Gringo 230 pages 1980 Edition
French

ABOUT

Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Gringo

Satprem
Satprem

Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Books by Satprem - Original Works Gringo 230 pages 1980 Edition
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XXXII

LE MONDE TEL QU'IL EST

C'était très bizarre.

Ces sacs de peau, n'est-ce pas, très étanches, où chacun vivait au coin de son gargouillement douillet, avec téléphone, cordes vocales et guide Michelin pour communiquer à travers les murs avec d'autres murs munis de téléphone qui communiquaient avec d'autres téléphones et quelques sourires peints sur la portière, voilà que c'était tout troué, comme une passoire — mais jamais, aucun cyclone n'avait perpétré pareil désastre! parce que les murs aplatis, on les remonte, mais comment remonterait-on le néant aplati

? Tous les Larousse aplatis, les guides Michelin aplatis, et la tranquille circulation des ADN de père en fils. Tout le programme en panne. Et que dirait DAN 06 22 à MOL 30 29? Allo-allo!... quoi? Les murs étaient apparemment intacts, tout était intact, mais il n'y avait plus que du vent dedans, et quel vent! Un vent énorme, silencieux.

D'un coup, quatre milliards de bouches se sont ouvertes.

L'étudiant sur son banc a laissé tomber son manuel de Sciences «Naturelles». C'était le premier atteint par la marée blanche.

— Dis donc, Alexandre...

— Quoi? dit Alexandre.

— Euh... quoi? dit Léon.

— Mais quoi-quoi? dit Alexandre.

Et quoi-quoi-quoi, et quoi-quoi-quoi?

— C'est pas naturel, dit enfin Léon.

Et tous les étudiants ont laissé tomber leurs bouquins sur des millions et des millions de bancs dans toutes les langues. C'était une fantastique école buis-sonnière tout d'un coup. En plein cours de géogra-phie, l'Atlantique se mettait à déferler sur la falaise comme si on y était, et les petits ours blancs glissaient sur la banquise, sans façon. On ne pouvait pas parler sans que la chose soit là, immédiatement, ou qu'on y soit. C'était de la géographie vivante. C'était la-vérité-là. Et ce qui n'était pas là n'était pas là. Mais dans la salle à côté, le professeur de maths restait la craie en l'air, en pleine asymptote : il n'y avait rien là, que du vent.

— Qu'est-ce que ça veut dire? dit-il.

Il prit son chapeau et sortit de la classe : il avait tout oublié.

«Et qu'est-ce que ça veut dire?», disait le prof de chimie, «Qu'est-ce que ça veut dire?», disait le prof de physique tandis que ses atomes se renversaient en galaxies et ses galaxies rentraient dans les trous noirs, qui étaient le grand couloir blanc de tous les temps : «Qu'est-ce que ça veut dire?...» Partout-partout, c'était «Qu'est-ce que ça veut dire?» Le Président de la République a accroché son chapeau-claque à la patère, il s'est retourné devant les ministres en rond pour... pour quoi? Il a remis son chapeau-claque et s'est enfui. Le secrétaire de Mairie a laissé tomber son porte-plume, l'abbé est descendu quatre à quatre de la chaire au milieu du Notre Père, le coiffeur est resté le peigne en l'air devant une coiffure blonde qui se regardait dans la glace, et vit soudain, stupéfait, un petit chien sortir de son fauteuil. «Mais qu'est-ce que ça veut dire?»

Les colonnes grises se sont arrêtées. Ils se sont regardés.

Un trou de mémoire mondial.

— Mais bon dieu! qu'est-ce qu'il y a? s'exclama Alexandre.

Il s'est palpé les poches, palpé la tête. Il ne restait plus rien. Et tout à coup, il s'est rappelé un coin d'Islande avec un petit lac rocheux et un enfant, la main sur la joue, qui regardait. C'était tout ce qui restait. Il était là. Il ne restait plus que ce que chacun avait dans le cœur.

Il ne restait plus que ce qui existait. Ce qui n'existait pas n'existait plus.

Et la rampe électrique est tombée sur la tête du yogi, qui en a vu trente-six chandelles.

Alors, vraiment, un fantastique spectacle a commencé sous les yeux de Gringo et de Rani et du petit étudiant qui tenait son coin de lac par un fil : il y avait ceux qui n'avaient pas de coin, nul coin, nulle part en eux, sauf des problèmes très graves et des bibliothèques entières — plouff ! ils descendaient tout d'un coup dans les jambes de leur pantalon : il n'y avait plus personne. Un petit tas de pantalons sur le boulevard. Des milliers et des milliers de pantalons vides.

C'était la panique.

Et puis, soudain, c'était la ménagerie fabuleuse. Des pantalons restants, il s'est mis à sortir des rats, des petits lapins — des quantités de rats. Des porcs-épics, des bouledogues, des loulous de Poméranie, des poulettes effarées qui traversaient le boulevard en gloussant, et beaucoup de serpents, de toutes les couleurs. C'était tout à fait étonnant. Des singes, oh! une quantité de singes variés et de perroquets tout d'un coup comme une immense volière — chacun rentrait dans ce qu'il était. Toutes les espèces éteintes rallumées et courant sur deux pattes ou quatre.

C'était le monde tel qu'il est.

Et quelques hommes debout qui faisaient zzi-zzi-zztt en se palpant les poches et en tirant du fond de leur cœur un vieux cerf-volant oublié.

L'explosion de la population réglée d'un coup.

Personne ne mourait : tout le monde rentrait chez soi, en peau de canari ou de zébu, parfaitement content d'être ce qu'il est.

Pour le reste, c'étaient des pantalons oubliés. Les rats sont rentrés dans les égouts.

Chacun est rentré dans sa peau vraie.

Les autres sont partis en chantant à tue-tête tandis que les douaniers regardaient ces drôles de fils de fer au milieu des champs: «Mais qu'est-ce que ça veut dire?» Et le grand Imam est allé se couper la barbe. Rani trépignait sur place.

Gringo souriait.

Alors, Vrittru est sorti du «Tour du monde en vingt-quatre minutes», il a regardé à droite, regardé à gauche, tiré son faux nez entre le pouce et l'index et il s'est mis à rire-rire, comme il n'avait jamais ri de sa vie. Et brusquement il est parti dans une peau de dindon, se dandinant sur deux pattes et agitant sa collerette rouge. Il n'avait plus rien à garder, tout le monde était sorti de prison.

— Si on rentrait chez nous, dit Rani.

Chacun rentrait chez soi.

Les pendules étaient arrêtées.

Les hommes regardaient quel rêve ils allaient vivre. Car les rêves, c'était tout ce qui restait.

Chacun était son propre rêve, en rouge et noir, en éléphant ou coquelicot.

C'était le commencement des Temps-de-Vérité où nul ne pouvait être ce qu'il n'était pas. Et les prisons se sont ouvertes dans un vol de pigeons blancs.

Ma souriait.

— Attends, tu n'y es pas encore. Et Elle a disparu.

Un étudiant s'est assis au bord du trottoir, au milieu des pantalons oubliés, et il s'est mis à jouer de la flûte.









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