Gringo 230 pages 1980 Edition
French

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Un “Livre de la Jungle” à l’envers. Mâ, l’Ancienne de l’évolution, entraîne Gringo dans des aventures du passé et de l’avenir de la Terre, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Gringo

Satprem
Satprem

Un 'Livre de la Jungle' à l'envers. Non plus un petit d'homme qui revient à la vie animale, mais un autre petit d'homme dans une tribu sauvage de la forêt amazonienne, qui cherche comment on sort de la Tribu humaine et le passage de 'l'Homme après l'Homme'. C'est la légende de l'évolution et de l'Ancienne de l'évolution, figurée par la 'reine' de la tribu, qui entraîne Gringo à la découverte des aventures passées de la terre - en Egypte, dans l'Atlandide, en pays arctique -, et dans l'aventure de l'avenir de la terre, chaque fois forçant le barrage des défenseurs de la Loi établie, que ce soit celle des anciens initiés, celle de la Tribu amazonienne, celle des spiritualistes ou celle des biologistes du XXième siècle. Car chaque sommet atteint devient l'obstacle du prochain cycle. Successivement, Gringo passe par la 'porte de braise', la 'porte de jade', la 'porte bleu', la 'porte de neige', avant d'arriver à la 'porte noire' du XXIième siècle et à la 'minute nulle' où les hommes disent NON à leur loi suffocante et consentent à ouvrir 'les nouveaux yeux de la terre'. l'auteur évoque ici l'aventure qu'il a vécue dans la forêt vierge de Guyanne à l'âge de vingt-cinq ans, et l'aventure qu'il a vécue auprès de Sri Aurobindo et de Mère dans l'avenir de la terre : toute une courbe, de la forêt pré-humaine à la forêt mystérieuse de demain.

Books by Satprem - Original Works Gringo 230 pages 1980 Edition
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XXXIX

L'HOMME APRÈS L'HOMME

Et voilà qu'il n'y avait plus rien à voir : des yeux de langouste, à quoi ça sert pour un lapin? Ils quittaient le monde de la langouste, du petit lapin, du petit-petit, enfin tous les petits qui ont fait les petits-petits qu'on voit avec des yeux d'homme. Et si c'était tout autre chose? Le monde est certainement tout autre chose, ou encore autre chose que ce qu'en pense la libellule sur la feuille du nénuphar. Tout un monde de nénuphar et de libellule qui perd ses pédales, sa géométrie et ses yeux ronds, avec quelques Évangiles pour le salut du nénuphar.

Autre chose, c'est bien noir à première vue.

Et pourtant ça bat, ça bat, il y a quelque chose qui bat. Peut-être «ça» même qui a battu à travers la langouste, la libellule, le petit lapin et tous les petits-petits qui ont débarqué dans une peau d'homme, un beau matin. Mais «ça» remonte bien loin, peut-être avant le nénuphar et d'autres nénuphars qui flottent sur l'océan des galaxies. C'est un bien vieux battement. Peut-être que c'est le premier battement de toutes les petites bêtes. Et qu'est-ce que c'est?

Un silence.

Un silence formidable, comme un trou qui traversait la planète et beaucoup d'autres planètes, jusqu'au fin fond de toutes les planètes pourvues d'hommes, de petits lézards ou de petits trucs qu'on ne voit pas, ou de grands trucs qu'on ne voit pas non plus. Il n'y avait plus d'oreille pour ça, et à quoi ça sert, une oreille de baleine ou de pélican pour ce fin fond au bout — de quoi?

Et pourtant, ça bat, ça bat, c'est un silence qui bat. Et voici que l'homme écoutait au bout des univers. Et voici qu'il regardait au bout des temps.

C'était très loin, très vieux.

C'était très proche dans une poitrine.

Un battement de nuit qui emporte toutes les nuits, tous les pélicans dans la nuit et toutes les peines de pélicans ou d'hommes. Un battement de cœur qui emporte tous les cœurs dans la nuit, toutes les petites bêtes qui ont battu, battront encore, battront toujours. C'était sans peine, sans fin, sans but : ça battait pour battre, parce que c'était bon de battre et de battre encore, avec une libellule, une musaraigne, une galaxie ou un petit chat. C'était même très doux, comme un vent par les galaxies échevelées et qui souf-flait dans les cordages du monde, parmi ses grandes dunes et ses chardons, ses musaraignes, ses libellules, ses petits d'homme par-ci par-là. C'était la musique du monde, son battement d'aile au bout des temps, au bout des terres et de toutes les peines de toutes les terres; ça battait là, dans un cœur d'homme, comme au bout des galaxies folles, ou pas si folles, comme au bout des prés jamais galopes, là-bas, derrière des songes jamais songes. Ça s'en allait loin-loin au fond du cœur comme un amour soudain pour ces grandes rives larguées, tandis qu'un œil sans nom s'ouvrait lentement sur une terre jamais vue.

C'était l'aurore du nouveau monde.

On ne s'y reconnaissait pas encore.

Ça flottait comme un sourire au bord des lèvres. Ça souriait à rien, à tout.

Ça souriait à son propre amour qui bat, qui bat, et c'était si doux que ça voulait battre partout, dans tout. Ça n'avait pas d'yeux et ça avait comme tous les yeux possibles, d'une libellule, d'une aiguillette, d'un clin d'étoile ; ça n'avait pas d'oreilles et pourtant ça écoutait un même battement partout, une même musique d'homme ou d'après l'homme, dans un chardon sur les grandes dunes ou sur les falaises des grandes étoiles perdues. C'était l'homme perdu, c'était des millions de fois l'homme à travers tous les temps, tous les âges désamarrés, sur des méridiens légers qui claquaient au vent... ou dans cette seule seconde douce comme un sourire reclos sous de grands pétales blancs.

Et chacun allait vers son propre sourire. La flamme allait à la flamme.

Les morts rentraient chez les morts.

La perruche allait à la perruche et la chèvre chez les chèvres. Chacun rentrait chez soi.

Mais chez soi, c'était partout.

Car l'homme après l'homme, c'étaient des tas de petites prunelles dans un grand corps de joie.









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