Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
XXXV
Ils ont marché des jours, des mois, en suivant les flancs ronds de la serra où s'enfonçaient parfois des gorges profondes grondant de rios tumultueux ; ils ont traversé des marécages glauques et immobiles comme «n maléfice, débouché soudain dans des clairières délirantes où piaillent des oiseaux fous, depuis des âges, couru avec le rythme, marché, encore marché sous la pluie longue et douce comme à travers des algues grises, comme pour des siècles de perdition dans une énorme mêlée d'odeurs parfois déchirée du cri d'un ara; ils ont écouté la nuit, écouté le jour, encore la nuit, sifflante, grinçante, pareille, et le tonnerre sourd des arbres géants qui s'écroulent, comme Un abîme, et le silence qui s'enfonce dans une nuit plus grande encore, immobile, muette, ouvrant des yeux troués sur son propre mystère. C'était sans fin, •ans commencement, sans hier ni demain, sans là-bas, deux petits d'homme qui marchent, qui marchent et Pourquoi? Ils ne disaient plus rien, ne voulaient plus rien, ils allaient, indéfiniment, un pas, encore un pas, des arbres et d'autres arbres, des cris et d'autres cris, vers l'Est, toujours vers l'Est, comme deux petites flammes blanches dans le ventre des millénaires.
Et soudain Gringo s'est assis.
Sa jambe était gonflée, il ne pouvait plus.
Il n'irait plus à l'Est, il n'irait plus nulle part. Il était arrivé au bout du voyage.
Au bout de nulle part.
Rani le regardait avec des yeux immenses comme la nuit. On entendait un rio gronder dans une gorge violette.
Elle a pris un peu d'eau au creux de ses mains pour rafraîchir cette jambe brûlante. Il a secoué douce-ment la tête. Elle a pris une dernière petite algue, l'a humectée un peu en y ajoutant de la poudre.
— Mange.
Il a secoué la tête.
Alors elle s'est assise, les mains à plat sur ses genoux, les yeux fixés devant elle. Elle a regardé long-temps devant elle. Gringo ne regardait plus rien, il écoutait la fièvre monter dans son corps et battre comme à des milliers de petites portes de douleur. Puis des images se sont mises à traverser ses yeux, ou bien lui à entrer dans les images, comme des tas de petits Gringo jaillis de partout, vêtus d'une couleur, d'une autre couleur, chacun avec une petite image vivante : Gringo au bord d'un fleuve semé de pigeons blancs ; Gringo assis devant la mer où tourbillonnent les mouettes ; Gringo à cheval dans une gorge d'Abyssinie, regardant un aigle qui s'envole ; Gringo le crâne rasé, devant un feu sacrificiel ; Gringo sur un trottoir, les joues entre les mains et des hommes, des hommes qui passent ; Gringo tenant une main blanche et douce parcourue de petites lignes violettes : «Cette fois-ci?» Puis des hommes encore, quatre par quatre, et un étrange Gringo émacié, avec un numéro sur la poitrine et de grands yeux de toujours. Des yeux, des yeux .qui regardent, des yeux de partout — bleus, toujours bleus, comme une mer d'où va jaillir la mouette avec un cri, toujours Un cri.
— Ma... souffla-t-il.
Elle était là, souriante, pareille.
— Eh bien, il y a longtemps que je t'attendais!
— Ma, je vais mourir.
— Mourir? dit-elle comme on parle à un enfant... Et toi, petite-reine, tu vas mourir aussi?
— Moi, je vais avec lui. Qu'est-ce que c'est, mourir?
— Aah! dit-elle. Attends, je vais te montrer.
Elle a pris la main de Rani, la main de Gringo, et ils sont partis vers la gorge violette où grondait le rio.
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