Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
X
ALORS, dans cette forêt, des choses étranges commencèrent à se produire.
Gringo rentrait au campement, mais il n'y avait pas de joie dans son corps, pas d'entente avec les arbres, il faillit même poser le pied sur un serpent. Il était un homme, tout simplement, muré dans sa peau d'homme, avec une barre sur le front et des pensées douloureuses : on pensait, et c'était le mur instantané, plus rien ne communiquait. L'homme, c'était celui qui ne communiquait plus. Chacun allait avec sa coquille autour, peinte de rocou ou de bleu candide, comme les œufs du colibri ou du pamba — sauf Ma : c'était Celle qui n'avait pas de coquille.
Cette pensée amena un sourire sur ses lèvres. Il déboucha sur le marais, là où il avait failli s'enliser. Une merveille de marais comme un bijou d'émeraude serti de hautes fougères arborescentes. On aurait dit des danseuses rangées là, immobiles, avec leur aigrette sur le front, prêtes à s'envoler, comme si elles attendaient un signe.
Gringo s'approcha doucement. Il y avait une petite cascade, toute petite, surmontée de deux énormes troncs de bacaba qui filaient là-haut avec leur cargaison de palmes et d'oiseaux. Deux troncs noirs comme un portail par où coulait cette petite source. Il se pencha, ouvrit les paumes de ses mains comme une coupe et but longuement. Il entendit la machette qui glissait de sa ceinture et roulait sur le rocher avec un éclat clair. Le bruit a résonné-résonné dans sa tête.
Ce fut tout.
Il n'y avait plus de Gringo. Il y avait quelqu'un qui était là devant un immense portail de lumière blanche. C'était lui, ça ne faisait pas l'ombre d'un doute, mais lui autrement, comme s'il était plus léger. Il tendit ses bras en avant pour traverser le porche. Ses doigts touchèrent la flamme. Alors il se sentit soulevé, envahi de lumière comme par une myriade de petites bulles légères qui se mettaient à éclore dans ses mains, ses jambes, ses bras. Et il passa le porche de flamme.
C'était un long couloir dallé de lumière douce. Gringo remontait le couloir, c'était très long. Et immense. Un gigantesque couloir où il était comme une toute petite, petite forme blanche qui s'en allait pour toujours. Des jours ou des années, les mains tendues devant lui dans une songerie de lumière douce. Les dalles étaient fraîches sous ses pieds nus, il les touchait à peine. Il allait dans un grand silence blanc comme si le corridor était fait de silence, comme à travers des âges doux et sans mémoire qui coulaient lisses et frais sur les dalles effacées de tout signe. Il remontait le cours du temps, mais c'était seulement le temps de couler, vers nul but et pour nulle cause, chaque seconde comme un flocon léger qui glissait sur lui-même et faisait un autre flocon qui faisait une neigée douce sur les flancs d'une colline éternelle. Il s'enfonçait dans un silence rayonnant, comme la neige dans la neige et la lumière dans une buée d'aurore.
Brusquement, ses mains touchèrent quelque chose de froid.
C'était un mur.
Une grande dalle carrée qui sembla s'emplir de braise comme il la touchait. C'était très chaud tout d'un coup, son corps s'est empli d'un fourmillement de flammèches.
Il poussa la porte de braise.
Son corps est devenu plus lourd soudain.
Il eut l'impression de basculer en avant.
Un souffle frais a couru sur ses tempes.
Ses pieds étaient posés sur une natte de papyrus, auprès d'un lit de pierre sculptée.
Il était dans une autre vie et continuait comme d'habitude.
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