Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.
I
ALORS, dans un obscur continent antarctique, la terre trembla. Des geysers de feu jaillirent jusqu'au ciel. Les cris d'oiseaux et de macaques se turent dans un silence de plomb tandis que les nuées gorgées de pluie et d'éclairs venaient envelopper les collines vertes d'un linceul doux. Et la terre brisa ses amarres.
Elle se mit à grincer comme une gigantesque gabarre sur un banc de basalte crevé, oscilla, laissa échapper par mille crevasses soudaines un sifflement de laves en colère et d'eau bouillante; lentement, elle roula sur sa coque de granit, abandonnant au port une Australie pétrifiée et gagna le large dans une dévastation d'écume.
Peut-être, quelque mouette oubliée lança-t-elle un dernier cri dans les cordages fous du vieux monde. La terre glissa dans les eaux bleues, laissant derrière elle un chapelet d'émeraudes naufragées. D'autres billes sombrèrent corps et biens avec leurs sagesses précaires et quelques triomphes arrogants, tandis qu'une petite algue verte accrochée à son rocher et quelques hommes, peut-être, aux grands yeux de songe, dérivaient sur une Inde lisse et rose vers un continent barbare.
Les étoiles roulaient comme d'habitude, les ères, les âges tranquilles. L'immense radeau oublia un tronçon d'Afrique bruissante et lourde dans un énorme borborygme, poursuivant sa course vers l'Ouest, toujours vers l'Ouest, chargé de crépitements et de tonnerre et d'un timide espoir comme un battement d'aile.
C'était l'Amérique, comme un grand squale vert laissant filer un aileron d'argent dans le tumulte des eaux. C'était il y a cent millions d'années avant cette ère ou après cette ère et tant d'ères vaines, cruelles et assoiffées, inquiètes, en marche, toujours en marche vers un petit d'homme ou d'iguane qui ferait un cœur apaisé, peut-être un cœur nouveau qui prendrait toutes les étoiles et tous les contes de toutes les étoiles dans son filet léger ?
Quel était donc le but du grand voyage depuis tant de peines et de pyramides englouties et de petits enfants d'enfants morts-morts-morts, pour quoi? Pour la gloire de quel ciel, quel dieu, quel canon, quel sépulcre de sagesse préhistorique ou d'électronique indubitable? Où est la terre? Où donc, la terre d'une petite algue verte, purement verte, purement chantante et délicieuse, d'un petit d'homme ou d'un autre homme purement lui-même sur la berge du grand torrent ?
D'un dernier coup d'épaule, le vieux radeau s'est enfoncé dans les hauts-fonds du Pacifique, soulevant un cataclysme d'écume et de neige, comme là-bas un Himalaya tranquille pour quelque regard impavide, consentant éternellement au lent labeur de la joie parmi les cris éteints des macaques et des petits hommes avides.
Une fois de plus, l'histoire recommençait.
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