Gringo 230 pages 1980 Edition
French

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Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Gringo

Satprem
Satprem

Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Books by Satprem - Original Works Gringo 230 pages 1980 Edition
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XIII 

LA LOI

GRINGO ne croyait pas à toutes ces menaces, cela lui paraissait une histoire inventée. Il avait vécu si longtemps près d'Elle comme dans un cocon de lumière et c'était la seule histoire vraie. Comment pouvait-on ne pas aimer la Beauté? Leurs dieux étaient grands, peut-être, ils étaient compatissants comme Isis et chauds comme Amon, mais cette douceur du cœur comme un lotus qui s'ouvre et boit un invisible soleil? Et parfois, il lui semblait que tous les dieux allaient avec tous les maux, fût-ce pour les guérir.

Il passa devant l'énorme pylône qui se découpait dans la nuit avec ses oriflammes, prit une ruelle, une autre dans un dédale d'aromates et de citrons mûrs, longea le fleuve, grimpa l'escalier raide : il était sur la petite terrasse de Quino, au-dessus du Nil.

Quino n'a pas bougé.

Le fleuve luisait comme un reptile.

— Quoi, Quino?

Il était accroupi par terre, sa flûte sur ses genoux, son bandeau serré sur le front. Gringo se pencha vers lui, caressa ses cheveux :

— Tu ne dis rien, tu ne joues pas ?

Quino secoua la tête, prit sa flûte entre ses mains.

— Je ne sais pas, frère... J'ai un poids sur le cœur. On dirait que la nuit n'en finit pas.

Il esquissa un sourire, jeta deux petites notes aiguës qui traversèrent la nuit comme un oiseau frappé au vol.

— Tu vois, elle ne veut pas.

Et tout à coup Gringo sentit, oui, cette immobilité intense qui descendait sur lui. Il savait... Il prit les mains de Quino, le regarda longuement. Un bouquet de palmes se détachait derrière lui, avec une cascade de petits rayons d'argent. On entendit un chien hurler. Une seconde intense avec un grand regard transparent ; une seconde qui avait sonné bien des fois, bien des vies, et l'on est soudain entouré de distances : une toute petite personne dans un grand regard. Il s'est relevé lentement, sa tunique blanche éclatait. Il a porté sa main à son cou : «Chaque pierre pour une vie...» Et tout était tranquille, comme derrière un rideau qui se ferme sur les peines et les bruits. Il y avait tout juste un petit Gringo de l'autre côté, comme une image.

Cette petite image-là s'est retournée. Il y eut un bruit de pieds nus sur les dalles, un froissement de robe, des petites flammes d'or. Puis des pas lourds, un cliquetis d'armes.

— Sauve-toi.

Elle était très droite contre un immense ciel blême. Leurs regards se sont fondus dans une douceur de toujours. Alors les hommes ont bondi sur la terrasse. Gringo s'est ressaisi : «Le coffre, le Trésor!»

Une seconde, sa tête s'est retournée.

— Sauve-toi! cria-t-elle.

Elle s'est jetée sur eux, il a couru vers la balustrade.

— Chienne! entendit-il hurler, puis un bruit mou.

Il a sauté dans le fleuve, nagé, couru dans les roseaux : «Le trésor, il faut sauver le trésor...» Il se déchirait les pieds, avançait dans une marée frôlante, trébuchait et avançait encore — Ma!...

Il a poussé la porte d'ébène : les flambeaux étaient allumés. Ils étaient là. L'arrogant Vrittru, coiffé de sa toque de grand-prêtre, les mains enfoncées dans sa ceinture.

— Alors, joli scribe séditieux...

Gringo s'est jeté sur le coffre. Ils avaient tout ouvert, les rouleaux jonchaient le sol.

— Non, non!

Et puis ce gros rire retentissant, affreux. Gringo s'est retourné vers lui :

— Vous ne pouvez pas! Mais vous ne pouvez pas, vous ne comprenez donc pas !

Un vertige le prit, il balbutiait comme à travers une nuit de cauchemar, il a saisi le bras de Vrittru :

— Comprends, mais comprends donc, insensé! oh! Vrittru, tue-moi si tu veux, mais c'est l'or du monde qui est là, c'est l'espoir — l'espoir tu comprends?

— L'espoir de quoi ?

— Le Secret... La Chose... Le Passage... Tu comprends, le Passage. Et puis c'était si futile, là, au milieu de ces bêtes avides.

— Ton passage, il va au fond du Nil, et toi avec elle, en pâture pour Sobek-Rê1...

Gringo laissa retomber son bras. C'était vain. C'était dérisoire. Il regardait les rouleaux blancs, il regardait cette lumière et cet amour pour rien, et la nuit qui montait comme une clameur barbare. Il entendait au loin cette voix de gnome musclé :

— Vous voulez bouleverser la terre et la loi des dieux, hein ? mais la Loi est la Loi et nul homme n'est plus grand que le ciel — es-tu capable de t'envoler maintenant?

Le visage de Ma est apparu dans un éclair : «Tu veux ? »

Et il sut qu'il pouvait.

Gringo regardait autour de lui ; mais il n'avait

1 Sobek-Rê : dieu crocodile.



pas envie de s'envoler, même si des ailes lui étaient données. Il regardait ces hommes avides, et son cœur était plein de tristesse comme si le long passage n'avait pas fini de traverser des nuits cruelles et des lois de fer, et tant d'hommes armés de lois pour protéger leur petitesse. Et quelles ailes, pour un homme tout seul?

— Tu vois, tu es impuissant.

Il dit et ramassa un rouleau blanc qu'il froissa entre ses mains. Gringo regardait cette lumière d'amour, cet espoir dans le poing d'un homme qui ne voulait pas de l'espoir, qui ne voulait pas de l'amour, qui voulait seulement la loi et la loi.

Il était par-delà les paroles. Il était dans le silence d'amour qui attend, oh! qui attend depuis si longtemps qu'un cœur d'homme fonde et consente à la Beauté et consente à la Merveille.

— Emmenez-le.

Gringo ouvrit les mains et sourit à la nuit.

Une lame de fer a résonné sur les dalles.

Le bruit a résonné-résonné dans sa tête.

Ce fut tout.

Il souriait à la nuit.









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