Gringo 230 pages 1980 Edition
French

ABOUT

Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Gringo

Satprem
Satprem

Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Books by Satprem - Original Works Gringo 230 pages 1980 Edition
French
 PDF   

XXX

IL ÉTAIT UNE FOIS...

Ils entrèrent dans le Parc. Il y avait encore de vrais marronniers. Des enfants jouaient sur un tas de sable jaunâtre, comme une île. Ils se battaient : «Puisque je te dis que c'est moi, c'est à moi!...» Et la foule, la foule partout. Des étudiants sur les bancs apprenaient les secrets de la géométrie euclidienne, ou les secrets de la fonction glycogénique du foie, enfin tous les secrets pour marcher dans la colonne.

— Mais non! Je te dis que c'est clonk-clonk, ce n'est pas cluk-cluk. La preuve...

Gringo marchait au milieu de tout ça, il cherchait un oiseau dans les marronniers. Il serrait cette main dans la sienne. Ma le regardait du coin de l'œil.

— D'abord, quitte ton air abominablement sérieux, mon petit ; ça, c'est la magie la plus épaisse.

Gringo fronça le nez, essaya un sourire de la joue gauche, un sourire de la joue droite. Ça ne fonc-tionnait pas bien. Rani sautillait comme si de rien n'était.

— Sourire à quoi? C'est pas marrant.

— Mais mon petit, si je te transportais instantanément en Amazonie avec les beaux arbres et les oiseaux... et les moustiques, tu sourirais trois minutes, et puis... ce ne serait pas «marrant», comme tu dis, tu continuerais de poser la question : tu passerais à travers les arbres comme par la porte du métro ou la grille du parc. Hein, qui est-ce qui passe ici et qui est-ce qui passe là — qui ?

— J'en ai marre d'être un homme.

— Mais tu n'es pas encore un homme! Tu es seulement un ouistiti savant.

— Ça, c'est pas mal! dit Rani, qui ne savait rien de l'évolution des espèces.

— Tu sais seulement tous les petits clic-clic-cloc qu'on t'a mis dans le crâne et les chromosomes ; tu ne vois rien, ni à Bornéo ni ici, tu vois seulement un miroir de ton clic-clic-cloc. Mais ça, mon petit, c'est la vieille magie. Sauf de temps en temps quand ta question brûle un peu trop fort, tu passes au travers. Là, tu pousses un petit cri.

— Oui, mais ça devient tout blanc. Moi, je veux passer au travers les yeux grands ouverts.

— Mais tu ne peux pas passer au travers avec tes faux yeux, petit serin! Si le serin passe au travers avec ses yeux de serin, il n'y verra que du serin. Non, logique ?

— Oh! moi, tu sais, les «visions»... je ne me sens pas Ste Thérèse, dans aucun coin de chromosome.

— Mais ce n'est pas une «vision», enfant! ce n'est pas voir autre chose que ce qui est là : c'est LA vision, voir ce qui est vraiment là, sans les petits clic-cloc d'une géométrie inventée et d'une physiologie inventée.

— Mais on n'invente pas la physiologie! On est dedans.

— Exactement  :  tu es dedans,  vous êtes dans l'invention.

— Sors-moi de l'invention.

Rani les regardait tous les deux avec un doigt sur le nez.

— Ma, raconte-nous une jolie histoire, dit-elle. Gringo, il est un peu...

Ma sourit, Elle les entraîna dans une allée du Parc et ils s'assirent tous les trois sous un marronnier. Elle posa ses mains entre les plis de sa robe blanche et ferma les yeux.

— Il était une fois une jolie mouette...

Gringo leva les yeux et subitement, c'était quelque chose de si familier, comme s'il sentait le souffle du vent dans ses oreilles et l'odeur du varech. Il a souri.

— ... Elle faisait son nid dans les falaises du grand fjord, là-haut, et elle n'aimait rien tant que de plon-ger dans le vent et d'ouvrir les ailes tout d'un coup, à la renverse dans le ciel, avec un cri d'éblouissement, ou bien flotter là, sur le vent doux, et puis couler comme un éclair dans les eaux vertes où scintillent les harenguets. C'était si frais, si délicieux de sentir l'eau, le vent sur les plumes lisses et de nager ou de voler comme on embrasse l'azur ou des myriades de petites bulles salées. Et quelquefois, on restait tranquille, une patte dans les sables blancs, à écouter sans fin le clapotement nu du fjord, comme une coulée de lumière murmurante qui s'étire et laisse souffler une vaguelette bruissante de coquillages... Ce devait être une mouette ancêtre de Gringo parce qu'elle commença à «regarder» le fjord au lieu de couler dans ses eaux et de boire l'azur frais qui sentait la lavande et l'écume. Elle n'était plus l'azur, elle n'était plus la vasque verte ni le goémon léger qui flotte entre les rochers criards. Un invisible filet est tombé sur ses ailes... C'était la première géométrie du monde et son premier cri d'oiseau pris au filet : l'oiseau-Gringo, l'oiseau-moi, mais plus jamais-jamais l'oiseau-oiseau ni la mouette d'un coup d'aile dans la vague.

— Ça ne m'étonne pas de toi, remarqua Rani calmement. A-t-on idée...

— Alors la jolie mouette, de regard en regard et de petit cri en petit cri surpris, s'est trouvée prise dans un deuxième filet, un troisième filet, des tas de petits filets bleus ou rosés qui faisaient des couleurs, des algues à elle et d'autres mouettes là-bas. Puis un jour c'était noir de filets les uns sur les autres, elle n'a plus pu bouger : elle était prise dans une petite flaque de lumière éteinte et sur une patte et deux qui tournaient et retournaient en rond dans le filet. C'était déjà un Gringo très avancé dans la physique du monde : il connaissait toutes les étoiles qui se mesurent à travers les mailles et les points cardinaux pour remplacer le vol direct et la coulée lisse dans les grands alizés bavards. Et finalement, ils ont mis un grand filet sur la mappemonde et la terre est restée plantée sur son écliptique comme une cigogne sur le toit. C'est là qu'ils ont trouvé la loi de Newton, la loi du pancréas et toutes les petites lois pour mesurer la loi de leur filet.

— C'est une histoire triste, dit Rani.

— C'est seulement le début de l'histoire. Maintenant regarde — justement on a inventé le filet pour que «quelqu'un» regarde... Au bout de l'histoire, un jour, un petit Gringo, deux petits Gringo, quelques petits Gringo perdus par-ci par-là ont commencé à se souvenir du joli fjord dans les brumes et d'un cri de mouette qui résonnait-résonnait là-bas, derrière des filets et des filets, comme une trouée de lumière sur un espace ailé. Ils ont fait un premier trou dans les mailles et c'était éblouissant et blanc parce que leurs yeux des cavernes ne savaient plus la lame d'argent sur les brisants venteux, ni leurs deux bras la joie d'embrasser tant de monde d'un cri de ravissement. Et puis tous les canards sages voulaient absolument les garder à l'abri dans leur filet raisonnable — mais c'était seulement une raison de canard, ou de n'importe quoi sur deux pattes qui marche avec un pantalon et de la géométrie.

— Et maintenant, c'est l'heure! s'écria Rani.

— Oui, c'est l'heure, regarde!

Alors ils ouvrirent grands leurs yeux et ils virent le plus joli conte de fées du monde. Seulement, ce n'étaient pas des fées : c'étaient des petits Gringo, des petites Rani, tout naturels... des petits hommes sur deux pattes qui retrouvaient leur mémoire légère et une mappemonde désamarrée.









Let us co-create the website.

Share your feedback. Help us improve. Or ask a question.

Image Description
Connect for updates