. Ce , pays, depuis longtemps, a usé jusqu’à la corde son idéologie, ils sont au bout de leur expérience communiste et ils ne savent pas par quoi la remplacer. C’est cela, son mal. Si l’âme de la France est perceptible sous son masque intellectuel, celle de la Russie l’est aussi – c’est une force vivante. Elle existe. C’est même pour cela qu’elle s’était jetée dans son évangile communiste. On faire appel à cette âme, on peut la rassurer, on peut peutla gagner à autre chose en la dénouant de sa peur – mais cette Chine, froide, calculée, sans âme, ce pays lunaire vraiment, apparaît aux yeux un peu clairs comme l’Ennemi, le Danger, la Force même qui s’est incarnée ici et là dans l’Histoire et qui, aujourd’hui, au Tournant décisif de la terre, au moment où une « nouvelle évolution » devient possible, s’apprête à nous jouer et à nous entraîner dans un abîme obscur auprès duquel le Nazisme même était un jeu d’enfant.
Est-ce qu’ conscience comprendra, un pays ? Quelqu’un, unequelque part, qui aura le courage et assez de vision pour retourner la vague ?
Les Américains sont des enfants brouillons et charmants, et dangereux comme les enfants – il faut leur apprendre, il faut arrêter cet hypnotisme avant qu’il ne soit trop tard.
Ô France, tes yeux clairs verront-ils une fois de plus pour ceux qui sont dans la confusion ?
Dans cette Lumière, je salue cette même Lumière que j’aime chez vous, Monsieur le Président de la France.
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Je me garderai bien de communiquer cette lettre à qui que ce soit.
Satprem, Kotagiri (Nilgiris) 643217, Inde.
23.XII.79
Je pense que vous devez avoir de la peine à cause de ces malentendus avec (…). Je regrette d’avoir pris l’initiative de vous mettre dans cet embarras. Vous savez que j’ai une profonde affection pour vous, comme si vous faisiez partie de ma famille. Les incidents pénibles sont seulement faits pour nous mettre en présence de ce qui doit changer en nous-mêmes – Mère, c’est quelqu’un qui presse sur les circonstances et sur les consciences pour les obliger à changer. C’est toujours difficile de changer. Mais il y a une profondeur dedans où c’est toujours une fête. C’est là qu’il faut vivre. La surface est toujours douloureuse et agitée et déçue. Voilà, je vous aime beaucoup et j’ai confiance. En ce qui concerne cette lettre au Président, ne vous souciez pas trop. Les circonstances s’arrangeront ou ne s’arrangeront pas, et dans tous les cas ce sera très bien. Rien ne sert de forcer les choses. S’il est réceptif, il recevra le message sans avoir besoin de la lettre.
Je vous attends donc à Kotagiri quand vous voudrez – un peu de silence et de paix, est-ce possible ? Il faut décrocher un peu du cirque. L’idée d’une équipe de TV dans ma chambre, me fait un peu frémir. Croyez-vous qu’il n’y a pas d’autres moyens de faire passer le Message ? Dans le tumulte des vibrations, il est difficile de dire des choses vraies. Enfin je m’abandonne à vous !
Notre ami de Bombay toujours aussi affectueux et efficace. Il écrit aux ministres et travaille à protéger nos Auroviliens. Je l’aime beaucoup c’est lui que je voudrais aider en lui apportant le sens de la Merveille. Peut-être mon prochain livre,
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« Gringo » le touchera-t-il ? Je vous le donnerai pour lui lorsqu’il sortira en mars.
Je suis toujours et affectueusement avec vous et j’ai tellement confiance que tout est fait pour nous aider si l’on prend les choses positivement.
Affection profonde.
Bonne année !
P.S. :
Il y a un point sur lequel j’aimerais beaucoup que l’on développe le travail de l’Agenda : c’est le milieu des étudiants et des universités. C’est qu’il faudrait faire entrer Mère. Ce sont làceux-là qu’il faut toucher. N’y aurait-il pas un moyen officiel et ministériel de faire entrer Mère dans les programmes des Universités ou tout au moins de mettre à la disposition des étudiants les Agendas de Mère ? (J’ai pensé que vous et notre amie Maryse et Anne et Thérèse de St-Phalle pourriez peutêtre déclencher quelque action dans ce sens.)
En fait, nous devons nous orienter d’ici peu à faire reconnaître cet Institut comme « d’utilité publique » – oh combien ! publique et terrestre ! Je suis sûr que vous saurez trouver les moyens ou les voies d’approche nécessaires.
Il faudrait agir officiellement, l’Instruction Publique ? ou quoi ? ou qui ?
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(Mot de Satprem à Anne)
Anne, ta mappemonde me fait très plaisir ! J’ai toujours adoré les cartes, je les regardais – regardais comme s’il allait en sortir d’autres pays inconnus. Je connaissais tous les fleuves et les rivières jusqu’à Vladivostok et je regardais ce Sinkiang
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comme une magie pas finie – je cherche toujours le fleuve, j’attends un Sinkiang tout doré.
Allons-nous ouvrir la porte du Vrai pays – faire un trou dans la mappemonde et sortir entier du vrai coté ?
Là où Mère est trouvée.
4 janvier 1980
Ma première lettre de la décade pour vous. Sujata et moi, nous pensons beaucoup à vous… Cette fois-ci, c’est la décade du Nouveau Monde – la porte qui s’ouvre. Il se peut bien qu’il y ait quelques fracas pour qu’elle s’ouvre mais nous verrons le premier rayon de soleil passer le bout du nez. Il serait temps. Et puis cela ferait une si bonne surprise à notre ami pessimiste. Savez-vous que j’ai écrit tout un « conte »1 du Nouveau Monde, justement pour ouvrir un peu les portes de l’étouffement et j’aimerais beaucoup que notre ami y trouve un sourire pour lui. Je vous l’enverrai dès qu’il sortira, avec un exemplaire spécial pour votre ami (en mars).
J’ai reçu l’article de Towarnicki que l’Institut avait pudi-2quement épuré de ses fesses et autres anatomies, parait-t-il, mais comme j’aime mieux me trouver de ce côté-là que du côté des saints et des yogis ! C’est parfait. Votre ami a fait un gros effort et le résultat est assez réussi. Je voudrais l’en remercier. Je vois très bien tout l’excellent travail que vous avez fait et continuez de faire. Vraiment je ne voudrais plus de peine pour vous – c’est triste la peine non ? Qu’un vieux fardeau disparaisse et que vous soyez toujours dans la Beauté et toujours dans le sourire de la Beauté. Quand venez-vous ?
Avec ma fidèle et souriante affection.
1 , op.cit.Gringo
2 Frédéric de Towarnicki publie « » dans la Jusqu’au bout avec Satpremrevue « Lui ». Sera suivi de « ».Jusqu’au bout avec J.R.D. Tata
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15 janvier 80
J’ai été très heureux de vos nouvelles. Vous faites un si bon travail. Mais, voyez-vous, je ne crois pas qu’il soit bon ni souhaitable que je rencontre le Président dans l’atmosphère 1de foire qui « préside », c’est le cas de le dire, aux tournées officielles en pays étrangers. Ce n’est pas comme cela que je puis travailler de façon utile. Ma lettre, s’il l’a lue, contenait tout ce qu’il faut et tout ce qui devait être dit pour le moment. Je ne voudrais à aucun prix « solliciter » une entrevue, car je n’ai rien à solliciter. D’ailleurs, si je comprends bien votre télégramme, ce n’est pas lui, spontanément qui a donné quelque réponse à ma lettre. Croyez-moi, restons dans l’anonymat efficace. Des interviews comme celle de Towarnicki sont infiniment plus efficaces.
Et puis comme je l’ai dit vaguement dans mon télégramme, ma santé n’est pas bonne. J’ai été très violemment attaqué ces temps derniers. En fait on a imaginé de me tuer une fois de plus par des voies subtiles. Je préfère n’en pas parler. Le corps reste très fragile. Le cœur aussi.
Je ne sais quel était votre message à C.P.N. – il n’a sûrement pas été bien compris ou bien transmis. Vous pouvez toujours écrire en français à C.P.N. et Kireet traduira. On peut avoir toute confiance en Kireet.
Donc je ne sais pas si je pourrai aller à Delhi, mais ce serait pour notre ami et pour C.P.N., et d’aucune façon pour la corrida présidentielle – l’action vraie peut se faire sans tintamarre.
Dans tous les cas je tiens absolument à vous voir à Kotagiri, n’est-ce pas, c’est entendu ? Avec ma grande affection.
1 Giscard d’Estaing, qui faisait alors un voyage en Inde.
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16 février 80
En hâte, ci-joint la copie de mon mot à Laffont pour Anne Denieul.1
Je vous attends donc, avec beaucoup de joie, en avril. Il faudra m’avertir à temps pour les réservations au club de Coonoor pour l’équipe et Towarnicki – c’est la « saison » et il est parfois difficile de trouver des chambres.
Je termine mon livre, suis bien fatigué.
Cette dernière rencontre était bonne près de notre feu.
Vous êtes dans mon cœur.
7 mars 1980
Bonne Fête chère Yolande. Je suis heureux de penser à vous ce matin – que l’année coule avec douceur et une chaleur dans le cœur.
R. est parti ce matin à Wellington pour arranger finalement les chambres de l’équipe TV. Le problème ne vient pas des 1000 Rs mais de l’extrême difficulté de retenir quoi que ce soit, n’importe où en cette saison (surtout avril, mai) et si Troller2 change seulement de quelques jours son programme, il risque de ne plus rien trouver. Vous lui direz aussi qu’en même temps que son visa, il ferait bien de demander à Paris un « Liquor Permit » s’ils veulent boire un peu de vin ou de bière ou d’alcool – nous sommes dans une Inde puritaine et corrompue sous sa sainte façade. Voilà pour le côté pratique. Naturellement je compte que vous serez là : il y a une chambre pour vous à Land’s End quand vous voudrez – et un feu.
1 Voir p. 300.
2 Georg Stefan Troller (né le 10.12.1921 à Vienne en Autriche) auteur, journaliste, documentariste de la télévision allemande.
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Autre chose, plus sérieux. Laffont est un peu découragé par ce peu de succès de vente de mes livres – il espérait (avec quelques doutes) que « Gringo » rattraperait un peu la situation. Il faut absolument faire une offensive sur la Presse. Je ne connais que vous qui puissiez faire cela à la hauteur voulue. Tous les écrivains ont leurs petits copains dans la presse et on parle facilement d’un millier de futilités mais je suis à 7000 kilomètres !
Bien sur, j’espère que Brincourt fera quelque chose d’un peu gentil, mais les Nouvelles Littéraires ne touchent qu’un milieu très restreint. Il faudrait ouvrir quelques portes ailleurs. J’aime beaucoup Laffont. Il a tellement coopéré, et je ne voudrais pas le décevoir.
Nous attendons toujours une action un peu radicale pour faire le nettoyage d’Auroville. Mais ce n’est pas si facile. J’ai écrit à notre ami pour lui demander conseil.
Avec mon affection.
9 mai 1980
Ce petit mot hâtif pour vous dire que Kirsten Troller1 est revenue hier à Kotagiri ! oui, probablement assommée par les horreurs et les chaleurs de Calcutta. Elle repart demain. Je lui ai expliqué que je vous avais remis le manuscrit du « Mental des cellules » – elle m’a aussitôt demandé si elle pouvait le 2lire. J’ai dit oui. Voilà pour votre information. Elle dit aussi qu’elle connaît un très bon éditeur allemand. Ce serait bien pour une fois. Et vous, avez-vous lu le livre jusqu’au bout ? Quelle impression ?
Nous avons donc largué notre Towarnicki à Coimbatore. J’espère qu’il est arrivé enfin à Paris. C’était une très bonne rencontre. Sa présence à la fois discrète et compréhensive et
1 l’épouse de Georg Troller.
2 publié plus tard par Robert Laffont.
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provocante a fait sortir beaucoup de choses qui n’auraient jamais été dites sans lui. Et puis il y a un cœur très sensible derrière le masque. Keya est un train de dactylographier ces quelque huit ou neuf heures de conversations (!) et nous lui enverrons le texte intégral pour qu’il puisse faire toutes les coupures nécessaires et organiser son émission.
Mais vraiment, je m’intéresse aussi beaucoup à l’article qu’il sortira pour le grand public – c’est ce grand public auquel il faut apporter l’espoir et la compréhension du phénomène que nous vivons comme des fous. Si vous le voyez dites-lui mon amitié et mon affection, et que je n’oublie pas le rendez-vous qu’il m’a donné quand la terre aura fait son périple autour du soleil et sera revenue au même endroit pour faire briller le bougainvillée violet.
Et vous chère Yolande ? Quelle est la prochaine mission ? Avez-vous pu dire mon « message » à notre ami de Bombay ? Je pense si souvent à lui.
Sujata est en train de lire votre manuscrit1 – et vous en parlera lorsqu’elle aura terminé.
Moi très en retard dans mon travail et les épaules lourdes.
Vous êtes très proche dans mon cœur.
12.5.80
Excusez-moi, en hâte je vous demande de porter clairementles corrections suivantes dans le manuscrit du « Mental des cellules » destiné à la traduction allemande :
1/ Page 2, la note en bas de page. Barrer « Robert B. Wallace » et mettre à la place (souligné) : New York Times du 16 mars 1980.
1 Yolande Lemoine, , Éditions Auroville Press Interna-La fête en profondeurtional, Auroville, Inde, 1993.
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2/ Page 13, 14 ligne. Au lieu de « les caractéristiques èmed’un objet en mouvement sont étroitement liés à… », mettre : « les paramètres d’un évènement physique sont étroitement liés à… »
3/ Page 25, en troisième citation de Mère, il y a une erreur de numérotation : au lieu de 62.117, il faut mettre 62.147
C’est tout ! J’espère que je ne suis pas trop tard. Merci.
Je pense à vous.
16 mai 80
Ce bref petit mot pour vous dire que ce serait une erreur de donner à Brincourt l’exclusivité du récit de Towarnicki. Justement il faut sortir de ce Figaro Littéraire qui est un mouvement fossile.
Frédéric avait l’idée de faire un article pour un grand Magazine comme Géo, ou autre. C’est cela qu’il faut pousser je vous prie, sinon tout notre travail est perdu. Il faut absolument toucher de nouvelles couches. J’attache plus d’importance à un article de Towarnicki dans un grand journal qu’à l’émission de France Culture qui touche un public que nous avons déjà touché.
Toujours beaucoup de travail. Sujata tâche de trouver un peu de temps pour lire votre manuscrit, je crois qu’elle en a lu la moitié. Elle vous dira son sentiment.
Avec vous très affectueusement.
5 juillet 80
Quelques lignes hâtives pour vous dire que je viens de lire un excellent article de Towarnicki sur notre ami – dites-lui que j’apprécie.
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Je termine le gros Agenda VIII, 500 pages… Quel boulot…
La réflexion de Cécile : « Gringo, c’est la conscience du monde », même Laffont n’a pas aussi bien compris !
Avec ma grande affection.
5 août 80
J’ai bien aimé ce « Gringo » qui s’envolait à Porquerolles entre les mains d’une belle inconnue – qui ira le porter où ? Vous êtes toujours la messagère de l’inattendu.
Ci-joint, je vous envoie pour Frédéric l’ultime morceau d’enregistrement qui concernait Tata – vous le lirez au passage, c’est le texte « brut ». J’ai découpé un peu là-dedans pour le livre qui sortira chez Laffont. Il y avait un autre enregistrement aussi où je parlais de Tata – je vais réunir ces deux morceaux et les envoyer à notre ami, par courtoisie, pour lui demander s’il est d’accord pour les publier dans mon livre (« 7 jours en Inde avec Satprem »).
J’ai soigneusement veillé à ce qu’il n’y ait rien qui puisse déranger notre ami mais je voudrais avoir son o.k. car je l’aime beaucoup.
Autre chose, voulez-vous une fois de plus faire la messagère auprès de Towarnicki pour une affaire très importante ? Frédéric a dit à Micheline et à vous qu’il ne voulait « » pas de droitssur le livre « 7 jours en Inde » et que « ». Satprem est l’auteurIl faudrait absolument que Frédéric ait la gentillesse de me le confirmer d’urgence. Robert Laffont m’a écrit qu’il par écritne voudrait pas publier le livre sans cette confirmation écrite. J’attends donc.
Et je vous attends avec grande joie en septembre avec Sophie.
Avec ma profonde affection,
Page 129
16/10/80
J’ai donc reporté toutes les corrections de notre ami et les films ont dû arriver à temps puisque, hélas, la sortie de ces « 7 Jours » semble retardée.
Savez-vous que je vous ai « piratée » ! Oui, il manquait quelque chose dans ce chapitre un peu confus sur la Chine, la Russie, TATA… Alors j’ai rajouté une phrase qui reliait et unifiait tout, et j’ai donc mis votre célèbre question : « Après Marx et Mao quoi ? » J’aurais voulu citer Yolande, cela m’aurait beaucoup amusé (!) mais je ne savais pas comment insérer votre nom là-dedans, et une note en bas de page aurait été maladroite – alors j’ai laissé sans citer mes sources. Mais c’est une source que j’aime bien.
Ici je suis débordé de travail. L’Agenda tourne chez Tata – comme je suis heureux que ce soit chez lui que s’amorce ce travail ! Et je prépare les bases légales au cas où Pondichéry attaquerait. J’ai soif d’un autre monde. Je vous embrasse, vous m’êtes très chère.
(Lettre de J.R.D. Tata à Satprem)
Le 22 novembre 1980
Très cher Ami,
Merci pour votre si gentil mot à propos d’Auroville. Je suis comme vous, ravi de la libération de l’emprise du S.A.S. et de cette horrible personne qu’est Navajata. C’est gentil de vous et d’autres généreux amis de me remercier mais je ne crois vraiment pas que le peu que j’ai fait pour supporter et encourager une Auroville indépendante comme l’a voulu Mère, ait joué un rôle important dans la décision prise par Indira. Je crois plutôt que le Divin a eu assez de ce qui se passait et que s’il a peut-être tardé ce fut pour mettre à l’épreuve le courage, le dévouement et l’endurance des Auroviliens.
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Mais il ne faut pas croire que l’épreuve et le danger seront
finis. (…) Navajata a déjà commencé son opposition en cour de
justice et sans aucun doute se servira de tous ses pouvoirs de
corruption parmi les politiciens et bureaucrates sans scrupules
dont il ne manque pas hélas. Légalement il a malheureuse-
ment des droits et le litige peut durer longtemps.
Comme vous le savez peut-être Madame Gandhi m’a
appointé membre d’une Commission internationale pour
aviser sur Auroville. Comme cela je ferai naturellement de 1
mon mieux pour contrecarrer les fourberies de Navajata et de
ses adhérents ou dupes, mais je ne sous-estime pas les obstacles
qu’il peut nous jeter dans les jambes. Il y a aussi le danger que
les Auroviliens eux-mêmes, une fois libérés des méfaits de la
S.A.S. perdent leur unité et commencent à se disputer entre
eux, la nature étant ce qu’elle est.
Enfin, faisons confiance au destin !
Toute mon affection pour vous et Sujata.
(quelques lignes subsistent, illisibles, gommées par le temps…)
26.11.80
À très bientôt, chère Yolande.
J’espère que vous avez pu dénicher les films de l’Agenda
anglais, tome I et du « Matérialisme Divin » anglais, que
nous voulons faire imprimer chez notre ami de Bombay. M.
et N. iront à Bombay pour organiser la publication avec Tata
Press. Tout bouge vite. Il est temps !
1 International Advisory Council.
Mais il ne faut pas croire que l’épreuve et le danger seront finis. (…) Navajata a déjà commencé son opposition en cour de justice et sans aucun doute se servira de tous ses pouvoirs de corruption parmi les politiciens et bureaucrates sans scrupules dont il ne manque pas hélas. Légalement il a malheureusement des droits et le litige peut durer longtemps.
Comme vous le savez peut-être Madame Gandhi m’a appointé membre d’une Commission internationale pour aviser sur Auroville. Comme cela je ferai naturellement de 1mon mieux pour contrecarrer les fourberies de Navajata et de ses adhérents ou dupes, mais je ne sous-estime pas les obstacles qu’il peut nous jeter dans les jambes. Il y a aussi le danger que les Auroviliens eux-mêmes, une fois libérés des méfaits de la S.A.S. perdent leur unité et commencent à se disputer entre eux, la nature étant ce qu’elle est.
J’espère que vous avez pu dénicher les films de l’Agenda anglais, tome I et du « Matérialisme Divin » anglais, que nous voulons faire imprimer chez notre ami de Bombay. M. et N. iront à Bombay pour organiser la publication avec Tata Press. Tout bouge vite. Il est temps !
Page 133
29.11.80
Je comprends et je sens votre chagrin, il y a longtemps. Il y a des plaies secrètes, que je connais bien, et il faut vivre avec. Peut-être un jour tout sera-t-il dans l’harmonie, mais pour l’instant c’est la bataille cruelle. Vous ne savez pas combien. Je ne puis rien vous dire d’autre que mon affection.
Notre ami de Bombay va nous fournir son meilleur avocat pour défendre Auroville devant la Cour Suprême – c’est un repère de l’opposition.
L’Agenda en Inde est aussi menacé. Au fond tout est menacé et l’heure est critique. Je me sens très seul, je suis très seul. Je continue avec une plaie dans le cœur. Je vous embrasse.
LE PRESIDENT
DE LA
REPUBLIQUE
Paris, le 22 janvier 1981
Secrétariat particulier
Madame,
Le livre1 de Satprem que vous destiniez au Président de la République lui a été remis selon votre souhait.
Le Président Giscard d’Estaing m’a demandé de vous remercier vivement de votre envoi.
Marguerite Villetelle
Chef du secrétariat Particulier
1 Satprem, , propos recueillis par Frédéric de Sept jours en Inde avec SatpremTowarnicki, Paris, Robert Laffont, 1981.
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12. 4. 81
Yolande Urgent.
Je suis dans l’Agenda de 1971 et du Bangladesh. Vous souvenez-vous si Mère a dit quelque chose pour Malraux – quoi ? (les paroles exactes) et à quelle date ? Je l’incorporerai dans l’Agenda. Sans nouvelles de vous depuis Bombay ??
Affection.
3.5.81
Merci pour votre journal. Voici la copie de ce que je mettrai au début de l’Agenda du 2 octobre 1971.
J’espère que je n’ai pas commis d’erreurs ou d’indiscrétions. Sinon il faudrait me télégraphier tout de suite car ces pages sont déjà à la composition.
On continue.
Affectueusement.
La couverture du « Mental des cellules » est formidable !
L’année passée, après la mort du Général de Gaulle, notre amie Y. L. avait rencontré André Malraux à Verrières. Celui-ci lui avait tout de suite demandé : « La Mère est-elle toujours vivante ? » et comme notre amie était un peu ébahie, il a ajouté : « J’y suis allé avant vous, il y a 33 ans… Vous savez donc ce qu’ils ont cherché en Inde… ». Puis il y a quelques jours, après son cri « Volontaire pour le Bengale », Y. L. a de nouveau rencontré André Malraux ; il lui a dit : « Ce qui est essentiel dans
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le combat que je vais mener pour le Bengale, c’est de connaître l’attitude et l’action de Pondichéry. » Notre amie Y. L. est donc venue poser la question à Mère. Mère a demandé : « Quand André Malraux rencontre-t-il Indira Gandhi ? » – « En novembre, à Paris. » Mère a encore demandé : « Quand André Malraux pense-t-il venir en Inde ? » – « Je ne sais pas… » Puis Mère est restée longtemps absorbée et elle a dit : « II aura seulement la Réponse quand il arrivera en Inde, parce que la Réponse est en lui… ». Après avoir rencontré Indira Gandhi, André Malraux renoncera à son plan d’action. Notons que le jour où Y. L. l’a rencontré, il a feuilleté le « press-book » d’Auroville et dit : « Tout cela m’est familier – je suis dedans – je connais. » Et refermant le livre : « C’est comme si le soleil s’était levé. Et il se couche… Et on recommence… » Y. L. lui a simplement répondu : « Et si le soleil s’était vraiment levé ? »1
Le 4 mai 1981
Yolande,
Vous ai-je dit comme votre whisky a été précieux ? La nuit du 24-25 avril, quand Satprem a eu sa deuxième attaque cardiaque, je lui ai donné votre whisky qui a eu l’effet voulu de le remonter. Ensuite, pendant quelques jours encore il en a pris un tout petit peu chaque jour. Satprem m’a dit qu’il a trouvé très bien ce whisky, – lui qui n’a jamais aimé le whisky !
Ici, tout va bien autrement. Nous espérons avoir un peu de pluie, car il a fait très chaud, et il manque de l’eau dans les Nilgiris.
Le climat en France, est-il devenu doux ?
Est-ce que je vous ai dit que la nuit du 24-25 j’ai fait un rêve de Giscard ? Je lui ai offert une papaye indienne et il l’a trouvée si bien qu’il a mis de coté la papaye française qu’il
1 Ces notes sont extraites du « » de Y. L.Carnet de voyage
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était en train de manger. C’est à ce moment-là que Satprem 1m’a appelé.
Je vous aime beaucoup.
Sujata
14 mai 1981
Juste un petit mot pour vous dire de ne pas vous décourager. Il y a vraiment une sagesse divine qui sait mieux que nous ce qu’il faut et la stratégie la meilleure en vue d’un but qui nous échappe. Tout ce qui nous parait « contraire » vient d’une vision fausse (parce que limitée). Il faut se battre comme si on avait mille ans devant soi et comme si on devait mourir le lendemain. Et est bien. tout
Avec mon amour.
15 déc. 81
Nous voilà donc revenus à Kotagiri.
J’avais bien reçu le récit très intéressant de votre rencontre en vol avec Indira – Sujata et moi, à la lecture et par des faits subséquents, avons senti que cette rencontre avait été très fructueuse et avait laissé sa marque intérieure en Indira. Elle a compris avec vous en quelques minutes ce que nos amis de Delhi n’ont pas réussi à lui faire comprendre. Donc du bon travail.
Je ne suis plus guère en état de recevoir les gens, en ce sens que ma vie s’est beaucoup « intériorisée », si je puis dire, et
1 Valéry Giscard d’Estaing ne sera pas réélu à la Présidence de la République.
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c’est un peu comme si je sortais de l’étape des « explications » et discours ou écrits, pour entrer dans une autre phase, encore assez mystérieuse, où l’on devrait passer à une expérience plus concrète de ce que Mère apportait et apporte. L’heure n’est plus guère aux discours : il faudrait , il faudrait surtout faireDEVENIR.
Vous direz à Jacques et à Marion mon affection, et surtout ma grande reconnaissance à Jacques.
Viendrez-vous me voir ? Vous savez que ce coin de feu est votre coin aussi, chaud et affectueux. Mais tant de monde à la fois me fait un peu « peur » (!). Ces rencontres « générales » sont rarement efficaces : on est trop à parler chacun un langage différent. Je ne suis plus guère bon à ce genre d’exercice.
Mais surtout, vous direz ma profonde affection à notre ami, il est tellement dans mon cœur. J’ai vu récemment les attaques dégoûtantes dont il a fait l’objet – l’Inde est descendue bien bas. Que faudra-t-il pour la réveiller à sa Vérité ?
Je vous embrasse, et peut-être à bientôt.
23 déc. 81
Quelques lignes « comme cela » pour vous dire comme nous vous aimons. Vous êtes arrivée juste à la minute exacte où le Problème se posait – nous nous comprenons bien.
J’attends donc votre télégramme, mais surtout ne « faites » rien – que les circonstances matérielles soient la pierre de touche. Et si rien ne se fait, c’est que rien ne doit se faire. C’est simple.
Si nous devions venir, je voudrais beaucoup déranger le moins possible votre vie quotidienne. Et n’allez pas quitter votre chambre pour nous ! Vous avez sans doute une chambre d’amis. Sujata et moi, nous ne sommes pas compliqués.
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Je ne parlerai donc à personne de ma venue, pas même à ma famille.
Voilà, à la Grâce du Divin.
Ma gratitude pour tout ce qui s’est fait à travers vous.
Et ma profonde tendresse.
P.S. : Surtout ne parlez à personne de « l’île aux Pingouins » ! C’est encore une autre aventure, pour plus tard – chaque chose en son temps. J’ai dit à Luc de coudre sa bouche.
30.12.81
Le 25 décembre Keya a commencé « La Fête en profondeur ». Que cette année 1982 soit le début de la grande fête 1du nouveau monde.
On vous aime.
1 Yolande Lemoine, , op.cit.La fête en profondeur
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