Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
XXXI
Elle prit la petite boule bleue et brune entre ses mains, avec ses îles, ses continents qui sautaient hors de l'eau comme des dauphins, et quelques lambeaux de nuages tout blancs comme des cornets à la crème pour les gentils dauphins. Ça tenait très bien au creux de ses genoux.
— Note qu'il y a beaucoup de petites boules comme ça, dit-elle à Rani qui tirait la langue, peut-être à cause des cornets ; mais on va essayer sur celle-ci, c'est une très jolie boule. Si ça ne marche pas, on ira voir ailleurs.
Délicatement, Elle prit le méridien de Greenwich entre le pouce et l'index, et tira un peu dessus : clac! Il a pété comme un élastique. Toutes les pendules ont commencé à avoir le vertige.
— Tu vois, il y en a beaucoup comme cela : c'est toute une pelote. Regarde-moi comme ils ont ficelé tout ça...
Elle attrapa quelques parallèles au passage et clac ! le cercle polaire a sauté. La Mer de Behring eut un frisson et le pôle nord ne savait plus très bien où donner du nord. Puis, d'un coup sec, Elle a fait sauter l'équateur.
— Ouf! dit Rani en se tâtant le ventre. Il y avait longtemps que ça serrait.
— Tu vois, dit Ma, maintenant leur filet est tout troué.
Gringo regardait tout cela avec étonnement. Puis on entendit une voix retentissante :
— Eh! Marcel, le générateur est tombé en panne. C'est une panne terrestre.
— Mince! dit Marcel.
— Mince! dit Gringo.
Alors il écarquilla les yeux et il assista au plus ahurissant spectacle qu'il ait jamais été donné aux hommes de voir, comme si, en vérité, ils avaient attendu trois milliards d'années pour voir ça : les pro-tozoaires en frétillaient dans leur trou. Mais c'était toute la terre qui frétillait, prise soudain d'une drôle de sensation.
D'abord, Gringo sentit une ébullition bizarre dans son corps... des tas de microscopiques courants d'air passaient à travers tout ce treillis compact de veinules, dendrites et nucléoles : ça s'aérait, s'allégeait subitement, se décoagulait; on avait l'impression tout d'un coup qu'une énorme et innombrable pelote se défaisait, craquait partout, lâchait ses minuscules fils, larguait les nœuds, et ça entrait à flots, de partout, une microscopique marée innombrable qui fusait à travers tout le corps, comme des petits chenaux de bulles et de lumière — on respirait, se gonflait, c'était tout le corps qui se dilatait d'une espèce de joie
poreuse, comme s'il n'avait pas respiré depuis des millénaires et des millénaires, comme s'il n'avait jamais respiré avant, et c'était, soudain, oh! une bolée d'ozone mousseuse, légère, lumineuse, qui ruisselait partout, pétillait partout, se répandait partout : le corps se mettait à couler hors de son sac de peau telle une multitude de petites rivières d'argent qui allaient-allaient, touchaient tout, goûtaient tout, se ravissaient et cas-cadaient à travers des prés de lumière. Et puis les yeux devenaient très bizarres : ils étaient déficelés aussi de leurs deux trous noirs et ils se pulvérisaient, filaient de tous les côtés, s'allumaient dans tous les coins, au bout de chaque petit ruisseau d'argent, par tous les pores : une myriade d'yeux-éclair qui touchaient, sentaient, voyaient, comme si, voir, c'était boire, c'était couler avec, c'était battre et papilloter dans tous les papillo-tements du monde; ce n'était plus «voir», ce n'était plus «dehors» : c'était dedans partout comme d'innombrables petites mouettes d'argent plongeant en d'innombrables petites vasques et goûtant tout ensemble le grand brasillement blanc de la mer. Un immense regard éclaté, simple, immédiat, au cœur de tout. Un corps désamarré, parcouru de sel et de grand vent. Une respiration sans fin, cristalline, presque musicale, comme une houle mêlée de varech et d'embruns se perdant dans une autre houle qui se perdait sur des rivages bleus. C'était la grande respi-ration du monde comme un souffle de joie par les mers et les collines et dans chaque petite vasque murmurante comme un froissement d'étoiles qui s'éparpillent.
Gringo clignotait des yeux comme s'il allait chavirer par-dessus bord et plonger dans la mappemonde pour de bon avec les dauphins verts et les baleines. Rani tenait solidement les plis de la robe de Ma :
— Mais regarde donc, Gringo, qu'est-ce qu'ils ont tous?
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