Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
XVIII
IL est entré par la porte de flamme. C'était comme un vent qui le traversait : ses jambes, ses bras, sa tête
; il s'en allait dans un vent de lumière, les yeux clos, comme sillonné et baigné à la fois d'une onde blanche et douce qui fondait les limites, défaisait la trame dure de son corps, défaisait les nœuds, les fils, les opacités, dans une myriade de petits craquements de lumière, et l'emportait nu et léger dans une immense tendresse de toujours. Un instant, il voulut retenir ce fil de lui, ce battement de cœur sur une rive verte, là-bas, et ce murmure ensoleillé, comme s'il cherchait une mémoire dans les plis de velours d'un lac ombreux, puis il ouvrit les mains comme on lâche un oiseau... il a glissé dans le vent doux d'une berge sans mémoire où plient les roseaux lisses comme une houle sans laisser de trace. Il allait dans les grands siècles oubliés, vêtu de lumière et comme porté par une mémoire d'oiseau, vers un pays léger sur des méridiens roses; il allait là-bas, au bout des temps, dans une immense tendresse qui était comme le pays même et l'Arctique tranquille sous un blanc battement d'aile.
Puis il a chuté soudain, comme de très haut. Il y avait des murs, un couloir. Tout baignait dans une lumière douce et dans un silence si profond qu'il semblait se réverbérer au loin sur une haute crête de cristal et battre là-bas, longtemps, comme un carillon sous les neiges.
Ses doigts touchèrent le mur. Il y avait une dalle carrée. Elle sembla s'emplir d'une flamme bleue sous ses doigts, comme un brasier de saphir. Il y eut un vent frais, son corps prenait une autre densité. Il poussa la dalle.
Ce fut un éclatement de soleil.
Il est arrivé dans le bruit aigre des mouettes, au pied d'une citadelle battue par l'écume et le vent. Gringo était assis sur un rocher, il regardait.
La mer se gonflait comme un énorme ventre bleu et s'enfonçait d'un coup de boutoir, giclant d'écume dans les grottes au-dessous de lui.
— Encore! Encore! criait Rani, en battant des mains.
Ses longs cheveux dorés flottaient dans le vent, elle tirait la langue pour lécher les embruns salés. Gringo était ailleurs, comme d'habitude.
— Eh! Gringo, tu vas manquer ta leçon!
Elle était perchée au-dessus de lui sur un gros rocher mangé de fenouil.
— Tu entends ?
Et vrrm! une lame a giclé sur Gringo, s'éparpillant dans une fusée de mousse. Il a bougé un peu.
— Oh! Gringo, Son Excellence va tempêter, tu seras mis au cachot.
Cette fois Gringo rit et, d'un bond, comme s'il était porté dans l'air, se retrouva près d'elle :
— Je passerai à travers les murs.
— Bon. Mais il te donnera mal à la tête. Alors?
— Alors, flûte!
Il serra sa tunique, prit la main de Rani, puis s'arrêta soudain :
— Tout à l'heure, j'ai vu une drôle de chose...
Il regarda Rani comme s'il essayait de poser un autre visage sur le sien. Elle était belle, toute droite dans le vent, les cheveux défaits et ses yeux toujours fendus dans un rire, ou peut-être à cause des embruns.
— Tu étais penchée sur moi. C'était au bord d'un lac entouré d'étranges arbres verts, comme des fougè-res, tu sais, légers, comme une dentelle de feuilles. Et tu étais à demi nue avec une mèche noire sur le front. Tu me regardais très fort, tu semblais avoir du chagrin, ou peur peut-être, je ne sais pas. Quino était là aussi. Ça avait l'air d'une grande forêt. Mais c'étaient surtout tes yeux... Tu n'as pas les yeux noirs et pourtant c'étaient tes yeux, si pleins de... je ne sais pas. Et puis c'était le sentiment : il faut faire vite-vite, ils vont la tuer...
— Oh!
— Mais faire quoi ? Il y avait quelque chose à faire. C'était très intense. Quelque chose qui pourrait la sauver, ou nous sauver, je ne sais pas. Et puis j'étais nu et tout à fait immobile, comme si je dormais, ou je rêvais. Pourtant je voyais tout très bien.
Elle posa un doigt sur le bout de son nez, elle avait l'air grave pour une fois.
— Alors ils voulaient la tuer... Dis-moi, est-ce que ce n'est pas une vie d'avant ?
— D'avant? Ou d'après?... Mais on avait l'air très primitifs.
— Dis-moi, est-ce qu'ils vont la tuer toujours? Est-ce qu'ils l'ont tuée toujours?... Ou bien, simplement, tu as rêvé.
— Et maintenant, est-ce que je rêve?
Ils rirent tous les deux et le vent claquait leurs vêtements blancs comme s'il allait les emporter sur une autre île, là-bas, derrière le cri des mouettes et les embruns, dans les cyclades de l'Atlantide.
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