Gringo 230 pages 1980 Edition
French

ABOUT

Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Gringo

Satprem
Satprem

Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Books by Satprem - Original Works Gringo 230 pages 1980 Edition
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XIV

ET LE PETIT IGUANE TROTTAIT...

IL souriait à la lumière.

Le chant de la forêt entourait Gringo avec amour. Les hautes fougères s'étaient juste posées sur la pointe et attendaient, un peu penchées, de reprendre le ballet. Gringo passa ses doigts dans la cascade, il tenait encore un fil d'argent, et puis... Et puis les grillons emportaient les songes dans une haute vague stri-dulante, comme une autre mémoire de toutes les mémoires, douce et profonde dans les plis moirés des âges. Un petit échassier vert posa une patte délicate sur le rocher, hésita, plongea son bec dans la cascade et s'envola d'un coup avec un cri flûte — vers quel pays ? Car le monde est un pays de mille pays, rosés et bleus, chantants et graves comme le cœur de la nuit ou soudains et légers comme un sourire furtif.

Gringo souriait et c'était le plus joli de tous les pays.

Un instant, il hésita, porta la main à son cou comme à la recherche de quelque chose, regarda autour de lui, chercha encore, car l'homme cherche sans savoir un grand pays de toujours comme si sa terre n'avait pas très bien trouvé ses yeux ni de quel songe elle vient ni sa guirlande qui relie tout, et nous allons dé-ci dé-là, à tâtons dans cette histoire, vêtus d'oripeaux et de peines, de blanc, de rouge, de noir, avec quelques lambeaux de sourire et des grands yeux troués.

Ses yeux tombèrent sur la machette.

Un pli barra son front.

Encore, il ne voulait pas voir, encore il voulait se souvenir seulement du joli souvenir : c'était comme une douceur d'amour sans cause qui enveloppait tout dans ses plis nacrés — la nuit, le jour, le mal, les peines et les petites joies, pareil; c'était du fond des temps comme une caresse inoubliable — oh! se sou-venir de ça seulement...

Mais cette machette n'était pas comme la sienne.

Alors il sut, regarda le soleil, ses pieds ensanglantés par la longue course. Il s'est rappelé de la peine. Il était de nouveau un petit d'homme et il serra sa ceinture d'écorces autour de ses reins.

Vrittru l'attendait dans la clairière avec toute la tribu silencieuse.

C'est Elle qu'il vit d'abord, paisible et blanche dans un creux du bois-violet, comptant ses graines comme si de rien n'était. C'était chaud et léger dans son cœur comme un petit bond de gazelle. Elle sourit.

Vrittru s'avança, les pouces enfoncés dans sa ceinture.

— Tu as dormi, hein, et tu veux nous faire croire...

Gringo regarda un instant Vrittru : de vagues ombres venaient lécher un rivage ensoleillé. Il sourit.

— Eh bien, parle!

Sans un mot, Gringo tira la machette de sa ceinture et d'un coup la planta entre les pieds de Vrittru. Vrittru blêmit. Il y eut un murmure amusé.

— Combien sont-ils? dit-il d'une voix rageuse.

Gringo hésita : s'il disait trop peu, il allait les tuer ; s'il disait trop...

— Ils sont peut-être cinquante. Je n'ai pas vu. Il y a des femmes et des enfants.

— Nous allons les tuer.

— Non, tu ne les tueras pas, dit tranquillement une petite voix claire.

Tout le monde s'est retourné vers Elle.

— Mais...

— J'ai dit.

Un silence est tombé.

Vrittru s'est retourné vers la tribu :

— Si nous ne les tuons pas, c'est nous qui serons affamés. Il n'y aura plus de gibier. Ils viennent sur notre territoire, ils vont voler nos femmes. C'est à nous, ici, depuis des tribus et des tribus. Est-ce que nous nous laisserons envahir comme des lâches ?

Il y eut un long murmure dans la tribu. Vrittru s'est rengorgé comme une pintade. Ma ne bougeait pas. Elle était si immobile et si frêle au milieu de cette meute, et pourtant si impérieuse dans son silence.

Gringo alla se mettre près d'Elle.

— Depuis des tribus et des tribus, c'est la Loi, continuait Vrittru. Nous sommes tués ou nous tuons. Si nous ne suivons pas la Loi, les esprits de nos pères nous poursuivront et nos enfants seront frappés.

Brujos, la glissante limace, est venu se mettre près de Vrittru. C'était le guérisseur.

— Si nous sommes frappés par le mal, dit celui-ci, comment vous guérirai-je? Depuis des tribus et des tribus, l'esprit du mal est vaincu par la Loi sage et si nous trahissons la Loi, qui nous protégera?

Maintenant la tribu était ébranlée. Gringo écoutait au loin comme une clameur qui montait du fond des temps, une vieille clameur inexorable comme la peur et la faim. Et tout cela était irréel : il n'y avait pas de mal, il n'y avait pas d'ennemi, il n'y avait pas de gibier manquant, personne n'était frappé! Et pourtant tout le monde était frappé.

Il s'est retourné vers Brujos, vers Vrittru : c'étaient les inventeurs du mal et de la guérison du mal. Ma prit son poignet :

— Tais-toi, petit.

Tout le monde regardait Ma.

— Ce soir, dit-elle, j'irai souffler la fumée de leur camp, et si, demain, Brujos voit encore un feu, c'est qu'il aura pris trop de niopa1.

Et d'un seul coup, la commotion est tombée. Tout le monde s'est regardé, puis il y eut un rire partout — il n'y avait plus d'ennemi, plus de guerre, plus de loi, plus d'esprits, plus de tribu des tribus, c'était tout envolé, comme une nuée de chauve-souris dans la lumière. Il y avait un matin comme tous les jours et le petit iguane qui trottait pondre son œuf dans l'igapo.

Gringo aperçut Rani, un doigt sur le bout de son nez. Elle avait mis une jupe d'écorces serrée sous ses seins ronds, et un trait de rocou rouge comme une petite flamme sur son front.

1 Niopa : poudre hallucinogène.











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